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Marie de l’Incarnation, une bienheureuse éminemment moderne

BARBRE ACARIE

Domaine Public

Isabelle Cousturié - Publié le 17/04/18

Femme d’action et mystique, Madame Acarie, devenue sœur Marie de l’Incarnation pendant la deuxième partie de sa vie, est décédée il y a 400 ans, ce 18 avril. Cette Française a connu un parcours spirituel hors du commun qui a permis au Carmel de fleurir dans l'Hexagone

Barbe Acarie, ou Bienheureuse Marie de l’Incarnation – selon le nom qu’elle se donnera en entrant au Carmel dans la deuxième partie de sa vie —  est une grande mystique, la première Française stigmatisée officiellement reconnue. Pourtant rien ne prédisposait cette femme, coupée dans son élan par ses parents pour la marier alors qu’elle voulait devenir religieuse, à devenir une figure majeure du renouveau de l’Église de France au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Mais c’était sans compter sur son tempérament. Une femme pleine d’entrain, avec un sens des affaires hors du commun, et une sensibilité à la souffrance d’au­trui si grande que sa capacité au renoncement allait jusqu’au mépris de soi. Elle demeure, 400 ans après a mort, une image vivante de l’amour de Dieu humblement vécu au service de l’Église et des plus pauvres.

Son salon, un haut lieu de la réforme catholique

En se mariant avec Pierre Acarie, riche maitre des comptes, elle connaît la vie mondaine de Paris, les fêtes, et ses aspirations religieuses sont quelque peu estompées. Elle aime l’homme qu’elle n’a pas choisi et est aimée de lui. Ils ont six enfants et mènent une vie facile et gratifiante qui permet à la jeune femme de briller dans la haute société. Barbe lit beaucoup, mais des livres profanes, et un jour son mari, un homme très pieux, découvre ses lectures et remplace ses romans par de pieuses lectures. Elle tombe alors sur une pensée de saint Augustin « Trop est avare à qui Dieu ne suffit » et sa vie change du tout au tout. Elle a trouvé le moteur qui la guidera à jamais.


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Nous sommes en 1587. Madame Acarie a 21 ans. Elle se consacre aux pauvres et aux malades de la peste, et transforme son salon en cercle spirituel. En quelques années, l’hôtel Acarie devient un des hauts lieux de la réforme catholique, attirant tous ceux qui, sous l’impulsion du concile de Trente, veulent cette réforme et combattre le protestantisme. Même le bannissement et l’exil de son mari par le roi Henri IV, à son arrivée à Paris, pour raison politiques, n’auront raison de son retour à une foi vive en Dieu. L’obéissance de Barbe à sa condition de femme mariée et l’acceptation coura­geuse des vicissitudes de la vie sont des préparations providentielles à l’œuvre que Dieu voulait réaliser.

Après le rejet et le déshonneur

Le bannissement de son mari va révéler en effet chez Madame Acarie des talents exceptionnels de femme d’affaires et la préparer à son rôle dans la fondation de l’Ordre du Carmel rénové en France. Elle qui, connait le déshonneur, le rejet, la pauvreté, la voilà plus que jamais fréquentée par le Tout-Paris qui vient lui demander des conseils. On y trouve des maîtres en Sorbonne et des religieux de tous ordres, cisterciens, capucins, jésuites. Même le futur saint François de Sales, vient chercher auprès d’elle des forces spirituelles. On réforme les monastères, on fonde ou introduit de nouveaux ordres en s’appuyant sur son influence. Et elle, à qui on avait défendu d’être religieuse quand, petite, elle voulait rentrer chez les sœurs de l’Hôtel Dieu pour soigner les pauvres, la voilà sur le point de fonder un ordre.


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En 1597, Madame Acarie est avertie par deux fois en songe par sainte Thérèse d’Avila qu’elle introduirait le Carmel en France. Elle fait tout pour mettre en œuvre son projet, persuadant ses amis et ses conseillers de s’associer à cette aventure. Jusqu’au roi Henri IV qui, au début, ne voulait pas en entendre parler, mais n’a pas résisté longtemps à ses arguments. Il faut ajouter à cela, tous les moments de très grande souffrance intérieure que la future bienheureuse a traversés dès les années 90 et auxquelles elle a consenti sans jamais se replier sur elle-même, conservant un visage serein et détendu aux dires des témoins. La future bienheureuse perçoit dans sa souffrance la fécondité attachée à l’offrande de soi faite en communion avec le Christ souffrant. Jusqu’à la fin de sa vie elle recevra la grâce de stigmates invisibles qui la feront souffrir chaque vendredi et samedi.

Carmélite à plein temps

Les carmélites arrivent à Paris en 1604. Avec l’aide de Madame Acarie, veuve depuis un an, les fondations vont se succéder : Pontoise, Dijon, Amiens, Tours, Rouen. Elle-même entre au Carmel d’Amiens où elle devient Marie de l’Incarnation, simple sœur converse dont l’obéissance et la charité sont admirables. Transférée au Carmel de Pontoise, elle rentre dans la paix de ce Dieu qui tant lui suffisait. Elle est béatifiée en 1791 par Pie VI. Dans l’ordre du Carmel, sa fête est célébrée avec rang de mémoire facultative sauf en France où elle a rang de mémoire obligatoire. Son procès de canonisation est toujours en cours.

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