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Dans l’Himalaya, ces quatre polonais ont fait l’impossible pour sauver une vie

EXPEDITION RESCUE

SAYED FAKHAR ABBAS I AFP

Sibylle Boniface - Publié le 02/02/18

La française Élisabeth Revol et son compagnon de cordée le polonais Tomek Mackiewicz, s’étaient engagés le 20 janvier dans l’ascension du Nanga Parbat. Mais l’aventure a rapidement tourné au drame. Tandis que Tomasz Mackiewicz n’a pu être sauvé, Élisabeth Revol doit sa vie à quatre grimpeurs polonais aguerris qui se sont portés volontaires pour participer à son sauvetage.

Le 20 janvier 2018, ils étaient deux à démarrer une ascension qui devait être exceptionnelle. Élisabeth Revol, une alpiniste française, et son compagnon de cordée, le polonais Tomasz Mackiewicz ont tenté de gravir ensemble, pour la troisième fois, le Nanga Parbat. Surnommé « la montagne tueuse » et culminant à 8 126 mètres d’altitude, le Nanga Parbat est le neuvième plus haut sommet au monde. L’ascension vire rapidement à la catastrophe. Au bout de quelques instants, Tomek lui confie qu’il ne voit plus rien à cause d’une ophtalmie (inflammation de l’œil, ndlr).

La descente s’annonce périlleuse. « À un moment, il n’arrivait plus à respirer, il a enlevé la protection qu’il avait devant la bouche et a commencé à geler. Son nez devenait blanc et puis après les mains, les pieds », détaille celle qui va envoyer dans la foulée un premier message de détresse. Au bas d’une cuvette, ils se mettent à l’abri du vent dans une crevasse. Après cette première nuit, la situation apparaît dramatique : « [Tomek] avait du sang qui coulait en permanence de sa bouche », a indiqué Élisabeth Revol à son retour. Il s’agit là d’un des derniers symptômes du mal aigu des montagnes qui peut s’avérer fatal si le blessé ne redescend pas le plus rapidement possible.

Une assistance volontaire

Elisabeth Revol réussit à contacter les secours et décide de continuer la descente, seule, sans eau, duvet et nourriture car elle imagine être secourue rapidement. Mais les conditions climatiques étant défavorables, elle a dû se résoudre à survivre trois jours dans des conditions dantesques. Au même moment, une cagnotte est lancée sur les réseaux sociaux afin de récolter assez d’argent pour venir en aide aux deux alpinistes. En quelques heures, 40 000 euros sont ainsi récoltés. un montant suffisant pour lancer une opération de sauvetage et faire décoller des hélicoptères pakistanais.


OLIVIER GIROUD

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Quatre alpinistes polonais, présents au Pakistan pour gravir le K2, deuxième plus haut sommet au monde après l’Everest, se sont rapidement portés volontaires pour leur venir en aide. « Tout le monde était pour, a raconté l’un des polonais volontaires à TVN24. Notre priorité était de sauver des vies humaines ». Appuyés par l’armée pakistanaise, deux des quatre alpinistes, Denis Urubko et Adam Bielecki commencent alors une ascension vertigineuse exceptionnelle. Interrogé par l’AFP, l’alpiniste pakistanais Karim Shah a affirmé que ce sauvetage était sans précédent dans l’histoire. Les sauveteurs ont gravi sans corde fixe et de nuit 1 200 mètres par une route très difficile.

« Des guerriers des glaces »

Ils réussissent à retrouver Élisabeth Revol à 6 300 m d’altitude, au niveau du camp 2 . « Les grimpeurs du K2 qui ont stoppé leurs efforts historiques pour réaliser l’ascension hivernale du K2 vont redescendre avec Elisabeth Revol. Une vie sauvée. », a déclaré dans la foulée Karar Haideri, porte-parole du Club alpin du Pakistan. « C’est la nouvelle génération des guerriers des glaces », a souligné de son côté Piotr Pustelnik, président de l’Association polonaise d’Alpinisme. Ils n’arriveront malheureusement pas à secourir Tomek Mackiewicz.




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Élisabeth Revol a finalement quitté le Pakistan, mardi 30 janvier pour rejoindre d’abord l’hôpital de Genève, où elle a été placée en caisson hyperbare afin d’aider à la cicatrisation des plaies, puis à l’hôpital de Sallanches (Haute-Savoie) où elle se trouve actuellement. Si elle a été la première femme à enchaîner les trois « 8 000 » himalayens (Broad Peak- Gasherbrum I- Gasherbrum II) en solitaire et sans oxygène, le Nanga Parbat restait un défi. « C’était ma quatrième tentative hivernale, la septième pour Tomek et la troisième ensemble », a détaillé la rescapée. Alors que son compagnon de cordée n’a pas pu être secouru, l’alpiniste de 37 ans, par ailleurs professeur d’éducation physique dans la Drôme, s’en est sortie « par miracle » uniquement avec des gelures.

Quel sens à la recherche de l’exploit ?

Aujourd’hui, elle aborde le futur au jour le jour. La drômoise veut d’abord, dans un premier temps, récupérer au maximum et éviter l’amputation. Mais elle espère également « aller voir les enfants » de Tomasz Mackiewicz, son compagnon de cordée disparu. Quand on lui parle de repartir, elle reconnait « avoir besoin de ça ». Mais que traduit ce besoin ? « Tenter de battre un record sportif quel qu’il soit, c’est bien si cela reste un jeu. Selon moi, le but du sport n’est pas à tout prix de battre des records car, de toute façon, même les plus grandes performances finissent par être battues un jour », expliquait à Aleteia il y a quelques semaines le père Pichon, prêtre des paroisses de Bassens et de La Ravoire, en Savoie, et sportif aguéri. « Je dirais plutôt que l’objectif d’une activité sportive est de gagner en volonté, en courage, en dynamisme, en confiance en soi, en combativité, […] le sport fait de nous des vivants : plus on vit intensément, plus on s’ouvre à Dieu, maître de la vie ! »

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