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Pourquoi regarder La Passion du Christ un Vendredi Saint ?

THE PASSION OF THE CHRIST

Photo by Philippe Antonello. - © 2003 Icon Distribution Inc.

Constance Ory - Publié le 29/03/18

Vous hésitez encore à vous lancer dans le terrible face à face avec La Passion du Christ de Mel Gibson ? Le Vendredi saint peut être une belle occasion pour aller à la rencontre de ce chef d’œuvre. Voici quelques arguments pour vous aider à discerner.

Il est des violences absurdes, et ce sont les pires, les plus insoutenables. Ce sont des « imbécillités infernales », selon l’expression de Céline. Ces violences gratuites omniprésentes, calculées pour arracher le spectateur à un sommeil nécessaire, sont de purs divertissements et les purs divertissements ne sont jamais inoffensifs. Nombreux sont les spectateurs qui ne peuvent affronter la violence à l’écran. Il est un cas exceptionnel à cette peur de la violence : La Passion du Christ de Mel Gibson.

Pour que s’opère la conversion des cœurs, si l’on s’appuie sur la théorie d’Aristote dans la Poétique,  il faut que le spectateur ressente deux émotions : la terreur et la pitié. La terreur, mouvement de recul qui le met face contre terre, et la pitié : la compassion, terme composé du préfixe d’accompagnement latin cum et du verbe patior, qui signifie souffrir. Deux conditions alors pour se convertir face à cette tragédie qui est Bonne Nouvelle : être à la fois scandalisé par le péché qui crucifie le Christ et souffrir sa passion avec lui, être à ses côtés. Bourreaux et victimes.

THE PASSION OF THE CHRIST
© 2004 Twentieth Century Fox

La terreur

La victime, ici le Christ, est à l’opposé des héros tragiques rongés par l’hybris (l’orgueil, se croire un Dieu) – il est Dieu. Car il est Dieu et un Dieu déchiré dans sa chair. Dans notre chair. À chaque coup de fouet et sans s’y habituer, le corps sursaute, le cœur se serre dans une sorte d’affreux hoquet silencieux. Tout ce qui concourt à mettre à mort l’Agneau est terrible ; il faut observer particulièrement les visages remplis d’une haine inexplicable, les visages défigurés par la moquerie, le visage déformé de Satan qui guette le Christ.




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La compassion

Face à la passion, il y a la compassion. Il faut observer le jeu des regards qui est remarquable. Le film appelle le spectateur à souffrir avec Jésus, à ressentir la froide terreur de Jésus à Gethsémani qui transpire des larmes et du sang, à sentir sur ses épaules le poids de la croix, à se jeter d’un bond, comme Marie, sur le corps ensanglanté de Jésus, dans ce double mouvement terrible de digne retenue et d’élan maternel. Les regards font couler des larmes sans sanglots : des larmes silencieuses et dignes. Le regard de Marie, la fougue de Marie-Madeleine : cette tension du regard des deux femmes vers le corps qu’elle ne peuvent plus serrer contre elles et qui est massacré devant leurs yeux impuissants. Elles imposent un respect extraordinaire. Qu’elles sont belles ! La Vierge se tient là, et n’est pas là : elle est dans l’élan désespéré et la retenue inhumaine.

THE PASSION OF THE CHRIST
© 2004 Twentieth Century Fox

La conversion 

Entre cette terreur et cette pitié se trouve un cœur à cœur avec Jésus. Le film présente un moment phare de cette conversion : la scène où Simon de Cyrène s’approche du Christ pour porter sa croix ; il se croit l’innocent qui aide le coupable. Mais dans cette marche, sous ce fardeau, dans la contemplation du regard plein d’amour de Jésus sur lui, il comprend que c’est lui le coupable et Jésus l’innocent ; il comprend que c’est Jésus qui le sauve et non lui qui l’aide. Cet admirable échange est marqué par un plan en légère plongée sur leurs bras qui s’entrelacent, pour mieux porter la croix. C’est là ce cœur à cœur avec Jésus : le spectateur doit ressentir sur ses épaules toute cette pesanteur qui le prépare à la grâce de Pâques.

Un chef d’œuvre de poésie 

Le film est d’une fidélité étonnante aux quatre Évangiles. Il passe de l’un à l’autre, il y a très peu de paroles, en somme, très peu de dialogues ; ce silence est mis en valeur par un travail exceptionnel sur les plans et leur enchaînement qui fait de ce film un grand moment de poésie : tout le mystère est préservé et le réalisme des scènes violentes n’enlève rien à cette beauté de l’infini qui se laisse saisir. Il y a la mort et la vie, en même temps. L’homme, le roi et le Dieu, dans un regard.




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Sainte Catherine de Sienne dit : « Ce ne sont pas les clous qui retiennent Jésus sur la croix, c’est l’amour » : la violence est transcendée ici parce qu’elle est acceptée par amour — elle se transforme en amour. Dans la laideur et la violence, malgré la cruauté et la folie, la croix est le lieu où Dieu dit et montre son amour infini. C’est le scandale et la source.

Une limite d’âge ?

Il faut être capable de regarder ce film comme on écoute un Évangile, mais les images sont violentes et demeurent ancrées dans l’esprit. À la sortie du film, les Italiens décident de ne pas mettre de restriction d’âge, affirmant que l’enfant a parfois une idée plus vive de ce qu’a souffert le Christ quand le catéchisme le lui a expliqué. Au Liban, en revanche, on décide de l’interdire aux moins de 16 ans à cause du réalisme des scènes violentes. Concernant les enfants, la question est évidemment délicate. À chacun d’apprécier de leur montrer ce film, d’attendre, ou de les préparer avec recueillement, de le regarder ensemble et en parler ensuite. Ou tout simplement, prier ensemble, en attendant Pâques.

En images – Ces reliques attribuées à Jésus

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vendredi saint
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