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Aux origines de l’État de la Cité du Vatican

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Antoine Mekary | ALETEIA

La rédaction d'Aleteia - Publié le 11/02/18

Successeur de l’apôtre Pierre, le Pape est un chef religieux mais aussi un chef d’État : celui du Vatican. Tout au long de la semaine, Aleteia vous propose d’en découvrir les particularités. Plongez aujourd’hui dans ses origines, des États pontificaux à l’État de la Cité du Vatican né des Accords du Latran signés il y a 90 ans.

L’Église catholique poursuit un but spirituel, mais qui suppose aussi une assise temporelle, si minime soit-elle. C’est cette articulation délicate entre les deux pouvoirs qui a présidé à la création de l’État moderne de la Cité du Vatican.

Si l’origine des États pontificaux — la donation de Constantin au pape Sylvestre — continue d’agiter les historiens sur sa véracité, la réalité du territoire sous autorité temporelle du pape n’a pas été contestée pendant plus d’un millénaire, entre 752 et 1870. C’est au XIVe siècle que les États pontificaux atteignent leur taille maximale. Ils regroupent alors sept provinces du centre de l’Italie : Rome, la Campanie, une partie de la Toscane, la Sabine, la marche d’Ancône à l’est, et le duché de Spolète au centre de la Botte. Sans compter des enclaves dans le royaume de Naples, Avignon et le Comtat Venaissin sur l’actuel territoire français.




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Même la volonté révolutionnaire de la France, en 1796, avec la campagne d’Italie menée par le général Bonaparte, ne parvient pas à installer durablement un autre régime et à supprimer le pouvoir temporel du pape. Celui-ci, Pie VI, puis Pie VII, devra cependant subir les maltraitances des troupes françaises. Pie VI meurt épuisé, en exil à Valence, le 26 août 1799, au bout de 24 ans de pontificat. Et Pie VII (1800-1823), après l’annexion par les Français, parvient à rétablir les États pontificaux au congrès de Vienne en 1815, amputés d’Avignon et du Comtat Venaissin.

Quelque 40 ans plus tard, ce sont les acteurs du Risorgimento et de l’unité italienne – l’anticlérical Garibaldi, le monarchiste libéral Cavour, le roi Victor Emmanuel II – qui parviennent à ôter tout pouvoir temporel à l’Église et au pape, tout en vantant son prestige spirituel.

La Question romaine

Rome cristallise alors les divergences entre la papauté et les partisans du nouveau royaume d’Italie, désireux d’en faire la capitale, plutôt que Florence. En 1870, après la chute de Napoléon III, l’armée italienne entre dans la Ville éternelle, et procède à l’annexion des États pontificaux. Le pape Pie IX (1846-1878) se réfugie au Vatican, où il se considère comme prisonnier.

Une loi, dite des Garanties, accorde pourtant des prérogatives au pontife, en 1871. Ce dernier reste propriétaire de sanctuaires, de palais et de couvents, mais au titre de résident du jeune État italien. Dans son encyclique Ubi nos (1871), Pie IX se dit confronté à « un pouvoir hostile » et affirme ne pas reconnaître cette loi. Car « elle ne garantit pas le libre et effectif exercice du pouvoir papal, conféré par Dieu lui-même ». Et qui ne peut en conséquence être soumis à une « simple concession du pouvoir laïc ».




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Dès lors, Pie IX et ses successeurs Léon XIII — qui dissout officiellement les États pontificaux en 1900 — Benoît XV et Pie XI refusent de sortir du Vatican pendant 60 ans, jusqu’à la conclusion des accords de Latran en 1929. Les papes interdisant même aux catholiques italiens de participer à la vie politique du pays.




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Après la Première guerre mondiale, les contacts reprennent cependant entre le Saint-Siège et le royaume d’Italie, en 1919. À la mort de Benoît XV, en 1922, les drapeaux sont mis pour la première fois en berne dans toute l’Italie.

Les trois Accords du Latran

Avec la montée du fascisme, Benito Mussolini entend fasciser l’Église. Cette dernière parie cependant sur les composantes les moins hostiles du mouvement. Ainsi, le 11 février 1929, Mussolini, alors président du Conseil des ministres italiens, signe les accords du Latran, avec le cardinal secrétaire d’État Pietro Gasparri. Créant l’État de la Cité du Vatican et réglant ainsi définitivement la Question romaine.


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Composés de trois textes diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Italie, ces accords stipulent que « pour assurer au Saint-Siège l’indépendance absolue et visible, il faut lui garantir une souveraineté indiscutable, même dans le domaine international ». Ils réduisent la souveraineté temporelle du pape au seul État du Vatican, considéré comme sujet de droit public international. Condition indispensable, selon Pie XI, pour « l’exercice d’un pouvoir spirituel ». Toute forme d’ingérence italienne est abandonnée – notamment en matière de nomination d’évêques. L’Italie reconnaît aussi Rome comme « città sacra », prenant le Vatican sous sa protection policière.

Indemnisation

Les accords comportent également un volet financier, qui indemnise le Saint-Siège à hauteur de 4 milliards de lires — 3,5 milliards d’euros — ainsi qu’un concordat qui règle la position de l’Église en Italie. Selon ce dernier, la religion catholique, apostolique et romaine est considérée comme la seule religion du jeune État italien. Les mariages catholiques prennent effet civil. Mais l’Action catholique reste interdite de toute activité politique, pour empêcher la création d’un parti hostile au fascisme. Pie XI (1922-1939) y voit malgré tout la restauration de l’Italie à Dieu, et de Dieu à l’Italie.


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Après la Seconde guerre mondiale et l’effondrement du gouvernement fasciste, la nouvelle République italienne reconnaît la partie des accords du Latran qui règlent la Question romaine. Mais la nouvelle constitution affirme désormais la séparation de l’Église et de l’État, avec l’accord de Pie XII. Le nouvel État italien n’accepte plus les lois catholiques, même si la Démocratie chrétienne aura un poids considérable sur la politique italienne pendant les 50 années qui suivent l’après-guerre.


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