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Le Nigeria, théâtre de tensions quotidiennes entre chrétiens et musulmans

NIGERIA CONFLICT MUSLIM CHRISTIAN FARMS
PIUS UTOMI EKPEI / AFP
Des dizaines de cercueils alignés sur la place Ibrahim Babanginda dans la capitale de l'État de Benue, Makurdi, le 11 janvier 2018, lors d'un service funèbre pour les victimes d'affrontements. L'État de Benue est l'un des plus touché par les violences depuis le début de l'année.
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Le Nigeria est devenu le terrain d'affrontements fréquents entre les agriculteurs sédentaires, chrétiens de l'ethnie Tiv, et les éleveurs, majoritairement peuls et musulmans. Que se passe-t-il dans ce pays, dont l'actualité est si peu traitée dans les médias.

Pourquoi la situation des chrétiens du Nord du Nigéria est-elle précaire ?

Le Nigeria, comme le Niger et le Mali, est traversé par la ligne de fracture du Sahel. Au nord, s’étendent les régions sèches, dominées par les éleveurs, majoritairement musulmans. Au sud, ce sont des régions plus riches et plus humides, où vivent en majorité des agriculteurs chrétiens. À la méfiance qui existe, de façon immémoriale, entre les sédentaires et les nomades, s’ajoute la douloureuse mémoire de l’esclavage. Celui-ci a été pratiqué par les deuxièmes sur les premiers, jusqu’au XXe siècle. Malgré ce découpage général sud/nord, il faut préciser qu’il existe des chrétiens au nord, qui se savent menacés. Ils arrivent généralement à cohabiter avec leurs voisins musulmans, mais dès qu’une nouvelle contrariété advient, les vieilles craintes reprennent le dessus.

Qu’est-ce qui rend la situation préoccupante en 2018 ?

Le Nigeria ne connait pas la paix, et ce depuis longtemps : l’unité de ce grand état fédéral est régulièrement remise en cause, notamment par des indépendantistes chrétiens d’ethnie Igbo, dans le Biafra, au sud du pays. En 2017, on y dénombrait 1,8 millions de déplacés internes. Cette situation de tension permanente est aggravée par l’action de groupes terroristes — dont Boko Haram — qui cherchent à régner par la terreur sur les populations aussi bien chrétiennes que musulmanes. Dans les deux derniers mois de l’année 2017, une flambée de violence a touché les chrétiens : 75 ont été tués, 13 000 déplacés, et 489 habitations ont été incendiées. Les chrétiens se plaignent de ce que les coupables de ces actes ne soient pas traduits devant la justice. Par ailleurs, Marc Fromager, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) s’interroge : « Comment ces groupes terroristes obtiennent-ils des armes de haute technologie ? Je pense que la seule réponse est le soutien de pays étrangers, qui veulent perpétuer le Wahabisme. »

Que font les chrétiens pour réagir ?

Des milices chrétiennes d’autodéfense sont organisées dans les villages menacés, même si l’Église catholique du Nigeria demande à ses fidèles de ne pas entrer dans le cycle de la violence. Les évêques invectivent aussi le gouvernement. Mgr Joseph Bagobiri, évêque de Kafanchan, va jusqu’à accuser les leaders politiques de complicité avec les éleveurs Fulanis contre les chrétiens. Il s’insurgeait en mars 2017 : « Dans les attentats à Godogodo et à Pasakori, les forces armées ont simplement regardé les incendies de nos maisons. Lorsque les jeunes se sont mobilisés pour refouler les attaquants, les militaires leur ont délibérément bloqué l’accès au village. » Mais selon Marc Fromager, la réaction la plus étonnante des chrétiens nigérians, c’est que, depuis qu’ils sont menacés, ils augmentent leur pratique religieuse : « Au vu de la menace, on pourrait s’attendre à ce que les chrétiens évitent les églises, qui sont la cible privilégiée d’attentats, mais c’est le contraire qui se produit ! » Mgr Matthew Man-Oso Ndagoso, archevêque de Kaduna, assure par exemple que le nombre de ses fidèles a « triplé ».

Pourquoi ce pays revêtira-t-il une importance capitale dans l’avenir ?

Le Nigeria est un géant démographique, avec une population de 186 millions d’habitants et un indice de fécondité de 5,8 enfants par femme. C’est aussi un pays à regarder de près quand on s’intéresse aux relations entre musulmans et chrétiens, puisque les croyants des deux religions sont approximativement du même nombre. Marc Fromager rapporte qu’il a été impressionné par la vitalité de l’Église catholique nigériane. Elle a un nombre de vocations impressionnant, et c’est elle, par exemple, qui fournit le plus grand nombre de clercs à la congrégation des Spiritains. « Les séminaristes y sont nombreux et bien formés », assure-t-il. Mais il ajoute que cette Église a besoin de nos prières et de moyens financiers pour accomplir son œuvre. Outre la formation des religieux, elle vient en aide aux veuves et aux orphelins, comme à Emene, dans le sud du pays, où les sœurs de l’Ange Gardien ont ouvert une nouvelle maison capable d’accueillir une trentaine d’enfants. L’Aide à l’Église en Détresse fait du Nigeria une destination prioritaire pour son aide. Elle y a investi 9,6 millions d’euros depuis dix ans, dont 1,8 million pour la seule année 2017.

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