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Dieu, le cinéaste et ses personnages

MARLON BRANDO

© Rome Paris Films I Collection ChristopheL

Leon Morin pretre, 1961 , Jean Pierre Melville.

Louise Alméras - Publié le 02/04/18

Le violon d’Ingres de Bruno de Seguins Pazzis est d'écrire des critiques de films. Il recense et commente dans un ouvrage conséquent ceux dont le thème évoque la Bible, les saints, le moine, le prêtre, le diable et autres références chrétiennes. Certes subjectif, cet ouvrage ne fait l’impasse sur aucun film et nous offre une plongée dans leur histoire.

Quand le christianisme fait son cinéma, paru aux éditions du Cerf ce mois-ci, livre un répertoire complet des films à thématique chrétienne. Si l’auteur ne fait pas l’économie de son opinion et ne s’en cache pas, certains syllogismes et avis peuvent déconcerter, d’autres sont cependant très pertinents. On peut généralement se fier à son jugement, guidé par le souci de savoir la présence de la grâce ou de la nourriture spirituelle dans les œuvres qu’il commente. Aucun film ne lui a échappé et il permet au lecteur de découvrir, ou de redécouvrir, une liste exhaustive d’œuvres cinématographiques, parfois oubliées, célèbres, mythiques, passées inaperçues ou encore perdues dans le flot des productions, du long-métrage de cinéma au téléfilm.

La religion au cinéma une ressource intarissable

Le cinéma demeure un moyen privilégié de transmettre un message, il semble « le langage chrétien par excellence », selon le mot d’Henry Quinson (conseiller pour le film Des hommes et des dieux). Si le spectateur consent toujours à s’immerger pendant de longues minutes dans un jaillissement d’images, de musique et de textes, à livrer ses sens à cet art, multiple et captivant, c’est « que les oeuvres du 7e art recèlent une puissance particulière », selon l’abbé Chouanard, curé du Coeur Eucharistique de Jésus (Paris) et qui utilise le cinéma comme moyen éducatif auprès des jeunes de son patronage. « Nous avons tous fait l’expérience de ressortir grandis, meilleurs, après avoir vu un film édifiant », assure à son tour Hubert de Torcy, dans un entretien croisé retranscrit à la fin de l’ouvrage, auquel la réalisatrice Cheyenne Carron a également participé.


MARY MAGDALENE Marie Madeleine

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De Hollywood à la Nouvelle vague, en passant par le péplum et les nouveautés du XXIe siècle, près de 1 200 films évoquent ce monde entre Terre et Ciel, et il fallait une Bible du cinéma où retranscrire ce long parcours. Pier Paolo Pasolini (L’Évangile selon saint Matthieu), Mel Gibson (La Passion du Christ), John Huston (La Bible), Pavel Lounguine (L’Île), autant de noms associés à des succès marquants, dont les images restent en mémoire longtemps. La liste est longue, elle continue de croître, comme s’il n’y en avait jamais assez de s’inspirer de la vie des saints, de leurs batailles, de celles du Christ et de bien d’autres figures religieuses.

L’auteur les classe selon leurs thématiques, l’Ancien Testament, le Nouveau, les apparitions de la Sainte Vierge, les saints, le prêtre, le moine, la religieuse et le couvent, le cinéma « réformé », l’ange, le diable, la métaphore chrétienne et s’interroge enfin sur l’avenir du cinéma chrétien.

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Le cinéma sera-t-il spirituel ou ne sera pas ?

Agrémenté de citations, de commentaires de grands critiques, ce livre s’appuie aussi sur la parole des papes pour apporter un éclairage sur certaines œuvres, par souci de rendre au contexte sa vérité et de fournir au lecteur les ressources et repères nécessaires pour apprécier le film mentionné. Bruno de Seguins Pazzis ne manque pas de mettre à l’honneur scénaristes, directeurs de la photographie et autres ouvriers du grand oeuvre cinématographique. D’anecdotes en analyses concises et bien senties, le lecteur pourra s’orienter aisément vers le film le plus susceptible de le toucher et peut-être de le transformer, s’il sait toutefois garder à l’esprit le conseil de Rainer-Maria Rilke : « Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder ».


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Mais bien plus que de s’intéresser au cinéma chrétien, l’auteur rappelle la nécessité de créer, de voir, d’évoquer des oeuvres ayant le souci de la beauté et de la vérité. Il n’est pas tant question de connaître l’avenir du cinéma chrétien mais celui du cinéma spirituel, qui redonne au mystère son sens et sa valeur et à la transcendance sa place et sa mission. Comme un passeur inégalable dans le monde artistique, le film, cette matière humaine sublimée dans une œuvre, possède ce don de création qui se traduit dans le cheminement d’un scénario, semblable à celui des hommes, et peut mener, peut-être, à l’imitation, la délivrance ou la révélation. Ainsi que l’exprimait le grand cinéaste danois Carl Dreyer : « Nous désirons que le cinéma nous ouvre une porte sur le monde de l’inexplicable ». Ce cinéma n’a pas fini de se taire.

Quand le christianisme fait son cinéma, de Bruno de Seguins Pazzis, éditions du Cerf, mars 2018

Tags:
Cinéma
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