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« Nous pourrions aider la Syrie, plutôt que la bombarder »

Smoke billows in the town of Douma, the last opposition holdout in Syria's Eastern Ghouta, on April 7, 2018, after Syrian regime troops resumed a military blitz to pressure rebels to withdraw.

/ AFP PHOTO / STRINGER
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Marc Fromager, président de l'Aide à l'Église en détresse, en appelle à un "plan Marshall" pour la Syrie, victime à ses yeux d'un conflit qui lui est imposé de l'extérieur.

Marc Fromager garde perpétuellement le contact avec la Syrie, pour l’Aide à l’Église en détresse (AED), qui en a fait l’un de ses champs d’actions prioritaires. Comme les chrétiens de ce pays, il est atterré par les bombardements du 14 avril, et demande à ce que la France retrouve son autonomie.

Aleteia : Vous condamnez les bombardements des armées américaines, britanniques et françaises, pourquoi ?
Marc Fromager : Ces bombardements absurdes ont rabaissé une nouvelle fois la France aux yeux des habitants du Moyen-Orient. Tout le monde voit qu’elle a cessé d’avoir une politique originale, pour s’aligner sur les décisions des États-Unis. De plus, ces bombardements ont été, plus spécifiquement pour nos amis syriens, une douche glacée, alors que les obus rebelles cessaient de tomber sur Damas. L’armée arabe syrienne achevait de reprendre la zone de la ville de Douma, d’où provenait les tirs, et la paix allait revenir sur la capitale.

Vous ne croyez pas au scénario selon lequel l’armée arabe syrienne aurait employé des armes chimiques en Syrie, pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?
Ce serait absurde de sa part. Elle était sur le point de gagner la partie sur le terrain. On ne voit pas pourquoi Bachar al Assad aurait franchit la « ligne rouge » fixée à ce moment. J’ajoute que les observateurs du conflit syrien sont échaudés par les accusations précédentes d’attaques au gaz, par le régime syrien, qui n’ont à ce jour jamais été démontrées. En 2013 aussi, l’armée arabe syrienne était sur le point de parachever sa victoire à Homs quand elle a été accusée d’avoir employé son arsenal chimique contre la Ghouta. Difficile de croire que ce soit une coïncidence ! Difficile de ne pas y voir une manipulation, destinée à venir en aide aux alliés de la politique américaine et saoudienne en Syrie.

Les chrétiens syriens ont l’air de prendre le parti du régime Assad, dont personne ne conteste la violence, n’est-ce pas choquant ?
Les Syriens, et en particulier les chrétiens, reviennent de loin. Leur pays était, après le cas assez particulier du Liban, celui où les relations interconfessionnelles étaient les meilleures de la région. Mais il est traversé par des lignes de fractures politiques et énergétiques. On lui impose depuis sept ans une guerre de l’extérieur. Les Syriens veulent que cela cesse, et la plupart d’entre eux, et en particulier les chrétiens, souhaitent, pour cela, que l’armée arabe syrienne reconquiert le territoire. L’année 2017 leur avait donné beaucoup d’espoir, avec le recul spectaculaire de groupes rebelles, dont l’ancien Al Nosra, Fatah al-Cham, et Daesh. Mais au début de 2018, la capitale Damas s’est mise à être bombardée régulièrement par les rebelles qui occupaient la poche de Douma.

Le régime semble pourtant tenir solidement son pays, pourrait-il encore tomber ?
Les rebelles continuent à disposer de soutiens internationaux puissants, et ce sont plus que jamais des groupes de mercenaires étrangers qui mènent la guerre en Syrie. Début 2018, la poche de Douma aurait pu être rejointe par une avancée de rebelles internationaux venus de l’Est du pays. Or, dans cette poche, il y avait tout le nécessaire pour mener une offensive sur Damas. Un arsenal considérable enterré et un réseau de tunnels pour attaquer la capitale. Les militaires syriens en ont été averti, probablement par des renseignements russes, et ont reporté tous leurs efforts sur cette poche. Elle est à présent sécurisée, et je crois qu’il ne faut pas chercher ailleurs la réaction américaine. L’administration américaine souhaite, depuis le début du conflit, mettre à bas le régime, par tous les moyens. Mais les Russes n’ont pas laissé faire, les militaires américains qui ne sont pas des fous de guerre et qui ne souhaitent pas une escalade du conflit ont mis un coup de frein. Pour ne pas perdre la face politiquement, la frappe du 14 avril a été décidé, mais elle a été volontairement limitée.

Que pourrait faire la France pour la Syrie ?
Nous pourrions aider la Syrie, plutôt que la bombarder ! Les chrétiens syriens ont besoin de nos prières. Non seulement ce sont nos frères dans le besoin, mais ils constituent une part irremplaçable de la richesse de la société syrienne. Ils n’ont pas voulu cette guerre, ils n’ont rien à y gagner. Ils s’entendent relativement bien avec leurs voisins musulmans, et les chrétiens de tous les rites, catholiques et orthodoxes vivent en bonne intelligence. Il y a d’ailleurs beaucoup de familles mixtes. Cette guerre épouvantable a eu au moins le mérite de rapprocher les équipes de l’AED des chrétiens orthodoxes syriens. Nous avons noué des liens solides, et menons des actions communes, comme la distribution de nourritures aux familles de déplacés. Je crois et j’espère que ces liens perdureront, quand la Syrie retrouvera enfin la paix.

 

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