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Lutte contre le terrorisme : vers une plus grande vigilance citoyenne

GIGN
MEHDI FEDOUACH I AFP
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Thibaut de Montbrial, avocat à la cour, membre du conseil scientifique de l’École de guerre et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, décrypte pour Aleteia les nouveaux visages de la menace terroriste en France et les pistes à envisager pour prévenir ces attaques.

Aleteia : Les attaques de l’Aude relancent le débat sur la législation française en matière de terrorisme. Comment la jugez-vous ?
Thibaut de Montbrial : Il existe en France un arsenal juridique conséquent pour lutter avec efficacité contre le terrorisme islamiste. Le véritable enjeu réside dans son utilisation par les magistrats de la manière la plus optimale qui soit. La loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme (SILT), adoptée en octobre à une large majorité par le Parlement, a pris le relais de l’état d’urgence. Plusieurs dispositions de l’état d’urgence sont ainsi entrées dans le droit commun en renforçant, par exemple, les mesures de contrôle administratif et les capacités d’intervention des forces de l’ordre en cas de menaces terroristes. Plus globalement la SILT donne à la justice française de solides outils qui devraient être davantage utilisés. Je suis hostile à la prise de mesures sous le coup de l’émotion. Nous sommes dans une problématique de long terme ; utilisons déjà les mesures que nous avons à notre disposition avant de réclamer de nouveaux textes de loi.

Depuis 2014, Radouane Lakdim, l’auteur des attentats de l’Aude, était fiché S. Quel est l’intérêt de ce fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) ?
Le FSRPT est un outil de travail des services de police qui évalue le profil de différentes personnes depuis un niveau assez faible, le simple intérêt, jusqu’à un niveau élevé, le réel danger. Il recense quelques 20 000 profils, dont 4 000 sont surveillés de très près. Pour mémoire, pour surveiller quelqu’un 24h/24, il faut vingt fonctionnaires en permanence. Nous n’avons pas les moyens de les surveiller en permanence, d’où ces sous-catégories de dangerosité. Pour les 16 000 profils les moins alarmants, les surveillances se font par sondages. Pendant plusieurs jours ou semaines, on va surveiller leur activité sur les réseaux sociaux, leur téléphone… Les résultats de ce forage sont ensuite analysés lors de réunions d’évaluation afin de réévaluer leur dangerosité et voir s’il est possible de tirer des signaux forts ou faibles de passage à l’acte. L’intérêt de ce fichier est avant tout un intérêt en terme de renseignement. Mais encore faut-il que ce renseignement puisse être exploité dans les meilleures conditions possibles.

Qui sont les terroristes qui frappent sur le sol français ?
Il y a d’un côté une menace endogène, c’est-à-dire une menace qui vient de personnes vivant en France, d’islamistes qui détestent notre modèle et qui sont susceptibles de passer à l’acte. De l’autre côté se trouvent les « professionnels » aguerris par la guerre en Syrie. Parmi eux il y a ceux qui sont allés faire la guerre entre 2012 et 2014, qui ont été emprisonnés en France mais qui vont sortir de prison dans les deux années à venir. Mais il y a aussi ceux qui ont réchappé à la mort en 2017 et qui se sont éparpillés. Ces djihadistes francophones reviennent pour une partie vers l’Europe par le Maghreb. Ils sont nombreux et vont recevoir un véritable appui de la part de ceux qui vivent déjà en France ne serait-ce que par leur « prestige ». Le risque est que nous passions d’un terrorisme rudimentaire par les moyens à des actions coordonnées proches de celles de la guérilla.

Les derniers attentats paraissent extrêmement aléatoires et le fait de personnes isolées. Quelles pistes envisager pour prévenir ces attaques ?
La lutte contre le terrorisme repose sur trois piliers : l’anticipation et le renseignement pour éviter l’attentat en premier lieu, la sécurité en second lieu et, enfin, l’éducation et la culture. Le terrorisme est un moyen d’action politique. De la même manière que le terrorisme basque était un terrorisme à des fins politiques, le terrorisme islamique a des fins politiques (promotion de la charia…). Dans le volet sécurité je mets, par exemple, la nécessité de former massivement les jeunes aux gestes de premier secours, c’est une manière de créer du lien social, de s’engager pour son prochain. Sur le volet renseignement, nous n’avons pas les moyens de surveiller tout le monde, tout le temps. Le nerf de la guerre en matière d’anticipation est l’analyse. Pour optimiser les capacités d’analyse, il faut renforcer les capteurs de signaux faibles, c’est-à-dire les capteurs qui sortent des « classiques » réseaux de surveillance : les professeurs, les organismes sociaux… Dès qu’ils remarquent quelque chose, ils doivent faire remonter l’information. C’est en multipliant les capteurs de terrain que l’on pourra affiner l’analyse. Il est nécessaire d’avoir une vigilance citoyenne, il faut apprendre aux gens à regarder.

La France paye-t-elle une méconnaissance de la menace du terrorisme islamiste et de la dangerosité du risque ?
Ça a pu être le cas mais ça ne l’est plus aujourd’hui. Emmanuel Macron nomme les choses, il a enfin parlé de l’islamisme politique qui est l’autre visage de l’islamisme terroriste. Ils ont la même fin. L’islamisme est une doctrine politique, une doctrine politique de conquête. D’où la nécessité d’engager une lutte contre l’idéologie islamiste sur l’ensemble du territoire.

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