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Non, les homélies ne sont jamais prononcées en latin

PRIEST MASS
Philippe Lissac I Godong
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Ancien patron du Raid et actuel député LREM de Seine-et-Marne, Jean-Michel Fauvergue a comparé les prêches en arabe des imams… aux homélies en latin. L’occasion pour la rédaction d’Aleteia de démêler le vrai du faux et le fantasme du réel concernant les sermons.

Invité sur BFM TV ce dimanche 13 mai, Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du Raid et député LREM de Seine-et-Marne, débattait avec Virginie Calmels, numéro 2 des Républicains, des mesures à mettre en place pour prévenir des attentats comme celui qui a frappé Paris ce week-end. Alors que Virginie Calmels soulignait la nécessité d’obliger selon elle les imams à prêcher en français et non en arabe, Jean-Michel Fauvergue a fait un parallèle quelque peu hasardeux : « Il y a des prêches et des prières qui se font en latin ». Une ineptie qui mérite bien quelques éléments de contexte et d’explication sur ce qu’est l’homélie.

Concernant l’usage du latin dans l’homélie, l’Église catholique s’est exprimée sur ce sujet dès… 813 lors du concile de Tours. Dans le canon 17, les évêques ont ainsi décidé que les homélies ne devaient plus être prononcées en latin, mais en « rusticam Romanam linguam aut Theodiscam, quo facilius cuncti possint intellegere quae dicuntur », autrement dit en « langue rustique romane » pour les rendre plus intelligible aux fidèles.

Au Moyen Âge se développe la prédication qui sera celle de l’Église catholique pendant plusieurs siècles. Elle se développe selon deux orientation : la prédication savante qui s’appuie sur une rhétorique stricte dans la suite de la théologie scolastique, et la prédication populaire dans laquelle les prédicateurs utilisent des exemples simples, tirés de la vie courante. En 1562, un décret sur la messe indique que « le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d’âme de donner quelques explications fréquemment, pendant la célébration des messes, par eux-mêmes ou par d’autres, à partir des textes lus à la messe (…) et d’éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête ».

En 1963, dans un texte intitulé Sacrosanctum Concilium (SC), les pères conciliaires bouleversent la pratique multiséculaire de la prédication. « L’homélie par laquelle, au cours de l’année liturgique, on explique à partir du texte sacré les mystères de la foi et les normes de la vie chrétienne est fortement recommandée comme faisant partie de la liturgie elle-même ; bien plus, aux messes célébrées avec concours de peuple les dimanches et jours de fête de précepte, on ne l’omettra que pour un motif grave », est-il écrit. L’homélie a désormais sa place après la proclamation des lectures et de l’Évangile.

Qu’est-ce que l’homélie aujourd’hui ? Elle n’est pas une explication de textes ni une exhortation moralisante mais un entretien familier qui a pour but de montrer comment la Parole de Dieu rejoint chaque chrétien dans sa vie. Elle expose une idée, un aspect des Écritures en tenant compte du temps liturgique et des besoins des auditeurs. Elle se situe souvent au confluent de l’étude des textes, de la prière personnelle du prédicateur et de l’actualité de la communauté.

L’homélie permet à la parole de Dieu de prendre chair en chaque chrétien. Pour que l’Évangile soit une parole vivante et directe, le pape François a souligné l’importance, pour le prédicateur, de la « préparation » de l’homélie. « S’il vous plaît, a-t-il demandé, faites en sorte qu’elle soit brève – 10 minutes – et bien préparé ». Celui qui la prononce, a insisté à plusieurs reprises le Pape, doit « être conscient qu’il ne s’agit pas de son œuvre propre, qu’il prêche en prêtant sa voix à Jésus ».

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