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Quand l’Église prend un virage décisif et fait peau neuve

Isabelle Cousturié - publié le 24/04/18

Avec la réforme grégorienne, l’organisation ecclésiale connaît un profond redressement moral qui sort l’Église d’un siècle et demi de crise profonde dans de nombreux domaines.

Quand le moine bénédictin Hildebrand (1020-1085) est élu Pape sous la pression de la foule romaine, le 22 avril 1073, l’Église souffre d’une lourde crise de moralité qui se répercute sur ses charges et ses biens, devenus objets d’un véritable trafic. La clérogamie (concubinage et mariage des prêtres) y est également très répandue, particulièrement en Italie, en Allemagne et en France, et les empiétements du pouvoir temporel ne sont plus du seul fait de l’empereur, mais des grands laïcs qui ont de plus en plus la main mise sur l’Église. Dans ce contexte, la remise en valeur des manières de vivre plus chrétiennes devient une urgence pour Hildebrand, élu Pape sous le nom de Grégoire VII. En choisissant d’en faire une priorité, il redonne à la papauté une influence active, perdue depuis un siècle et demi.

Une réforme en… six papes

Grégoire VII est en effet un pur produit du fort mouvement réformateur monastique, largement porté par Cluny, qui obtient l’autonomie de nombreuses abbayes et impose une moralisation de la société dite féodale, entre la fin du IXe siècle et le début du XIe siècle. Instruit par l’abbaye clunisienne de Sainte-Marie sur l’Aventin, à Rome, c’est d’abord comme conseiller du pape Léon IX (1002-1054) et de ses successeurs, qu’Hildebrand devient le principal artisan du redressement de l’Église, avant de devenir celui de la réforme proprement dite « grégorienne » qui durera en fait bien après lui.

D’abord chapelain de Grégoire VI, qui fut son maitre à l’abbaye clunisienne et qu’il suivra jusqu’à sa mort, il est ensuite remarqué par Brunon, le futur pape Léon IX, qui l’attache à son tour à sa personne. Après son élection, il lui confie l’administration des revenus du Saint-Siège, proche de la faillite. Avec lui, les organes du gouvernement sont réorganisés et une doctrine est élaborée pour donner au Saint-Siège le pouvoir nécessaire à l’accomplissement de sa réforme. Les premières tentatives pour changer les manières de vivre au sein du clergé – dérives et dévoiements des charges spirituelles (simonies) et incontinence sexuelle des clercs astreints au célibat par le concubinage ou le célibat (nicolaïsme) –  sont lancées.




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À la mort de Léon IX, en 1054, cinq papes se succèderont dont Étienne IX, premier Pape à s’émanciper de la tutelle de l’empereur germanique, et Nicolas II qui stipule que l’élection des pontifes romains sera dorénavant réservée au collège des cardinaux, permettant ainsi l’indépendance du Saint-Siège. Puis arrive Alexandre II, formé lui aussi à Cluny, qui attaque les mœurs du clergé, en particulier le mariage des prêtres. Il est le premier Pape élu sans confirmation impériale. Hildebrand est désormais cardinal. Il a 51 ans. Encore douze années s’écoulent avant qu’il ne devienne Pape, et que le peuple romain reconnaisse en lui le vrai grand artisan de l’ordre qui est en train de revenir peu à peu dans l’Église.

Christianisation des consciences

Rétablir la discipline, réformer le clergé, restaurer l’autorité et du prestige des pontifes romains… Grégoire VII poursuit sa politique de réforme en se battant contre tout ce qui est contraire à l’idéal évangélique. Les investitures irrégulières des évêques et des abbés par les rois et les seigneurs sont cassées, les prêtres simoniaques et concubinaires menacés d’excommunication et des évêques condamnés. Un vrai travail d’épuration que Grégoire VII mène de front, mais non sans trouver des résistances à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église. La plus forte, celle des investitures, déclenchera une violente querelle entre le Saint-Empire et les papes pendant près de deux siècles. À commencer entre le Pape et l’empereur Henri IV qui le dépose et reçoit en réponse, une excommunication. Devant les émeutes populaires, Henri IV demande finalement le pardon du Pape. Mais la lutte ne s’est pas arrêtée. Le Pape a renouvelé ses excommunications et l’empereur fait élire un antipape, Clément III.

Néanmoins, les résultats de la réforme se font réellement sentir. Simonie et nicolaïsme disparaissent presque complètement. Des ordres nouveaux voient le jour et une nouvelle spiritualité se développe dans la chrétienté. Des modifications qui se prolongeront jusqu’en 1215 – l’année du quatrième concile du Latran, point d’orgue de la réforme — c’est-à-dire après un siècle et demi de bouleversements que va vivre l’Église.

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