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Adrien Candiard : « Pour Pierre Claverie, il faut parvenir à entendre l’autre malgré les différences »

Adrien CANDIARD
Guillaume POLI/CIRIC
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Adrien Candiard est un dominicain qui vit au Caire, membre de l’Institut dominicain d’études orientales. Très engagé dans le dialogue avec l’Orient, il est l’auteur de plusieurs livres  dont Comprendre l'islam (ou plutôt : pourquoi on n'y comprend rien) chez Flammarion.

Adrien Candiard vient de publier Pierre et Mohamed chez Tallandier, le texte de sa pièce jouée depuis 2011 sur l’amitié, entre l’évêque d’Oran Pierre Claverie et Mohammed jeune oranais de 21 ans, tous les deux assassinés pendant la guerre civile algérienne en 1996. Depuis sa présentation au Festival d’Avignon il y a sept ans, la pièce a connu un grand succès et a été jouée plus d’un millier de fois. Avec les autres martyrs d’Algérie, Pierre Claverie a été béatifié au début de l’année.

Votre pièce Pierre et Mohamed est un hommage à Pierre Claverie, mais n’est-elle pas avant tout une œuvre contre le fanatisme ?
Adrien Candiard : Je crois que ce n’est pas d’abord une œuvre « contre ». Il s’agit d’abord de raconter une histoire : celle d’une amitié, qui donne l’occasion de découvrir la pensée de Pierre Claverie. Ce dominicain, évêque d’Oran, assassiné en 1996, quelques semaines après les moines de Tibhrine, avec le jeune Mohamed, qui était venu le chercher à l’aéroport, ne s’est d’ailleurs pas contenté de dénoncer le fanatisme ; il a aussi ouvert une voie pour que chrétiens et musulmans puissent vivre ensemble dans le respect, sans renoncer à leurs différences, sans nier ce qui les sépare.

Ancien pied-noir né à Alger, Pierre Claverie était marqué par la culpabilité coloniale. Quel était le sens de son engagement auprès du peuple algérien ?
Plus que la culpabilité, ce qui a marqué Pierre Claverie, c’est la découverte soudaine de ces millions d’Algériens que le système colonial l’avait empêché de voir comme autre chose que des « éléments du décor », comme il le dit. Il ne cherche pas, il me semble, à expier une faute passée, mais simplement à rattraper le temps perdu, et à aimer son prochain. Un programme simple et évangélique !

Sœur Anne-Catherine Meyer n’hésite pas à dire que son œuvre est « prophétique » sous certains aspects. Partagez-vous cet avis ?
Le succès inattendu de Pierre et Mohamed, représenté plus de mille fois, a fini de m’en convaincre ! J’ai pu constater qu’en ces temps de tension, la voix de Pierre Claverie parle à des gens très différents, croyants ou non, chrétiens ou musulmans, anciens d’Algérie ou lycéens. Sans doute parce qu’il montre que l’on peut être ferme dans ses convictions sans renoncer à l’amitié avec ceux qui ne les partagent pas. Nous qui pensons trop souvent qu’il faut choisir entre le souci de la vérité et celui de la charité, nous avons plus que jamais besoin de l’entendre !

Habitant en Orient et auteur d’ouvrages sur l’islam comme Pierre Claverie, pensez-vous que le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée est un enjeu majeur de notre époque ?
Quelle serait l’autre solution ? Se résigner aux conflits qui nous minent aujourd’hui ? Plus que jamais, le dialogue est une nécessité. Il arrive aujourd’hui qu’on l’oppose à l’évangélisation, ce qui est un contre-sens, si du moins par évangélisation, on entend rendre possible la rencontre avec le Christ. Ce n’est jamais l’échange d’arguments polémiques, surtout dans un climat aussi tendu qu’aujourd’hui, qui peut rendre possible cette rencontre avec le Christ ; mais il faut au contraire désarmer les méfiances réciproques, déminer les malentendus, rechercher patiemment la vérité ensemble. Pour un chrétien, le dialogue est toujours une œuvre d’évangélisation – évangélisation de soi et des autres.

S’il cherchait à rapprocher Orient et Occident et à faire dialoguer l’islam et le christianisme, Pierre Claverie était toutefois critique à l’encontre d’un dialogue qui chercherait à « nier ou contourner l’altérité » entre les deux religions. Partagez-vous cette critique ?
Il n’y a pas de naïveté à avoir : le dialogue n’a rien d’évident. C’est une œuvre exigeante, qui suppose du travail, de la ténacité, mais aussi un engagement spirituel. Pierre Claverie était très critique d’un certain enthousiasme qui, il y a quarante ans, semblait penser qu’il suffisait de s’asseoir autour d’une table pour tomber d’accord. Le dialogue interreligieux a souffert longtemps de cet irénisme qu’on lui a beaucoup reproché. De plus, Pierre Claverie considérait, contre l’intuition commune, qu’il ne faut pas partir des points communs : si l’enjeu du dialogue, c’est le respect mutuel, alors il faut au contraire partir des différences, car il faut parvenir à entendre ce que l’autre a à me dire de différent. Sans cela, on peut passer des heures à se parler sans aborder réellement sa foi dans ce qu’elle a de spécifique. Au lieu d’apprendre à l’autre à nous comprendre, on reste dans un entre-deux qui ne satisfait personne. Il me semble que ces deux critiques de Pierre Claverie, très justes, ont été largement entendues. Le dialogue progresse, et c’est heureux !

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