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Auguste Chapdelaine, un saint doublement martyr

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En Chine, l’humiliation subie après la cruelle exécution en 1856 d'Auguste Chapdelaine est encore très vive de nos jours.

Sa vocation, être témoin jusqu’à l’extrême. Auguste Chapdelaine (1814-1856), fils d’agriculteur à la Rochelle, en Normandie, aurait pu rester dans la ferme nationale. Mais non, il a préféré se faire prêtre et partir en Chine sous l’égide des Missions étrangères de Paris, avec d’autres compagnons. Nous sommes en 1852. Dans la province du Guangxi où il est envoyé, après deux années passées à Hong Kong, pas l’ombre d’un prêtre catholique depuis plus d’un siècle et demi, comme dans le reste du pays. Les villages de la province sont secoués par des révoltes musulmanes. Il n’a pas le droit d’y aller, mais lui s’y aventure, et tente d’y semer la foi.

Après l’assassinat, l’humiliation

Deux ans plus tard (1856), celui que les habitants ruraux et pauvres de la zone appelaient déjà affectueusement Ma Lai (Père Ma) – Ma étant la première syllabe de Mahomet chez les musulmans de Chine – est dénoncé, accusé de propagande pour une religion interdite, et arrêté à Dingan dans la nuit du 24 au 25 février. Condamné à mort, il est violemment battu de 300 coups de rotin, puis enfermé dans une cage accrochée au portail du tribunal, et enfin décapité, selon la peine prévue par le code chinois contre les missionnaires clandestins.

Aussitôt, une ferme protestation est adressée au gouverneur de la province par la France qui lui demande des excuses solennelles. Mais le gouverneur refuse de s’excuser, et Napoléon III, sans attendre, se lance alors aux côtés du Royaume-Uni, dans la seconde guerre de l’opium, de 1856 à 1860. Au cours de la guerre, le palais d’été de Pékin est mis à sac. C’est l’humiliation nationale. Humiliation vivement ressentie en Chine et entretenue par l’historiographie communiste, encore aujourd’hui. La canonisation en 2000 par Jean Paul II avec 119 autres martyrs, avaient provoqué de très violente réactions du Parti communiste chinois (PCC).

Hommages cruels

En 2016, année des 160 ans de la mort du missionnaire français, les autorités locales, ont ouvert à Dingan un musée présentant Auguste Chapdelaine comme un « violeur » et un « espion ». On y célèbre l’ »esprit patriotique » du magistrat qui l’a fait torturer et exécuter. L’année précédente, c’est un concours du meilleur poème célébrant la décapitation du missionnaire qui avait été organisé, ainsi que le tournage d’un documentaire de deux heures contre le prêtre. Les reliques de saint Auguste Chapdelaine sont aujourd’hui exposées dans la salle des martyrs de la Chapelle des Missions étrangères de Paris.

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