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Jean-Baptiste Vy : le boat-people devenu prêtre

VY JEAN BAPTISTE

© Diocèse de Luçon

Thomas Cauchebrais - Publié le 20/04/18

Du Vietnam à la France, itinéraire d’un jeune homme obligé de fuir son pays pour vivre sa foi librement.

Il s’en souvient comme si c’était hier. Ce 19 juin 1994, celui qui deviendra le Vénérable cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan, archevêque coadjuteur de Saïgon, en exil à Rome à l’époque, lui impose les mains faisant de lui un prêtre pour l’éternité. Une messe d’ordination qui marque l’aboutissement d’un long chemin de croix pour celui qui a dû fuir son pays, le Vietnam, afin de vivre sa foi librement.

Jean-Baptiste Nguyen Thuong Vy naît en 1954, année marquée par la défaite de la France à Diên Biên Phu et de son abandon définitif de l’ancienne Indochine. Membre d’une famille de douze enfants, profondément chrétienne, le jeune Jean-Baptiste vit dans un petit village à 30 kilomètres de Nha Trang, ville côtière située à environ 500 kilomètres au nord de la capitale du sud-Vietnam Saïgon. « Seuls les garçons pouvaient suivre des études jusqu’à la classe de troisième, j’ai ensuite intégré l’institut Saint-Joseph, congrégation de droit diocésain, où j’ai vécu pendant plus de 15 ans jusqu’à ma fuite du Vietnam en 1981 », se rappelle-t-il.


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Le souvenir de l’arrivée du Viêt minh à Nha Trang demeure toujours aussi vif dans sa mémoire. « C’était le 2 avril 1975. Je vois encore la population fuyant massivement vers Saïgon ». Désireux de rester auprès de sa famille et de continuer ses études afin de devenir prêtre, Jean-Baptiste fait le choix de rester. Bien mal lui en a pris : « Les communistes faisaient tout pour s’accaparer les terres de l’Institut Saint-Joseph et disperser la communauté ». Un matin, un des prêtres est retrouvé mort. Les autorités accusent les frères de l’avoir tué et tentent de confisquer le bâtiment. « C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait rentrer chez mes parents, qui s’étaient déjà éloignés des communistes, en s’installant sur une île, non loin de Nha Trang ».

« Je vivais comme un vagabond »

Un autre événement le persuade de fuir. Un jour des policiers ont investi sa maison, renversant tout sur leur passage et traînant sur le pas de la porte son père, son frère et sa sœur, leur braquant un pistolet sur le visage : « J’ai vu la scène depuis la maison voisine où j’étais réfugié », se rappelle Jean-Baptiste. C’est à ce moment là qu’il décide de gagner une région voisine. Problème : durant la terreur communiste, il faut un visa pour voyager, même à l’intérieur du pays. « Contre quelques petits services de manutention, un chauffeur de camion voulut bien m’embarquer clandestinement ». C’est ainsi que Jean-Baptiste arrive à Dà Lat, ville des hauts plateaux, appréciée des colons français pour son climat tempéré. « Pendant plus de six mois, de Dà Lat à Saïgon, je vivais comme un vagabond, vêtu de ma seule chemise et mon unique pantalon, tendant la main pour manger ».


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Après s’être assuré que la situation se soit assagi chez lui, Jean-Baptiste prend la décision de rentrer à l’Institut Saint-Joseph, mais tout en restant caché, car n’ayant plus de papiers d’identité. Son souhait de devenir prêtre est toujours aussi présent dans son cœur. « Cette idée m’a toujours habité, depuis ma rencontre enfant avec un prêtre des missions étrangères de Paris. Pendant ces six années sous le régime communiste, même si je n’y pensais plus, c’était toujours là, au fond de mon cœur », explique-t-il. Vient l’heure de partir. « Si je souhaitais devenir prêtre, le seul moyen était de m’enfuir à l’étranger ». Par sept fois, Jean-Baptiste tente de s’évader par la mer. « À chaque fois, j’ai été rattrapé, soit dénoncé soit découvert par la police ». C’est à la huitième tentative qu’il réussit à s’enfuir avec seize autres personnes à bord de ce qu’on appellera plus tard un « boat-people ». « Le succès de cette opération a reposé sur la discrétion. Je n’ai même pas dit à mes parents que je partais ». Au matin de son départ, il n’échange avec sa mère qu’un regard embué de larmes.

De Bordeaux à Bourneau 

En mer, la frêle embarcation affronte une tempête. C’est un cargo qui les repêche et les dépose à Honk Kong. « Le commandant était français. Il m’a permit d’aller en France ». Quelques semaines après son arrivée à Paris, lui et les autres réfugiés doivent choisir un centre d’accueil en province pour y vivre. Considérant que Bordeaux avait des similitudes avec sa ville natale de Nha Trang, de par sa situation géographique par rapport à la mer et Paris, le jeune Jean-Baptiste cherche le nom de Bordeaux sur la liste des centres d’accueil. « Je n’y trouve que le nom de Bourneau » raconte le prêtre. C’est ainsi que le jeune vietnamien se retrouve dans ce petit village, perdu dans le sud de la Vendée, entre Niort et la Roche sur Yon.


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S’il regrette cette erreur ? Pas le moins du monde puisque c’est en Vendée qu’il fait la rencontre de ceux qui l’aideront à intégrer le séminaire diocésain. Et ce 19 juin 1994, en la cathédrale de Luçon, lors d’une messe présidée par Mgr Garnier, le cardinal Nguyen Van Thuan, invité pour l’occasion, l’ordonne prêtre pour le diocèse de Vendée. Dans l’assistance, une petite dame, vêtue de son Ao Dài, l’habit traditionnel vietnamien, assiste à la cérémonie, les larmes aux yeux. « Je suis très fatiguée et… trop heureuse », souffle à Mgr Garnier la maman de Jean-Baptiste que les autorités communistes ont autorisé à sortir du pays. Mais comble du comble… elle n’arrivait pas à obtenir de visa d’entrée en France. L’évêque de Luçon a finalement fait appel au nonce apostolique qui a appuyé sa demande auprès du ministère concerné. La vieille dame assista de cette façon à la cérémonie la plus importante de sa vie, faisant patienter l’assistance durant une quinzaine de minutes. Aujourd’hui, le père Jean-Baptiste Vy poursuit sa mission auprès de ceux qu’ils l’ont accueilli voilà 36 ans en Vendée.

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