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La femme la plus influente du Vatican part à la retraite

FLAMINIA GIOVANNELLI

Flaminia Giovannelli/ Fair Use

Silvia Costantini - Publié le 11/04/18

On dit de Flaminia Giovanelli, sous-secrétaire au dicastère pour le service du développement humain intégral, qu'elle est la femme la plus influente du Vatican. Après avoir servi cinq papes, elle se confie à Aleteia avant de prendre sa retraite.

Flaminia Giovanelli est sous-secrétaire au dicastère pour le service du développement humain intégral, créé en 2016 par le pape François en remplacement des conseils pontificaux « Cor Unum » et « Justice et Paix ». Elle y exerçait la même fonction, attribuée pour la première fois à une femme laïque. Dans quelques semaines la responsable italienne — considérée comme la femme la plus influente du Vatican — quittera ses fonctions pour limite d’âge. Pleine d’émotion, elle a accepté de répondre aux questions d’Aleteia :

« J’ai eu une enfance sereine. Mon père était fonctionnaire international. Il dépendait du ministère italien de l’industrie qui a contribué à construire l’Europe. Puis, en 1959, le marché commun ouvert, nous avons déménagé à Bruxelles, raconte Flaminia Giovanelli. J’ai eu également une adolescence très heureuse, avec des parents magnifiques qui m’ont donné un bon équilibre, reconnaît-elle. Ils n’ont pas eu une vie facile. Mariés le 14 avril 1940, mon père est parti à la guerre le 2 juin de la même année pour ne rentrer chez nous qu’en 1946. Cela n’a pas été simple, mais j’ai eu un témoignage de fidélité des deux côtés. J’ai perdu mon père à 19 ans puis j’ai vécu avec ma mère jusqu’à sa mort, en 1999 ».

Au service de cinq papes

Après un diplôme en sciences politiques, elle a commencé à travailler pour le Saint-Siège, au sein du Conseil pontifical Justice et paix en 1974. Contrairement à ses collègues de bureau, la jeune fille ne faisait pas partie d’une communauté ou d’un mouvement religieux. C’était une jeune paroissienne au service du Pape. « Cela me mettait mal à l’aise, j’étais en crise – avoue-t-elle. Mais le secrétaire de l’époque, le père Roger Joseph Heckel, m’a dit “vous êtes engagée ici. Et ses paroles m’ont fait du bien ». Et Flaminia Giovanelli comprit que son engagement chrétien était de se mettre au service du Vatican. Il ne s’agissait pas d’un simple travail de fonctionnaire. D’une certaine façon, elle s’est mise au service du Pape et des droits fondamentaux de l’homme, apportant sa propre contribution à la doctrine sociale de l’Église. Elle a partagé avec le Saint-Siège ses précieuses connaissances en matière d’éthique, d’économie et de finances dont celui-ci a su tirer profit lors de ses interventions sur des questions liées au développement intégral de l’homme, auprès des institutions internationales, par exemple à l’ONU ou devant l’Union européenne.


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Pour expliquer l’importance de la doctrine sociale chrétienne, Flaminia Giovanelli emprunte au pape François un principe qui sous-tend sa pensée et qu’il traite dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium, quand il dit que « le temps est supérieur à l’espace ». Ce principe, selon la septuagénaire, est « particulièrement important en économie, car une des causes de la crise économique et financière dont nous subissons les conséquences est imputable à l’augmentation des inégalités et injustices. » Elle souligne notamment la financiarisation de l’économie. « On veut tout posséder et avoir des résultats immédiats. Alors que, comme dit le Pape, poursuit-elle, le long terme aide à « supporter avec patience les situations difficiles, ou les changements de plan qu’impose le dynamisme de la réalité ».

Ce que l’Évangile arrive à produire comme fruit

Mais au-delà de ses tâches au Vatican, Flaminia Giovanelli a dans son cœur un autre désir : faire davantage pour les plus démunis. Et c’est ainsi qu’elle décide d’appuyer le projet O’Viveiro  — association qui œuvre en matière d’éducation pour les jeunes filles au Mozambique dans le sillage du père Eusébio Maria Inocêncio. Cette initiative est « une grâce que m’a fait le Seigneur, car après avoir planché pendant de longues années sur le développement de la pauvreté, j’ai eu l’occasion de mettre à profit mes connaissances », souligne Flaminia Giovanelli. O’Viveiro offre en effet à une vingtaine de filles la possibilité de suivre des études et intégrer ensuite le monde du travail. Les filles ont entre 10 et 18 ans, la plupart sont orphelines, et sont de la province de Tete, dans le nord du Mozambique. Le centre d’O’Viveiro est dirigé par un couple chrétien local, « un élément essentiel », explique Flaminia Giovanelli, car « ils connaissent la mentalité locale et savent comment intervenir de manière appropriée et juste ». Au Mozambique, les filles de 12-13 ans sont le plus souvent mariées de force et ont déjà des enfants. Grâce à cette expérience, la représentante du Saint-Siège a pu toucher du doigt ce que l’Évangile arrive à faire dans un pays où l’institution du mariage n’existe pas, ainsi que le concept de « fidélité ».


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Flaminia Giovanelli s’apprête à quitter ses fonctions. En regardant défiler toute sa carrière, cette femme dotée d’un grand sens du bien commun, sait déjà que ses années de service resteront à jamais marquées dans sa mémoire. « Je pars en portant en moi tout mon travail, ma foi renforcée et tout ce que j’ai fait au plan social, pour le bien commun… Je n’aurais jamais eu tout cela sans avoir travailler dans ce contexte ». Flaminia part à la retraite, elle sait qu’elle regrettera son bureau, tout ce qu’elle avait à faire chaque jour, la discipline du travail, mais surtout cette richesse de contacts qu’elle a développée au fil des ans, en particulier avec les jeunes. Elle ne sait pas encore ce qu’elle fera. « Je vis au jour le jour », dit-elle. Mais ce dont elle est sûre, c’est que le Seigneur pensera à elle. Elle s’en remet totalement à Lui.

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