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Patrice de Plunkett : « L’engagement pour un chrétien ne se réduit pas à un engagement politique »

PATRICE DE PLUNKETT
Corinne SIMON I CIRIC
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Dans son dernier livre, "Cathos, ne devenons pas une secte", le journaliste Patrice de Plunkett appelle les catholiques à s’engager dans la cité en suivant l’exemple du Christ.

Face à la sécularisation de la société, les catholiques sont tentés par le repli identitaire. C’est ce que constate Patrice de Plunkett, essayiste, blogueur et ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine, dans son dernier livre Cathos, ne devenons pas une secte, qui vient de paraître aux éditions Salvator. Il y encourage les  chrétiens à assumer leur mission évangélisatrice et universaliste, tout en s’engageant dans le domaine social comme a pu le faire il y a deux millénaires Jésus.

Aleteia : Après des siècles où ils ont été majoritaires, les catholiques sont aujourd’hui minoritaires en France. Quelles sont les conséquences d’un tel revirement ?
Patrice de Plunkett : Les conséquences sont doubles. La plupart des catholiques français, autour du Pape et des évêques, ont pris conscience que leur rôle dans la société nouvelle, et pour l’avenir, est d’être une minorité de témoignage de l’Évangile. Ils doivent aider – dans leur esprit – leurs contemporains, qui n’ont pas la moindre idée de contenu du la foi chrétienne, à rencontrer la personne du Christ. C’est ce qu’on appelle la nouvelle évangélisation, c’est-à-dire l’évangélisation dans une société sans précédent qui n’a rien à avoir avec le passé. Mais il y a une minorité, malheureusement assez nombreuse en France, qui tourne le dos au monde nouveau, au nouveau contexte du témoignage chrétien dans la société. Elle tourne donc le dos à ce que l’Église attend des laïcs catholiques. Elle tourne également le dos au Pape et se crispe dans un passé réinventé. Le passé si merveilleux et formidable qu’ils imaginent ne l’était pas tant que cela. J’ai écrit ce livre, Catho, ne devenons pas une secte, pour aider ceux qui sont dans cette dérive de crispation nostalgique à comprendre que cela les éloigne de ce que l’Église attend d’eux et du Christ. Il est temps de se réveiller et d’en sortir.

Vous distinguez les catholiques des « cathos », le christianisme de la chrétienté. En quoi cela est-il important pour vous ?
Le terme « catho » est très mauvais, car c’est finalement l’étiquette d’un milieu ou même d’un parti. Il s’agit d’un groupe qui se sépare du reste de la société et proteste contre elle. Alors que catholique signifie exactement l’inverse. Selon l’étymologie grecque cela veut dire « selon le tout », c’est-à-dire ouvert à toutes les diversités et le dépassement de toutes les celles-ci dans la personne du Christ. L’expression « catho » est donc à fuir. Je l’utilise pour mon titre un peu par ironie. Car le simple fait de se dire « catho » c’est déjà un peu sectaire. Cela signifie qu’on se retire un peu de la société de tous les autres et qu’on se définit contre.
Ensuite, quel est le sens de « chrétienté » ? C’est un mot qui n’est pas du tout applicable à l’époque actuelle. Selon les historiens, nous pouvons nous saisir de ce mot quand à peu près tout le monde est chrétien dans la société, l’État aussi. Cela a existé peut-être au XIe siècle ou au XIIe siècle, mais il s’agit d’une absurdité au XXIe siècle. Les Français dans leur grande majorité ne sont pas chrétiens. C’est aux chrétiens de faire découvrir la foi chrétienne à ceux qui ne le sont pas, si par hasard cela les intéresse. Mais il est impossible de dire que la France est encore chrétienne.

Mais nous pouvons quand même dire que la France a des racines chrétiennes…
Oui et non. Je n’aime pas beaucoup l’expression « racine ». Un peuple n’est pas un arbre. Nous pouvons dire qu’une nation est un fleuve, avec diverses sources, qui s’écoule dans une certaine direction. Elle change beaucoup de contenus et ne revient jamais en arrière vers ses sources. L’idée des racines me paraît dangereuse, car elle enferme un peuple dans une sorte de définition étroite. Or, il est difficile de définir un peuple, il s’agit d’une réalité vivante, qui est mouvante.

Vous écrivez : « La théologie des “structures de péché” nous a appris qu’un système économique peut pousser dans le mauvais sens ses bénéficiaires et ses assujettis, et qu’il nous faut réformer non seulement nos conscience, mais le système ». En quoi notre système économique serait-il mauvais pour les chrétiens ?
Ce qui est mauvais – non pas pour les chrétiens, mais pour l’humanité en générale, et donc aussi les chrétiens –, c’est quand l’économie prétend être le monde à elle toute seule. C’est le cas depuis la révolution néolibérale des années 1990. En plus, il s’agit de l’économie dans une certaine version, le néolibéralisme, c’est-à-dire en réalité la finance dérégulée s’emparant de tous les niveaux de pouvoir et dans tous les domaines. Aujourd’hui, elle tente de s’emparer de l’intime et de la vie humaine, à travers les industries biotechnologiques. C’est absolument déshumanisant et contraire aux fondamentaux de la condition humaine. Ce n’est donc pas propre aux chrétiens. Ils n’ont d’ailleurs pas été les premiers à les dénoncer. Mais il est bien évident que l’Église catholique, depuis au moins Paul VI, dénonce cette dictature du profit sur la vie humaine. Les catholiques ont un rôle à jouer dans la remise en cause de ce système qui domine la planète entière. Là aussi, si mon livre se nomme Catho ne devenons pas une secte, c’est parce que ces nostalgiques ceux qui restent crispés sur un passé réinventé, sont des gens qui tournent aussi le dos aux appels de l’Église à mettre en cause le système économique, parce qu’ils le soutiennent.

Nous pourrions même remonter à 1891 et à l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII. Alors pourquoi depuis une grande partie des catholiques continuent de soutenir ce système ?
Pas dans tous les pays. C’est assez propre à la France. Cela n’a pas toujours été vrai d’ailleurs. Il y a eu un catholicisme social très militant. Mais depuis environ un demi-siècle, le catholicisme populaire diminue en nombre. Il a même pratiquement disparu dans un certain nombre de diocèse. C’est-à-dire qu’un seul milieu social est surreprésenté. Il s’agit de celui de la bourgeoisie, ou plutôt des bourgeoisies, puisqu’il y en a plusieurs. Ce n’est pas qu’un bourgeois ne peut pas être catholique, évidemment qu’il peut l’être. Un certain nombre d’entre eux anime les paroisses, font de l’action humanitaire et de l’action sociales et sont très dévoués et très généreux. Mais les nostalgiques sectaires se recrutent dans un secteur de cette bourgeoisie. Ils sont très inquiets et très angoissés. Il faut aider ce milieu social très représenté dans les diocèses, à comprendre qu’ils doivent se remettre en cause ou du moins rompre cette allégeance qu’il a avec un certain système économique qui est critiqué par l’Église.

« Mon royaume n’est pas de ce monde » explique Jésus (Jn 18, 36). Pour l’apôtre Paul, « Tout pouvoir vient de Dieu » (Rm 13, 1). Le christianisme ne pousse-t-il pas plus au désengagement, plutôt qu’au « changement de système » que vous prônez ?
Non, bien au contraire. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », mais tout appartient à Dieu, car il a tout créé. Cette phrase appelle à résister à César, qui n’est pas forcément que le pouvoir politique, quand il veut s’emparer de tout. Aujourd’hui, le pouvoir économique et financier a remplacé le pouvoir politique. D’autre part, les nombreux passages de l’Évangile où le Christ explique qu’il est plus difficile à un riche qu’aux autres d’entrer dans le royaume des cieux est très explicite. Lorsque l’individu ou une classe sociale est inféodée à ses biens matériels ou aux gains et aux profits, cela lui encombre l’âme à un tel point que se mettre en marche pour suivre le Christ est beaucoup plus difficile. C’est en cela que l’économie moderne peut être ce qui est nommé en théologie contemporaine une « structure du péché ». Car le système économique est plus forte que les personnes et les pousse vers certains comportements favorables à la consommation. Ceux-là sont incompatibles avec la vision de l’homme et du péché. Si les structures attirent l’homme dans le mauvais sens, il faut donc les changer. Mais c’est très difficile à le faire comprendre aux libéraux-conservateurs qui pensent que les structures économiques sont très bien comme elles sont et que si nous y touchons nous sommes des méchants socialistes ou des affreux marxistes. Je rappelle que Benoît XVI a dit plusieurs reprises que la critique du capitalisme par Marx est pertinente, mais pas l’utopie qu’il souhaite construire.

Donc depuis 1891, le Vatican condamne fermement le capitalisme et le socialisme. L’écologie intégrale prônée dans Laudato Si’ peut-elle former une troisième voie ?
L’écologie intégrale, c’est à la fois respecter les fondamentaux de la condition humaine et d’autre part que l’homme respecte l’environnement dont il est tributaire pour sa propre vie. C’est à lui d’en prendre soin. Pendant des dizaines d’années, il y a eu un énorme quiproquo sur le livre de la Genèse. L’écologie politique militante accusait la Bible d’être un permis de polluer la planète à cause de deux ou trois versets. Bien au contraire, le livre de la Genèse est un appel à la responsabilité humaine. Il y a même un passage qui consacre la notion de la biodiversité. Dieu confie à Adam le soin de nommer chaque espèce d’animaux. Il faut savoir qu’en hébreux antique, le « nom », c’est l’être. Donner un nom à un être, c’est prendre cet être sous votre responsabilité. En nommant les diverses espèces, l’homme prend leur être sous sa responsabilité.

L’Église ne pouvait-elle pas constituer l’avant-garde écologiste ? Des penseurs pionniers de l’écologie politique, comme Jacques Ellul et Ivan Illich, étaient chrétiens…
Jacques Ellul était protestant. Il faut savoir que ces derniers ont eu plusieurs longueurs d’avance sur les catholiques sur ce point. Mais les premières déclarations écologiques de pape remontent à la fin des années 1970, à peu près au moment où apparaît l’écologie politique. Il n’y a pas tellement de retard en réalité. Personnellement, c’est à ma conversion chrétienne que je dois ma découverte de l’écologie, donc à Jean Paul II. Je venais d’un milieu de droite libérale, j’écrivais dans un journal qui a été le fer de lance du libéralisme et pour lequel l’écologie c’était l’enfer et la damnation. Et brusquement je découvre le message de Jean Paul II du 1er janvier 1990, qui est un véritable réquisitoire contre le système productiviste industrielle occidentale et qui en décrit les conséquences sur la planète et le climat, dans des termes d’une virulence comparable à Laudato Si’ et à n’importe quel manifeste écologiste radical. Cela ne date pas d’hier.
Nous pouvons donc nous demander pourquoi lorsque nous évoquons ce message aux catholiques français, ils s’étonnent. C’est embêtant pour des gens qui vénèrent Jean Paul II, paraît-il, de ne jamais avoir entendu parler de ce texte fondamental de lui sur une question si importante. De même, Benoît XVI disant à Lorette, devant à 500 000 jeunes italiens : « Il faut tout de suite faire un choix pour la réconciliation de l’homme et de l’environnement, sinon nous allons vers des catastrophes irréversibles. » François ne fait que continuer et amplifier cette ligne-là.

Vous expliquez que « la politique politicienne est une impasse » et que les partis sont « des engrenages à tout broyer ». Comment le chrétien peut-il alors s’engager ?
Encore une fois Benoît XVI, qui a une pensée bien plus riche et audacieuse qu’on ne l’imagine, dans un document sur le chrétien et l’engagement dans la cité, avant qu’il soit pape, donne les clés. Il souligne que l’engagement dans des partis politiques n’est que l’une des formes possibles de la participation dans la cité. L’engagement écologique, tous les engagements sociaux, tous les engagements de solidarité, en sont. Il ne faut pas réduire les choses à l’engagement dans les partis politiques et encore moins dans un parti politique. Évidemment nous savons que depuis quatre ou cinq ans, les catholiques engagés étaient censé tous l’être à droite ou à l’extrême droite. Il s’agit d’une hérésie totale si nous percevons que le programme économique de la droite est en opposition avec ce que dit l’Église catholique.

cathos, ne devenons pas une secte

Cathos, ne devenons pas une secte, Patrice de Plunkett, éditions Salvator, janvier 2018, 176 pages, 15,90 euros.

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