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Le CCNE veut réhumaniser l’accompagnement de la vieillesse

STICK HAND
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Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient de publier un avis sur les enjeux éthiques du vieillissement. L’instance consultative dresse un tableau glaçant du sort réservé aux vieillards dans la France de 2018.

On aura beau multiplier les euphémismes et les artifices sémantiques, parler de « personnes âgées dépendantes » ou de « seniors, la réalité est là qui s’impose, crûe. La France, pays de vieille civilisation, cinquième puissance économique mondiale, réserve un sort déplorable à ses vieillards. Dans un avis rendu public ce jeudi 17 mai, le CCNE en fait la démonstration accablante, s’appuyant sur l’audition de professionnels du grand âge, de la maladie et de la dépendance. Un véritable signal d’alarme alors que la proportion des personnes âgées de plus de 75 ans devrait être de 16,2% en 2060 contre 9,3% en 2015.

Les établissement spécialisés dans le viseur

Le Comité, qui s’est autosaisi entend apporter un regard éthique sur une problématique majeure, concernant l’ensemble de la population, à laquelle on n’apporte souvent qu’une réponse technique que l’on pourrait résumer à un acronyme : EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Or le placement des vieillards dans ce type de structure ne saurait être considéré comme la plus satisfaisante des solutions d’autant plus que la « concentration » des pensionnaires qui y est pratiquée, génère des situations « indignes », souligne le document, qui ne s’embarrasse pas — et tant mieux — de précautions langagières.

Ainsi, estiment les auteurs de l’avis, l’exclusion de fait des vieillards hors de l’espace public commun a « probablement trait à une dénégation collective de ce que peut être la vieillesse, la fin de vie et la mort » et de pointer la fausseté, sinon la perversion, d’un raisonnement qui considère que le regroupement de cette frange de la population dans des lieux circonscrits est motivée par la « bienveillance » et le souci d’une prise en charge de qualité, alors qu’il ne s’agit que de porter loin des regards ces hommes et surtout ces femmes — elles représentent les trois quarts des pensionnaires — qui sont les miroirs de l’avenir inexorable de chacun. Concrètement, cette fausse bonne conscience, presque orwellienne, contraint bon nombre de vieillards à intégrer des établissements spécialisés, accessoirement onéreux, contre leur souhait profond.

« Nos sociétés, en confiant finalement la vieillesse et la fin de vie à la médecine, ont confiné des personnes en raison de leur âge et de ses contingences, dans des « lieux de vie » souvent violents et parfois même maltraitants. Elles ont exclu ces questions du champ de la responsabilité sociale et individuelle », souligne l’avis du CCNE. Une analyse qu’ont récemment confirmé les récentes manifestations des personnels des EHPAD dénonçant des conditions de travail jugées insoutenables, et leurs conséquences tragiques pour les pensionnaires : hygiène bâclée, alimentation insipide et systématiquement mixée, absence d’échanges. « J’étais venue trouver de l’humain mais il n’y a pas le temps pour ça », confiait ainsi une aide-soignante de 32 ans au magazine Marianne en janvier dernier.

Des personnes âgées de plus en plus seules

« La situation la plus indigne serait celle qui consisterait à considérer autrui comme indigne au motif qu’il est malade, différent, seul, non actif, coûteux », indiquait déjà le CCNE en 2013 dans son avis n°121. Cinq ans plus tard, il semble que cet avertissement n’ait guère été entendu. Habitées par le sentiment d’être mises à l’écart, auto-persuadées de leur inutilité, les personnes concernées tombent fréquemment dans un état dépressif attesté par le taux record de suicides chez les plus 75 ans qui s’établit à 30 pour 100 000, soit deux fois plus que le taux moyen national. Les institutions ne sauraient cependant être seules mises en cause et considérées comme uniques responsables de cette terrible statistique. L’abandon et la solitude des personnes âgées sont aussi des facteurs majeurs.

Dans son édition datée du 17 mai, le quotidien Le Monde livre des chiffres saisissants au sujet des personnes âgées de plus 75 ans, toutes catégories confondues. 25% d’entre elles vivent seules, 50% n’ont plus d’amis, 79% sont coupés de leurs frères et sœurs, 41% n’ont pas de contact avec leurs enfants ou très peu, 64% n’exercent pas d’activités associatives. Cet état de fait traduit sans doute l’individualisme et l’hédonisme croissant des Français, mais — car il ne faudrait pas caricaturer la situation — il s’explique aussi par un système encore défaillant pour promouvoir le maintien à domicile ou le soutien des proches et des aidants, encore trop souvent exclus d’un processus de prise en charge que monopolise l’approche médicale.  Subtil équilibre à trouver entre « le principe intangible de l’autonomie » et « l’éthique de la sollicitude ».

Concrètement, le CCNE recommande d’envisager la création d’un cinquième risque de la sécurité sociale — récemment évoquée par Emmanuel Macron — afin de financer le changement profond de modèle que doit connaître l’accompagnement de la vieillesse : formation et accompagnement des proches et aidants, droit au « répit », mise en place d’un compte personnel d’activité incitatif, promotion du bénévolat, création d’un délégué ministériel à la protection des majeurs. Au-delà de ces pistes, l’avis du Comité invite surtout à changer de regard sur les vieillards, ce qui passe par une action éducative forte dans les familles, les établissements scolaires et les associations. Alors que la révision de la loi de bioéthique, attendue au premier semestre 2019 — pourrait ouvrir la porte à l’euthanasie — et le rapport du CCNE à ce sujet est très attendu — l’avis publié ce 16 mai a le mérite d’ouvrir des perspectives humaines, donc exigeantes, à l’accompagnement de la grande vieillesse.

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