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Prier pour les criminels, une exigence chrétienne ?

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Depuis près de trois ans la Fraternité du Bon Larron propose, chaque mois, des intentions de prière à partager. Meurtriers, esclavagistes, pédophiles, proxénètes… Le profil des personnes portées dans ces prières surprend et interpelle. Mais quand le visage de son frère n’est pas celui que l’on imaginait, le message de l’Évangile ne prend-il pas tout son sens ?

« Prenez garde à vous-mêmes ! Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras ». Ces paroles de l’Évangile selon saint Luc sont d’une exigence extrême. Une exigence de vie. Une exigence à laquelle Michel Foucault, président de la Fraternité du Bon Larron jusqu’au mois dernier, a choisi de répondre en envoyant une fois par mois des intentions de prière à partager… un peu particulières.

6 000 personnes destinataires

« Confions à la Miséricorde de Dieu les meurtriers Gilles A., Othman A., Sabri A., Amar. B, Christian B., Pierre B. […] Confions au Seigneur les trafiquants de drogue Fabien A., Amine B., Malik B., Benjamin C., Hacène N., Nassim Y. […] Confions à l’Esprit saint les conducteurs alcoolisés récidivistes Mathieu Allard, Asen Asenov, Yvan Pihuit, Romain Rebut », peut-on par exemple lire dans celles du mois d’avril 2018.

« Je les envoie une fois par mois depuis trois ans », explique à Aleteia Michel Foucault. « Cette idée a muri au contact des membres de la fraternité mais aussi des sortants de prison et des journalistes que j’ai rencontrés. Lors de notre rencontre annuelle, c’est une religieuse qui m’a rappelé que dans sa communauté elles priaient pour des personnes précises. J’ai donc fait évoluer ces intentions de prière en citant des gens. Mais on m’a ensuite signalé que mettre ces noms pouvait donner l’impression de les condamner une deuxième fois. J’ai donc fait le choix de ne mettre que les prénoms avec les initiales des noms de famille. Plus globalement, je confie ces personnes sans expression de prière spécifique car les destinataires de ces mails peuvent être des religieux aux spiritualités très différentes », détaille-t-il.

Envoyées aujourd’hui à près de 6 000 personnes, ces intentions de prière peuvent mettre mal à l’aise. « Certains m’ont demandé d’arrêter de leur envoyer ces mails car cela leur faisait mal, ils ne pouvaient pas supporter ces souffrances. Au fil du temps on comprend que ces personnes incarcérées ne sont pas que des gens dangereux mais aussi des personnes qui souffrent. Au sens chronologique du terme, les détenus sont les premières victimes : bon nombre d’entre eux ont eu un parcours chaotique… dès l’enfance », souligne Michel Foucault.

« Le pardon est d’abord un don »

Mais que répondre à ceux pour qui cela paraît incompréhensible, notamment aux familles des victimes ? « Si on pose la question comme cela on ne peut pas y répondre », rappelle cet ancien fonctionnaire investi depuis six ans au Bon Larron. « C’est injustifiable mais le pardon, comme son terme l’indique, est d’abord un don. On ne peut pardonner que si on reçoit cette capacité à pardonner gratuitement. Sinon, on reste dans l’exigence de la réparation, de la peine appliquée. On exige uniquement la justice ». « C’est celui qui souffre à cause des actes qui peut proposer le pardon… et à l’autre de le recevoir. Je prie pour que la personne soit capable de pardonner, qu’elle reçoive la grâce de pardonner car cela sera source de résurrection », conclut Michel Foucault.

« La prière chrétienne va jusqu’au pardon des ennemis. Elle transfigure le disciple en le configurant à son Maître. Le pardon est un sommet de la prière chrétienne ; le don de la prière ne peut être reçu que dans un cœur accordé à la compassion divine », indique le catéchisme de l’Église catholique. « Le pardon témoigne aussi que, dans notre monde, l’amour est plus fort que le péché. Les martyrs, d’hier et d’aujourd’hui, portent ce témoignage de Jésus. Le pardon est la condition fondamentale de la Réconciliation, des enfants de Dieu avec leur Père et des hommes entre eux ».

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