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« Saint Jean Paul II nous a préparé au mariage »

Vatican, juin 2001, Karol et Maria Tarnowski
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Pour Aleteia, Karol et Maria Tarnowski racontent leur préparation au mariage en 1963 avec leur aumônier, un certain Karol Wojtyła, le futur pape Jean Paul II.

Tout semblait contrarier le projet de mariage de Karol Tarnowski, pianiste, philosophe, professeur des sciences humaines à l’Université pontificale Jean Paul II de Cracovie, avec Maria Brozek, historienne de l’art et traductrice. Après 55 années de mariage, ces parents de deux enfants et grands-parents de trois petits-enfants, témoignent avec une humilité et une sincérité rare de la chance qui leur a été donné d’être préparés au mariage par saint Jean Paul II. Ils décrivent un futur pape à la fois profondément humain et exigeant. Celui qui, confient-ils, a permis à deux fiancés idéalistes et encore très jeunes de construire les fondements d’un couple authentique.

Aleteia : Votre histoire d’amour commence pendant un pèlerinage…

Maria : Oui. C’était en 1959. J’avais 17 ans. Nous partions de Cracovie en train pour un pèlerinage de Czestochowa. Une trentaine d’étudiants, tous réunis autour de notre aumônier, Karol Wojtyla. Je venais à peine de m’installer dans le wagon quand j’ai aperçu un très beau garçon en face de moi. Il m’a dit « Salut ! moi, c’est Karol. » Il portait le même prénom que l’aumônier. Le coup de foudre a été instantané en ce qui me concerne.

Karol : Maria m’a appelé quelque temps plus tard. Elle voulait me prêter un livre d’histoire de l’Art. Elle me proposait de le déposer au club des Cinéphiles que nous fréquentions tous les deux. Je l’ai interrompue tout de suite en lui demandant « Aurions-nous la chance de nous rencontrer quand même ? »

Maria : Nous nous croisions tout le temps. Les occasions étaient nombreuses : des retraites spirituelles, des escapades en kayak, des soirées chez les uns ou chez les autres. Nous étions toujours accompagnés par notre aumônier. On dansait, on chantait, on priait, on refaisait le monde… Wojtyla, qui est rapidement devenu évêque, ne se lançait pas sur les pistes de danse. Il restait assis dans un fauteuil. Il nous regardait, visiblement heureux. Il aimait nous taquiner : « Vous êtes vraiment paresseux. Allez ! Bougez ! Dansez ! ». Entre nous, l’ambiance était toujours joyeuse et bon enfant. Chaque soirée se terminait au petit matin autour d’un petit-déjeuner.

Karol : Ceux qui ne dansaient pas discutaient avec lui. Nous l’appelions « Wujek« , ce qui, en polonais, veut dire « oncle ». Avec lui, nous nous sentions en famille, une famille élargie avec nos amis les plus chers… L’appeler ainsi avait aussi un autre sens : il s’agissait, lors de nos prises de rendez-vous, de tromper la milice communiste qui le surveillait de près. Par précaution, il venait habillé en civil à nos soirées. Avec lui, nous partagions tout. Nos doutes, nos problèmes, nos histoires de coeur. Nous étions une génération d’après-guerre, traumatisée et cabossée, qui subissait un régime totalitaire très dur. Karol Wojtyla savait nous écouter. Son attention était exceptionnelle.

Aleteia : Il semble qu’il aimait jouer les entremetteurs – au sens noble du terme bien sûr…

Maria : Ah oui ! Il aimait « marier » les couples. Dans notre groupe, il y avait plusieurs mariages « arrangés » par lui (rires). Je crois qu’il était plus l’aumônier des couples que l’aumônier des étudiants.

Aleteia : Comment vous a-t-il accompagné dans votre relation ?

Maria : Karol et moi, nous avions des histoires très différentes, toutes les deux assez compliquées. Un soir, après une veillée de chants, notre petit groupe est resté plus longtemps chez lui. J’ai vu qu’il me regardait avec plus d’attention qu’à l’habitude. Je me souviens encore aujourd’hui de ce regard. Je lui ai dit discrètement « Je suis tombée amoureuse ». Il m’a tout de suite répondu : « Je sais ma petite Maria ». Rien ne lui échappait. Il avait ce don incroyable, celui de mémoriser des moments précis, des regards, des conversations. L’air un peu soucieux, il m’a dit : « Je sais, mais est-ce bon pour toi ?» m’a t-il demandé.

Karol : Oui, il était un peu inquiet. Il était mon confesseur et me connaissait vraiment bien. Et il connaissait aussi mon ancienne petite amie. Le mot qui revenait tout le temps dans nos échanges, c’était la responsabilité. Il craignait que notre histoire d’amour avec Maria ne soit qu’une explosion d’émotions.

Aleteia : Que vous conseillait-il ?

Karol : De mon côté, il m’a parlé d’une période de probation. C’était, disait-il, un temps absolument nécessaire. Il suggérait un temps de séparation pour réfléchir. Un passage « dans le désert ». Je me souviens que nous parlions beaucoup de l’abstinence sexuelle avant le mariage. Elle servait justement de période de probation. Mgr Karol Wojtyla m’a conseillé de ne pas voir Maria trop souvent, ni de l’appeler au téléphone tous les jours.

Maria : C’était très difficile pour moi. J’étais une jeune fille naïve. Je ne comprenais pas pourquoi Karol ne m’appelait pas. Pourquoi il ne voulait pas me voir tous les jours ? J’ai pensé qu’il ne m’aimait pas.

Karol : Mgr Karol Wojtyla est allé plus loin. Il a monté avec mes parents un petit complot : Il fallait m’éloigner de la romance avec Maria.

Maria : Wujek a fait la même chose avec ma mère ! Il lui a clairement dit que j’étais trop jeune pour le mariage – j’avais 19 ans. Avec bienveillance mais en me suivant de près, il ressentait la nécessité de mettre notre relation à l’épreuve.

Aleteia : Qu’est-ce que Mgr Karol Wojtyla craignait le plus ?

Karol : Nous étions immatures. Une explosion d’émotions nous aveuglait. Mgr Karol Wojtyla craignait les couples trop émotionnels. Il préférait des couples plus équilibrés, où le rationnel avait aussi sa part. Sa vision du mariage était complète : il fallait que la raison et la volonté soient engagées sans être aveuglées par les passions. Il insistait beaucoup sur la nécessité d’une prise de conscience, à froid, de l’engagement que le mariage représente. Il s’agissait, disait-il, de faire un effort pour l’autre pendant toute une vie. Le mariage était un acte magnifique, la consécration de l’amour entre deux personnes. Il savait nous en parler d’une manière extraordinaire et exaltante. C’est la raison pour laquelle, disait-il, nous devions chacun être entièrement responsable, afin de nous engager pleinement dans un partenariat, une amitié profonde, pour toute la vie. Il nous expliquait que c’était un long chemin, semé d’étapes multiples…

Maria : … Alors que nous, nous voulions tout. Tout de suite !

Karol : Nous n’étions pas prêts à nous élever ensemble dans ce partenariat fondé sur le respect mutuel. Nous étions beaucoup trop exaltés et romantiques ! Nos excursions en kayak avec lui ont été notre réelle école de mariage. Nous étions en équipes de deux par embarcation, pas forcément des couples. Nous devions gérer notre bateau, nous entraider. Nous apprenions l’attention à l’autre, nous cherchions des solutions en cas de problèmes. Ce fut un véritable apprentissage de la vie.

Aleteia : Avez-vous écouté les conseils de Mgr Karol Wojtyla ?

Karol : Oui. Je suis parti à Szczecin, à l’autre bout de la Pologne. J’allais rejoindre la Philharmonie de la ville. J’entamais une carrière de pianiste. Wujek était ravi. C’était le début de la période de « désert » qu’il m’avait conseillé. Je l’ai vécue comme un temps de séparation et de solitude.

Maria : Karol me manquait terriblement. Dès que je pouvais, je prenais le train de Cracovie à Szczecin. C’était une véritable traversée de la Pologne. Elle durait 12 heures, je restais parfois debout tout le long du voyage parce qu’il n’y avait pas assez de places assises. Quand j’arrivais à Szczecin, nous n’avions que quelques heures pour nous voir.

Karol : A l’époque, je priais tous les jours pour trouver une bonne épouse. Je demandais à Dieu si Maria était celle qu’il m’envoyait. Maria était là, je l’aimais. Avec le temps, j’ai eu la certitude que Maria était l’épouse que Dieu m’envoyait. Nous avons pris la décision de nous marier.

Aleteia : Et vous êtes allés voir Mgr Karol Wojtyla, déjà archevêque de Cracovie. Vous lui avez annoncé la nouvelle et demandé sa bénédiction…

Maria : Je m’en souviens. Wujek ne nous a pas accueilli avec une explosion de joie. Il avait l’air un peu soucieux mais il nous a donné sa bénédiction… Je pense qu’il a compris que nous avions cheminé et que nous étions prêts : « Si vous le voulez ! » a t-il conclut.

Aleteia : Comment vous a-t-il préparé au mariage ?

Maria : Son agenda était bien rempli, mais il trouvait toujours un moment pour nous rencontrer. Nous allions le voir ensemble ou séparément. Il souhaitait qu’on se donne encore du temps. Je pense qu’il avait peur pour nous. Mais en tout cas il ne s’opposait pas à notre union.

Aleteia : Quelques mois plus tard il vous a marié ?

Maria : Toute la famille était là, malgré les réticences de certains. Il n’y avait pas que Mgr Wojtyla que notre jeunesse inquiétait. Nos proches n’étaient pas rassurés. Mais ils ne savaient pas à quel point l’accompagnement au mariage du futur pape nous avait permis de mûrir. Je me souviens de l’homélie. Wujek pressentait que notre couple pourrait rencontrer des difficultés. Il nous a dit alors de faire confiance à Dieu. Que Dieu est bon. Que Dieu est plus grand. Qu’entre nous, Karol et moi, il y a Jésus. Que nous sommes trois dans notre mariage.

Karol : Ces paroles sur l’accompagnement du Christ dans notre mariage ont été très importantes pour nous. Et nous avons également eu le privilège d’être accompagnés par Mgr Karol Wojtyla pendant toute notre vie de couple, jusqu’à sa mort.

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Castelgandolfo, Noël 1997, Karol et Maria Tarnowski avec leur fils Jan

Aleteia : Comment ?

Maria : Dès notre mariage, il nous a pris sous sa protection. Il veillait sur nous. Parfois, il nous aidait très concrètement à résoudre les problèmes que nous rencontrions. Je me souviens du temps où mon beau-père est tombé malade. Comme c’était très souvent le cas dans la Pologne communiste où la crise du logement frappait les familles, nous vivions ensemble sous le même toit. C’était parfois dur pour moi. Wujek savait intervenir. Il trouvait des solutions, il allait parler à tout le monde s’il le fallait. Il était à la fois attentif et concret.

Karol : Un ami prêtre, Jozef Tischner, aumônier historique du mouvement Solidarnosc et professeur de philosophie, m’a invité à donner des cours à ses étudiants. Karol Wojtyla était présent ce jour-là. Il m’a tout de suite demandé si je parviendrais à nourrir ma famille car il savait que la faculté payait très mal ! Ses préoccupations n’étaient pas que spirituelles…

Aleteia : Comment a évolué votre relation une fois son élection  ?

Maria : Quand j’ai appris qu’il était élu pape, je me suis mise à pleurer. Autour de moi, tout le monde était euphorique. Et moi, j’avais l’impression de perdre un père. Nous sommes allés à Rome pour l’inauguration de son pontificat. À notre surprise, nous nous sommes retrouvés au premier rang. Il était à quelques mètres de nous, c’était un moment extraordinaire qui m’a beaucoup réconfortée. Juste après la messe, notre groupe d’anciens étudiants a été invité à rencontrer Jean Paul II en privé. Il était à la fois très joyeux et ému. Au moment où nous le quittions, il est venu nous dire « Venez me voir le plus souvent possible ! ».

Karol : Ce jour-là, on avait l’impression que le Saint-Esprit lui avait donné des ailes ! Sa joie était immense. Il voulait ouvrir toutes les fenêtres du monde. Quand nous avons pu le voir en privé, il nous a répété plusieurs fois « Je suis toujours Wujek, ne l’oubliez pas ». Nous avons alors compris qu’il allait continuer de nous protéger et de nous accompagner : notre mariage, en même temps que notre groupe d’amis, et que le monde entier !

 

Aleteia : Il a donc continué à vous accompagner ?

Karol : Tout avait changé mais rien n’avait changé ! Bien-sûr, nos relations se sont espacées. Mais nous avons gardé le contact avec lui jusqu’à la fin de son pontificat. Nous lui écrivions et lui donnions de nos nouvelles. Il trouvait toujours le temps de nous répondre, avec toujours une attention particulière pour chacun d’entre nous. Nous avons eu le privilège de le rencontrer régulièrement à Rome. J’ai le souvenir de soirées passées en privée avec lui au Vatican, avec ma femme et nos deux enfants devenus adultes. Nous chantions les Koledy (chants de Noël polonais) avec lui comme du temps de nos veillées de Noël à Cracovie. La Pologne devait lui manquer parfois. Nous comprenions qu’il était important pour lui de retrouver un climat amical, presque familial. Les repas étaient joyeux, les religieuses étaient heureuses de préparer pour nous toutes les spécialités polonaises pour Noël.

Lorsque nous étions avec lui, il était le même homme que celui que nous avions toujours connus. La relation avec lui et la fidélité de ses sentiments incarnaient la continuité de son accompagnement. Le suivre, en le sachant si proche de nous, nous a réellement permis de franchir toutes les étapes de notre mariage : 55 ans de vie commune !

Les photos viennent des archives familiales privées de Karol et Maria Tarnowski

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