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Normandie : des vitraux racontent le sacrifice des Poilus

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Christophe Kollmann et Patrick Merret (Lyon, Lieux-dits 2018)

Bénédicte de Saint-Germain - publié le 29/05/18

Cent ans après la fin de la première guerre mondiale, les vitraux dits « commémoratifs » perpétuent la mémoire des soldats disparus. En Normandie, l’Inventaire du patrimoine culturel en a recensé près de trois cents. Ils racontent en images le sacrifice des Poilus et témoignent de la douleur des familles.

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Souvent placé au fond de l’église, encrassé ou cassé, le vitrail commémoratif n’attire plus nos regards. Certains se font même particulièrement discrets : sous la représentation d’un saint ou d’une scène de la vie de la Vierge ou du Christ, une simple mention « en souvenir de… mort pour la France » ou « offert à la mémoire des soldats morts pour la France » rappelle leur portée symbolique. Mais d’autres sont beaucoup plus explicites : un Poilu meurt seul dans un no man’s land dévasté. Dans son uniforme bleu horizon, la main sur le cœur, signe de sa blessure et de la confiance qu’il place en Dieu, son dernier regard est pour le Crucifié qui lui apparaît.

En comparant les vitraux des différentes églises, bien des points communs ressortent. Pour produire moins cher, les ateliers de vitrail proposaient en effet des modèles standards. Certaines parties pouvaient être personnalisées à la demande du commanditaire. Ainsi, le Poilu agonisant peut avoir les traits du fils du donateur. Philippe Chéron et Sophie Delauney ont mené avec Jean-Yves Coulon une enquête d’inventaire des vitraux de Normandie. Ils témoignent : « L’individualisation inattendue de visages de soldats au milieu de Poilus aux traits standardisés explique le caractère  à la fois étrange et saisissant de ces scènes ».


BAYEUX

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Pourquoi ces vitraux commémoratifs ? Labellisé par la Mission du centenaire de la première guerre mondiale, l’ouvrageVitraux de Normandie, une histoire de la Grande Guerre en donne la clé. Souvent commandés dès le début du conflit, ils font l’objet d’une importante mobilisation du curé et de ses ouailles. Des souscriptions sont ouvertes, des familles se cotisent afin de donner un lieu de mémoire à des soldats disparus ou enterrés trop loin. Comme l’écrit Monseigneur Fuzet, archevêque de Rouen en 1915 :

« De beaux monuments patriotiques seront élevés plus tard à l’honneur de tous, nous le savons et y applaudissons par avance. Est-ce assez néanmoins ? Nous croyants, nous ne le pensons pas. Pour que notre cœur se satisfasse, c’est à l’intérieur de nos églises qu’il convient de fixer leur mémoire… Rassemblons donc là, en quelque façon demi-concrète demi-spirituelle, nos morts de la guerre… Faisons apparaître leurs noms à quelque endroit de l’édifice et qu’ils disent à la postérité ce qu’ils furent ». (Vitraux de Normandie, une histoire de la Grande Guerre, p. 9)

Les vitraux vont donc allier les noms de soldats issus d’un village, à des thèmes ou des figures spirituelles. Mais dans un souci de ménager la susceptibilité d’un conseil municipal encore échauffé par la récente séparation de l’Église et de l’État, les représentations seront plus ou moins religieuses. Ainsi, certains vitraux se contentent de mettre en scène les portraits des soldats. D’autres enlacent la croix et le casque. L’Église joue un rôle important dans la guerre : elle a rejoint l’Union sacrée du président Poincaré et près de 40% des hommes d’église sont partis au front comme combattants ou aumôniers. Elle saisit donc la situation pour réaffirmer le lien entre la foi et le patriotisme. Sainte Jeanne d’Arc, très souvent représentée, manifeste l’attachement de la nation aux valeurs chrétiennes.


La Collégiale Saint Germain de Montfaucon

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Les vitraux montrent enfin la destinée du soldat sacrifié : des anges lui tendent les lauriers de la gloire et les palmes du martyre. Le Christ en croix montre qu’Il est présent au cœur des souffrances des hommes. La Vierge est là au moment de la mort. Elle est même parfois représentée en Pieta tenant le corps du Poilu, manifestant qu’elle partage les souffrances de toutes les mères. Des inscriptions stipulent : « Credo » (en la vie éternelle) ou bien « je suis la Résurrection et la Vie ». Les vitraux restent ainsi fidèles à leur mission originelle de catéchisme de verre. Ils rempliront davantage encore leur mission mémorielle si, en poussant la porte d’une église, nous les contemplons et prions pour les soldats disparus.

Pour visionner le diaporama, cliquez sur la première image

Tags:
Première guerre mondialevitrail
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