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Non mais sérieusement, comment peut-on être catholique en France ?

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© By Rawpixel.com | Shutterstock
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Dans son nouvel ouvrage "Comment peut-on être catholique ?", Denis Moreau explique avec beaucoup d’humour, en mêlant profondeur et légèreté, toutes les raisons qui le poussent à être, encore aujourd’hui, catholique.

Selon Denis Moreau, être catholique aujourd’hui apparaît pour beaucoup de gens comme quelque chose d’extraordinaire, ou une bizarrerie datée. Dans une conversation, entre l’athée et le catholique, contrairement à d’autres époques, c’est au catholique que l’on demande de se justifier et de donner ses raisons de croire en Dieu. Plutôt que de se lamenter sur une disparition du christianisme, Denis Moreau y voit d’abord l’occasion de présenter et d’expliquer toutes nos raisons de croire dans un très beau livre plein d’humour et de tendresse pour les uns et les autres.

Aleteia : Vous avez écrit un livre joyeux sur le fait d’être catholique. On y sent beaucoup d’humour, cela affleure en permanence. C’est un point qui vous tient à cœur ?
Denis Moreau : Je n’ai jamais compris pourquoi historiquement la philosophie, la théologie se sont construites comme des disciplines pas drôles. Je considère par exemple les Méditations métaphysiques de Descartes comme le plus grand chef-d’œuvre de la philosophie. Mais il n’y a aucun moment où ces réflexions font sourire. À vrai dire, les rares penseurs assez drôles sont souvent des antichrétiens, Voltaire par exemple, ou Nietzsche. Comme j’écris sur la joie, je voudrais que mes livres soient drôles, ou au moins donnent envie de sourire. C’est important que les gens y trouvent quelque chose de la joie.

Vous citez la première lettre de saint Pierre : « Soyez prêts à tout moment à vous expliquer devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous. ». C’est cela que vous avez voulu faire, rendre raison de votre foi ? Vous souhaitez aller contre un certain anti-intellectualisme qui atteint parfois certains chrétiens ?
J’ai beaucoup de respect pour la foi du charbonnier, quand c’est celle d’un charbonnier. Mais en France, parmi les catholiques, beaucoup ont fait des études, et ils pourraient rendre raison de leur foi autrement qu’en parlant de leur ressenti ou de leur expérience personnelle. La foi n’est pas qu’une sensation. Une sensation, cela n’est pas communicable. La foi est bien autre chose, c’est une disposition (une « vertu »), une certaine manière d’être au monde. Benoît XVI tout au long de son pontificat a suffisamment insisté sur l’importance de la rationalité de la foi pour que nous prenions son invitation au sérieux.

Sur le caractère personnel, l’éditeur voulait mettre un sous-titre « mes raisons de croire » mais j’ai refusé car ce ne sont pas « mes » raisons, « ma » foi personnelle. C’est la foi de l’Église. Je n’ai pas voulu écrire un livre de pure apologétique argumentative, ni un simple un témoignage de foi. J’ai essayé de croiser les deux fils pour constituer une sorte de scoubidou avec une ligne argumentative et une ligne de témoignage, où je présente concrètement comment le catholicisme a enrichi ma vie.

On sent dans l’introduction de votre ouvrage la mention d’une nécessité intérieure. Quelque chose, ou quelqu’un, vous a poussé, proche d’une inspiration ?
Ce qui m’a conduit à écrire ce livre n’est pas vraiment un appel, quelque chose qui serait venu de devant moi et m’aurait dit quoi faire, c’est plus une sorte de « poussée », quelque chose qui m’a mis en mouvement. J’étais parti, jusqu’à il y a dix ans, pour faire une honnête carrière d’historien de la philosophie. J’écrivais des articles très savants sur Descartes, que personne ne lisait. J’ai longtemps pensé que j’allais faire une carrière universitaire et rien de plus. Cela m’allait très bien, au demeurant, je ne suis pas de ceux qui crachent dans la soupe universitaire, qui m’a nourri, et me régale encore. Mais vers mes quarante ans, je me suis dis : tu es catholique ; dans les milieux intellectuels, la foi devient pour beaucoup quelque chose d’incompréhensible ; il y a quelque chose que tu pourrais essayer de dire.

Il y a alors eu un élément déclencheur très improbable : en mai 2007 j’ai reçu le mail d’un Monseigneur du Vatican qui m’invitait à un congrès pour les universitaires organisé à la demande de Benoît XVI. J’ai répondu que je n’avais rien à raconter et que je ne comprenais pas cette invitation. Ils ont insisté. J’y suis allé. C’était vraiment étonnant, il y avait plein de grandes pointures intellectuelles, c’était un monde que je n’avais jamais rencontré, j’avais le sentiment de ne pas être à ma place. Et puis nous étions un petit groupe de Français très hétéroclite : une religieuse, un Professeur de médecine, un cadre des Orphelins d’Auteuil… et moi. Je ne sais toujours pas comment ils avaient fait les invitations ! Au cours d’une audience à la fin du congrès, Benoît XVI a appelé les universitaires à prendre la parole pour l’Église. Il nous a engagés à partir en mission en utilisant notre savoir académique. Je suis rentré et je me suis dit que cela, c’était peut-être quelque chose comme un appel.

Votre ouvrage, Comment peut-on être catholique ?, s’inscrit donc dans le prolongement de ce déclic ?
Denis Moreau : Oui, voilà. J’ai d’abord écrit sur le Salut et la résurrection, comme catégories d’entrée dans le christianisme, puis sur le mariage qui a été pour moi la voie de salut. Avec cet ouvrage, j’essaie de synthétiser un peu le tout. Je suis content car j’ai pu dire ce que j’avais à dire : une espèce de compréhension du christianisme à laquelle je suis arrivée après trente ans passés à lire de la philosophie et de la théologie. Je pense qu’il y a plein de portes d’entrée possibles dans le christianisme. Pour moi, ce sont le salut et la résurrection du Christ. Pour d’autres, c’est plus le vendredi saint que le dimanche de Pâques. C’est une des grandeurs du christianisme que d’offrir de nombreuses portes d’entrée, qui toutes permettent de rester dans les clous de l’orthodoxie et de la communion.

Vous évoquez une histoire d’amour entre le catholicisme et la philosophie. Que pouvez-vous en dire ?
C’est indiscutable. De toutes les grandes religions, le catholicisme est celle qui a choisi le compagnonnage avec la philosophie grecque. Les derniers grands personnages à avoir écrit des textes à retentissement planétaire sur la philosophie sont Jean Paul II et Benoît XVI. Il y a une confiance dans la rationalité qu’on ne trouve pas dans l’islam, ni dans le judaïsme. Les grands théologiens, ce sont des personnes qui s’emparent d’une philosophie pour penser le christianisme. Saint Augustin s’empare de Platon, saint Thomas s’empare d’Aristote. Dans une époque plus récente, la phénoménologie a eu un grand impact sur la théologie. Il suffit de penser à Jean Paul II, à Hans Urs von Balthasar, Jean-Luc Marion ou Jean-Louis Chrétien. Il y a un vrai dialogue possible, qui enrichit considérablement la pensée chrétienne et notre compréhension du Christ et de ce qu’il a à nous dire.

Être catholique, est-ce que cela veut dire aimer le corps ?
Je ne vois pas comment on pourrait répondre non. Reprenons les grands thèmes du christianisme : l’Incarnation, Dieu qui se fait homme ; la Genèse et la création du monde (Dieu vit que cela était bon) ; l’Eucharistie, un repas ; la résurrection des corps. Tout cela est parfaitement convergent : on ne peut pas être chrétien et mépriser le corps. Il est vrai qu’il y a eu une sorte de dérive vers un mépris du corps, qui s’exprime bien chez des penseurs comme Malebranche ou Pascal. C’est vraiment une dérive, sans doute liée à un certain platonisme caricatural qui a contaminé le christianisme assez tôt. Sur ce point, le christianisme a fait fausse route. Mais les chrétiens qui aiment le corps ont toujours existé : ils se délectent du Cantique des cantiques et de sa célébration des joies de la chair, ils chantent avec le Psaume 104 « le vin qui réjouit le cœur de l’homme », ils  préfèrent la sensualité du baroque à l’austérité du classicisme. Il ne faut pas non plus aller trop loin dans cette voie : l’esprit constitue la meilleure partie de notre être et il doit diriger pour domestiquer ce qu’il y a d’impulsif, de brutal dans la chair laissée à elle-même. Le vrai concept chrétien est l’incarnation, pas le dualisme corps/esprit. L’esprit s’inscrit dans un corps, c’est le point de départ.

Le pape François a écrit deux exhortations apostoliques, La joie de l’Évangile et La joie de l’amour, d’après lesquelles il semble que la joie soit une dimension centrale de la vie chrétienne. La morale catholique, selon vous, doit être une morale au service de la joie ?
Je n’aime pas beaucoup qu’on réduise le christianisme à une morale, même si « morale » n’est pas un mot sale : la morale, c’est chercher des réponses à une question qu’on ne peut pas ne pas se poser, « que faire ? ». Mais le christianisme est plus fondamental qu’une morale : c’est une façon de se tenir face aux grands problèmes de la vie. Si on entend « morale » au sens d’une codification précise de toutes les dimensions de l’existence, il n’y a rien de tel dans le Nouveau Testament, contrairement à la Torah, ou aux Hadiths. De plus, je ne suis pas sûr qu’il existe quelque chose comme une « morale chrétienne », au sens de « spécifiquement chrétienne » : ne pas tuer, ne pas voler, être bienveillant, la morale que défend le chrétien est en fait la morale des gens honnêtes et raisonnables, chrétiens ou non. Aristote a écrit des choses magnifiques sur la morale, il n’était pourtant pas chrétien. C’est aussi pourquoi l’utilisation polémique faite par certains chrétiens de cette (trop ?) fameuse phrase de Dostoïevski « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis » est insultante pour ceux qui n’ont pas la foi. Il suffit de fréquenter le monde pour rencontrer des « athées honnêtes hommes », d’une exigence et d’une rectitude morale remarquables.

Après, si l’on prend morale au sens de tonalité d’existence fondamentale, l’Évangile parle de joie partout : « Que votre joie soit parfaite », « Que ma joie demeure en vous ». C’est ce que le pape François est en train de faire : remettre la joie au cœur du christianisme, avec l’idée que la joie est ce qui accompagne l’affirmation de soi dans ce que l’on a de bon. Voyez Nietzsche : il reproche aux chrétiens d’être réactifs, de passer leur temps à grogner, critiquer. La réactivité est vraiment un piège. Elle se traduit notamment par la volonté de restreindre ou interdire l’expression les gens qui ne pensent pas comme nous. Le chrétien ne doit pas interdire (négativement), il doit (positivement) dire ce qu’il a à dire. Aujourd’hui, il doit le faire en admettant qu’il est minoritaire. Et tout cela doit se faire dans la joie.

Pensez-vous que des nouvelles noces entre le catholicisme et la Gauche sont possibles ?
Il faudrait d’abord répondre à la question de savoir ce que signifie « être de Gauche » : c’est devenu compliqué ! Dans l’histoire de la Gauche française, il y a bien une composante de révolte contre la misère, d’attention aux plus faibles qui est aussi centrale dans le christianisme. C’est aussi l’idée d’accepter d’assumer l’impôt comme instrument de répartition des richesses et de correction des inégalités, et de développer une critique de l’enrichissement sans limite, du capitalisme déchaîné. Il y a un vrai problème de répartition des richesses, de régulation étatique. Là, l’Église a des choses à dire, elle aborde ces questions dans sa « Doctrine sociale ». Il faut relier cela avec l’analyse du pape François en matière d’écologie. Comme il l’a dit « tout se tient ». Je suis intéressé par les Poissons Roses, le courant chrétien du Parti socialiste. Ils ont des propositions  originales et inventives. Après, comme je suis de ceux qui estiment que le clivage droite/gauche a encore du sens, je pense qu’il est bon qu’il y ait des catholiques de droite, et d’autres de gauche. Religion « universelle » (c’est le sens de « catholique » en grec), le catholicisme devrait souffler dans tous les secteurs de la société, irriguer l’ensemble de l’échiquier politique (hors peut-être les partis explicitement athées ou promouvant de façon massive des thèses à l’évidence antichrétiennes). Le souffle social et la confiance des catholiques de gauche d’une part, d’autre part la rectitude doctrinale, le sens de la tradition et la prudence de leurs frères de droite, peuvent se nourrir réciproquement. C’est aussi cela, l’Eglise. Diversi, non adversi, nous sommes divers, mais pas adversaires, disait saint Augustin.

« Heureux comme un catholique en France » ?
Pour moi, la France est un des pays du monde où il est le plus facile d’être catholique. Etre catholique ne m’a pas empêché de faire une honnête carrière universitaire, de publier des livres aux éditions du Seuil, d’être invité à donner des conférences, etc. Il serait insultant pour les chrétiens réellement persécutés de dire que les catholiques en France sont persécutés. Nous avons une loi qui garantit la possibilité d’exercer notre religion librement, voire sous la protection de l’État. Les gens se déclarent très vite persécutés, dès lors que l’on n’est pas d’accord avec eux. Il faut vraiment que les catholiques français soient conscients de la chance qu’ils ont ! On le voit par exemple avec les associations diocésaines créées en 1924 qui permettent à l’évêque, sans empiéter sur les lois de la République, de diriger son diocèse. Personne n’en parle jamais ! C’est pourtant un bel exemple d’accommodement pacifique, respectueux, entre la République et le catholicisme français, après les disputes occasionnées par la loi de 1905. Je suis frappé par la façon dont les gens préfèrent se crisper sur les moments de tension, somme toute assez rares, entre les catholiques et la République, plutôt que de se réjouir de tout ce qui va bien !

comment peut on être catholique

Comment peut-on être catholique, par Denis Moreau, éditions du Seuil, 368 pages, 22 euros.

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