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La Turquie interfère dans l’élection du Patriarche arménien

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Mgr Karékine Békdjian a dû céder la place à un évêque moins critique à l'égard du pouvoir turc au poste de Patriarche de Constantinople.

Le gouverneur d’Istanbul est intervenu dans les affaires de l’Église arménienne apostolique — aussi appelée l’Église orthodoxe arménienne. Il a fait destituer le Locum tenens (substitut temporaire du Patriarche), Mgr Karékine Békdjian, responsable de l’élection du nouveau Patriarche, le 9 février 2018. Il avait été élu à ce poste en mars 2017, mais sa fonction n’est plus reconnue par l’État turc, qui participe au processus d’élection des patriarches orthodoxe. Son prédécesseur, Mgr Atesyan, récupère le titre de Locum tenens, au grand détriment des défenseurs des libertés religieuses et de la communauté arménienne.

Collusion avec le pouvoir turc

Mais que vient donc faire l’État turc dans l’élection d’un patriarche ? On sait que le pouvoir tend à amplifier son emprise sur tous les domaines de la vie publique, mais selon l’un des candidats au poste de patriarche, Mgr Tchouldjian, il y aurait aussi une soumission de l’Assemblé ecclésiale : « Elle s’est révélée incapable de réagir face à l’ingérence de l’État, sans pouvoir lui expliquer la réalité des choses », dénonce-t-il.

Quant à la principale victime de cette affaire, Mgr Karékine Békdjian, il a dénoncé les atteintes au processus d’élection dans une lettre publiée dans l’hebdomadaire turco-arménien Agos : « Il ne me semble pas nécessaire d’énumérer maintenant toutes les entorses observées. Je ne veux ni me souvenir, ni rappeler, des exemples à la fois douloureux et humiliants. » Il a choisi de quitter le pays, sans toutefois démissionner de son poste. Le processus d’élection est donc bloqué avec deux Locum tenens, l’un reconnu par l’élection de 2017, l’autre par les autorités turques. En réaction à sa décision, le vice-gouverneur d’Istanbul a affirmé que les conditions de l’élection d’un nouveau Patriarche n’étaient plus réunies.

Un patriarche dans le collimateur

Qu’a donc fait ce patriarche, qui se définit lui-même comme « un homme qui ne cherche pas le conflit », pour susciter contre sa personne les manœuvres des autorités d’Istanbul ? « Il a salué l’initiative de l’Allemagne, qui reconnaissait, en 2016, le génocide arménien », explique sobrement le père Krikor Kachatryan, Vicaire auprès du Primat du Diocèse de France. Cette question du génocide est, pour les autorités turques, une ligne rouge.

Le père Kachatryan observe une crispation des autorités turques, et craint un basculement de la situation toujours fragile en Turquie. Cet épisode, démontre que ces autorités sont prêtes à gravement outrepasser leurs fonctions, quand certaines questions, comme celles du génocide de 1915, sont évoquées. Il conclut que si c’est une affaire évidemment regrettable pour son Église, personne ne peut prétendre avoir gagné. La Turquie elle-même ne ressort pas grandie de cet épisode !  Elle qui refuse à une minorité arménienne de 40 à 50 000 fidèles le droit d’élire son guide spirituel.

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