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L’homélie prononcée lors des obsèques d’Arnaud Beltrame : « Là où sont les ténèbres, mettons la lumière. »

ARNAUD BELTRAME
BERTRAND GUAY I AFP
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Le père Jean-Baptiste, chanoine régulier de la Mère de Dieu, de l'abbaye Sainte Marie de Lagrasse, a prononcé l'homélie lors des obsèques d'Arnaud Beltrame à Carcassonne, ce jeudi 29 mars.

« En cette cathédrale, en présence de tant de personnalités civiles et militaires, après un hommage national rendu à un héros qui fait l’admiration de tous, et en présence de sa dépouille, il aurait sans doute convenu qu’un évêque prêchât. Mais en ce jour où fierté et douleur habitent nos cœurs, où Espérance et deuil cherchent un chemin de conciliation, tout semble bouleversé. Vous savez ma présence aux côtés du colonel avec sa fiancée et déjà civilement son épouse, il y a cinq jours, à l’hôpital. Nous étions réunis tous les trois comme pour leur mariage que je devais bénir bientôt, et c’est l’ultime onction du sacrement des malades que nous avons célébrée à la place. J’aurais dû prêcher dans deux mois la joie du mariage du colonel Arnaud Beltrame avec Marielle et me voici contraint de dire la gravité de ses funérailles.

Un fils, un frère, un mari, un officier, un Français, un enfant de Dieu, un héros est mort. Son corps est séparé de son âme depuis l’aube du samedi 24 mars. Il fut blessé affreusement par un terroriste vendredi, à l’heure où le Christ offrait sa vie pour nous sur la Croix. Ce corps, chère Marielle, que vous avez aimé et qui vous a chéri, ce corps qui est aujourd’hui honoré du drapeau tricolore ne pourra plus vous prendre dans ses bras. Arnaud ne pourra pas vous demander, le 9 juin prochain, si vous acceptez de devenir son épouse par le sacrement de mariage. Mais cette tragédie, comme le Vendredi Saint que nous allons célébrer demain, n’est pas le fin mot de cette histoire cruelle. Elle se pare déjà des couleurs de l’aube pour conduire Arnaud à la gloire de Pâques, à l’espérance radieuse de la résurrection.

Alors Seigneur, soyez loué pour la force que vous aviez mise en ce cœur d’homme et d’officier. Soyez loué pour le don de la foi catholique qui a été pour Arnaud une redécouverte émerveillée. Il avait 36 ans lorsqu’il reçut pour la première fois votre Présence réelle dans la sainte communion et votre don de force dans le sacrement de confirmation. Il n’a jamais caché depuis la joie de sa foi retrouvée. Oh certes, comme nous tous, il a pu faire des erreurs dans sa vie, mais il demandait toujours pardon à ceux qu’il avait pu heurter.

Soyez loué enfin Seigneur de lui avoir permis d’aimer jusqu’à l’extrême (Jn 13, 1). Car “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis” (Jn 15, 13) comme nous l’a appris votre divin Fils Jésus. Le colonel savait le risque qu’il prenait en se livrant comme otage au fanatique. Il l’a fait pour sauver une vie, plusieurs peut-être, et parce que tel était son engagement, de gendarme et de chrétien, allant jusqu’au bout de ses convictions.

Il a offert sa vie pour que s’arrête la mort. La croyance du jihadiste lui ordonnait de tuer. La foi chrétienne d’Arnaud l’invitait à sauver, en offrant sa vie s’il le fallait. Seigneur, vous lui avez donné la grâce de le réaliser exactement une semaine avant la célébration de votre Passion. Vous nous avez livré l’exemple absolu en guérissant nos âmes par vos blessures (cf Is 53, 4-5). Vous avez alors proposé le salut à tous les hommes et aussi à cet assassin. Faites-lui miséricorde, Seigneur. Il ne savait pas la gravité de son geste fanatique. Il pensait même vous plaire en tuant.

Où est Arnaud maintenant : au Ciel, au purgatoire ou, comme le pensent les partisans de son meurtrier, en enfer ? Voici un secret qui n’appartient qu’à Dieu. Son sacrifice l’a certes configuré au Christ, mais prions pour ce héros. Prions aussi pour les autres victimes ; prions même pour leur assassin.

Ma chère Marielle, c’est à vous que je veux maintenant m’adresser. Je sais combien Arnaud vous a aimée. Ce viril soldat, cet officier d’élite était avec vous galant, délicat et prévenant. Il était mûr pour s’engager dans un mariage heureux et indissoluble, fidèle à sa foi catholique. Il avait découvert avec joie Luigi et Maria Beltrame, le premier couple honoré par l’Église comme bienheureux, tels de possibles et lointains cousins. Il s’est préparé au mariage avec un sérieux qui force mon admiration et dont témoigne la superbe déclaration d’intention qu’il m’a envoyée quatre jours avant l’attentat.

L’offrande héroïque et libre de sa vie, les innombrables prières et messes qui sont lancées au Ciel du monde entier pour lui, le sacrement des malades, et la bénédiction à l’article de la mort que j’ai pu lui offrir à l’hôpital, peuvent vous donner l’espérance ferme de son bonheur éternel. Ces dernières prières furent alternées avec vous, alors que vous teniez la main d’Arnaud, scellant à jamais en Dieu, votre amour et la communion de vos âmes.

Alors, écoutez ces mots qu’il aurait pu vous adresser, chère Marielle, et nous dire à tous :

“Ne pleure pas si tu m’aimes ! Si tu savais le don de Dieu et ce que c’est que le Ciel ! Si tu pouvais d’ici, entendre le chant des Anges et me voir au milieu d’eux ! Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les sentiers où je marche !Si, un instant, tu pouvais contempler, comme moi, la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent ! Quoi ! tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni me revoir, ni m’aimer encore dans le pays des immuables réalités ?Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît et qu’il a fixé, ton âme viendra dans le Ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là, tu reverras celui qui t’aimait et qui t’aime encore, tu en retrouveras les tendresses épurées.A Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, infidèle aux souvenirs et aux joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant ! Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus attendant la mort, mais avançant d’instant en instant, avec toi qui me tiendras la main, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie… Alors, essuie tes larmes et ne pleure plus, si tu m’aimes.”
Chère Marielle, la fécondité de votre amour se mesure déjà dans les incroyables témoignages venus du monde entier depuis quelques jours, de tous ceux qui ont été émus et fortifiés dans leur foi par le sacrifice d’Arnaud. Voici vos enfants. Bien sûr, en ce jour de larmes, pareille épreuve est infiniment mystérieuse. Mais vous n’êtes pas seule. Dieu pleure avec vous, comme il a pleuré devant le tombeau de Lazare (Cf. Jn 11, 35) !
Et puis, regardez ! Vous êtes entourée par une immense compassion de tout un peuple, unanime à admirer le geste du colonel et à comprendre l’immensité de votre douleur ; une foule gonflée d’espérance dans le message que son sacrifice offre à la France. L’héroïsme est possible. Notre pays en a besoin pour être sauvé de la médiocrité de l’individualisme qui blessait son cœur de gendarme.
C’est à nous tous enfin qu’il s’adresse. Sa quête spirituelle tardive, j’en suis témoin, lui a montré que tout ce qui n’est pas de l’éternité retrouvée est du temps perdu. Le monde qu’il a quitté privilégie l’urgent sur l’essentiel. Retrouvons comme lui l’urgence de l’essentiel.
Dans leur maison, bénie le 16 décembre dernier, Arnaud et Marielle avaient réservé une pièce pour en faire un oratoire où ils priaient en couple. Alors je vous en supplie, frères et sœurs, à l’approche de Pâques, veillez dans la prière !
Arnaud, Marielle et moi avions partagé qu’on ne triomphe pas d’une idéologie avec seulement des armes et des ordinateurs. On la terrasse avec des convictions spirituelles. La foi catholique qu’il a redécouverte, les merveilles chrétiennes de l’histoire de France qui le passionnaient, sont le meilleur bouclier contre la folie des croyances assassines qui tuent et veulent tuer encore.
Mais soyons persuadés que ce combat spirituel se gagne avec la charité et non avec la haine. « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour » que nous aurons donné ou au contraire sur l’égoïsme, la colère et l’orgueil que nous aurons mis en toutes choses. Alors, puissent les soldats qui risquent leur vie avec courage pour la défense de la France, et nos concitoyens, en ces années troubles de notre histoire, être des instruments de la paix.
Comme Arnaud et avec lui, là où est la haine, mettons l’amour. Là où est l’offense, mettons le pardon. Là où est la discorde, mettons l’union. Là où est l’erreur, mettons la vérité. Là où est le doute, mettons la foi. Là où est le désespoir, mettons l’espérance. Là où sont les ténèbres, mettons la lumière. Là où est la tristesse, mettons la joie.
Que chacun ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant que l’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve soi-même, c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon, c’est en mourant que l’on ressuscite à la Vie éternelle.
Vivons cela, et le sacrifice admirable du colonel Beltrame n’aura pas été un feu de paille émouvant, mais l’étincelle d’une renaissance ; alors la France, qu’il a servie avec passion dans la gendarmerie, cheminera vers la paix. Ainsi soit-il ! »
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