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Chili : le traitement de choc du pape François

POPE FRANCIS
Antoine Mekary | Aleteia | I.Media
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Le chef de l’Eglise catholique a conduit tous les évêques chiliens à présenter leur démission, pour amorcer un profond renouveau après la crise des abus sexuels dans ce pays

C’est un véritable cap dans l’histoire de la lutte de l’Eglise contre les abus sexuels qui vient d’être franchi. Pour le mesurer, il faut se souvenir qu’il y a cinq mois, en janvier, le pape s’était lui-même trouvé en difficulté au cours de son voyage au Chili. Il avait été pris dans la vague considérable de protestations contre les évêques du pays, dénoncés pour leur gestion désastreuse des affaires d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Alors, le pontife avait soutenu la hiérarchie de l’Eglise, avant de faire machine arrière et de demander un complément d’enquête. Ce qui l’avait conduit à rencontrer des victimes, et enfin à convoquer au Vatican les 34 évêques chiliens.

Pendant ces trois jours à huis clos, entre discussions franches et incitation à la prière et la méditation, le pape argentin a accompli le tour de force de conduire les prélats à présenter eux-mêmes leur démission collective, volonté exprimée fermement par les victimes elles-mêmes. Pour un expert du Vatican, il s’agit d’un processus de gouvernement inédit dans l’histoire récente de l’Eglise, car synodal : non pas un acte autoritaire et unilatéral du Souverain pontife, mais une décision “collective“, basée sur le discernement à partir de la vérité des faits. Et conduite d’une main “paternelle“ par le pape, de la bouche même des évêques. Main d’un pasteur qui sait corriger, mais aussi encourager à une sortie par le haut, en vue d’un renouvellement en profondeur de l’Eglise.

Une faillite collective

Car les faits sont accablants. C’est un véritable “système“ qui a été mis au jour dans cette enquête détaillée de 2300 pages demandée par le successeur de Pierre, et non pas seulement quelques faits isolés. Une faillite collective,  affirme-t-il dans une synthèse de 10 pages, révélée par la télévision chilienne. Des “négligences dans la protection des enfants de la part d’évêques et de supérieurs religieux“. Des plaintes jugées “invraisemblables“, des documents détruits, des transferts de religieux laissés au contact d’enfants, ou encore des séminaires ou noviciats confiés à des prêtres “soupçonnés d’homosexualité active“, au mépris des règles ecclésiastiques…

Opération-vérité qui n’a guère de précédent de cette ampleur dans l’histoire récente de l’Eglise. De même, au passage, qu’elle n’a pas non plus d’équivalent au sein d’autres institutions profanes, comme l’école, alors que la pédophilie est loin d’affecter la seule Eglise catholique. Mais il faut de fait remonter à… 1801 pour voir une telle démission en bloc des prélats d’un pays. C’était en France, après la Révolution française, lorsque Napoléon avait demandé à Pie VII la démission de tous les évêques. Et encore, à l’époque, il s’agissait d’un épiscopat divisé sur l’attitude face à la mainmise de l’Etat révolutionnaire et athée.

Exigence de justice

Ici l’enjeu n’est pas le rapport à la politique, toujours conflictuel, mais la “justice“, a affirmé le pape François. Justice qui n’est pas seulement à entendre au sens juridique du terme, mais aussi à celui de vertu morale : “nous demandons pardon aux victimes, au pape, au peuple de Dieu, et à notre pays“, ont déclaré les évêques chiliens.

Au-delà de la spectaculaire démission du corps épiscopal tout entier, c’est donc à un renouveau global que le pape engage les évêques : une douloureuse mais salutaire exigence de réforme en profondeur de l’Eglise au Chili.

Cela prendra du temps, et en particulier celui d’une réflexion sur le sens même du sacerdoce. Les actes pédophiles des prêtres sont comme “faire une messe noire“, avait ainsi expliqué le pape François en 2014 : c’est le Corps du Christ lui-même qui est profané. En Irlande, après un scandale d’une ampleur similaire, Benoît XVI avait conduit le clergé de l’île à une démarche de purification sans exemple jusqu’alors : pénitence publique, jeûne, prière, adoration continuelle de Jésus – lui-même « victime de l’injustice et du péché » – devant la Sainte hostie exposée sur les autels des églises. Et pour les évêques, exercices spirituels en vue d’une révision de vie radicale. Un remède de choc, auquel les catholiques chiliens à leur tour seront sans doute conduits…

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