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Comment se remettre d’un accouchement difficile ?

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Un tiers environ des accouchements ne se passe pas comme prévu. En se préparant au mieux et avec de bons conseils, il est possible d’appréhender l’événement avec sérénité et de surmonter cette épreuve.

Imaginé comme l’un des plus beaux jours d’une vie, un accouchement est parfois un traumatisme. Au-delà de la rencontre tant attendue avec le bébé, c’est une épreuve physique et psychologique. Avec une part inévitable d’imprévu, un accouchement peut être brutal par certains gestes ou mots maladroits. À l’extrême, on parle de « violences obstétricales », un tabou révélé par les témoignages des mamans bouleversées par un accouchement douloureux.

Recours à une ventouse, hémorragie de la délivrance, épisiotomie ou césarienne d’urgence : les scénarios possibles lors d’un accouchement sont nombreux et inquiétants mais peuvent être surmontés. Avec une bonne préparation, de la communication à la maternité et la volonté de prendre soin de soi à la maison, il est possible de se remettre d’un accouchement difficile. Avant, pendant et après, découvrez les précieux conseils d’Anna Roy, sage-femme à la maternité des Bluets à Paris, auteur et chroniqueuse pour La Maison des Maternelles, et Caroline Sergent, sage-femme à la maternité des Diaconesses, Croix Saint-Simon à Paris, pour vivre au mieux un accouchement.

Avant : Se préparer avant l’accouchement

Accepter la douleur

Parfois minimisée, la douleur est souvent présente lors d’un accouchement, notamment avec les contractions de travail. « On devrait dire à toutes qu’une contraction, c’est douloureux !, soutient Caroline Sergent, sage-femme à la maternité des Diaconesses. Un accouchement n’est pas forcément difficile mais la future maman risque d’avoir mal à un moment donné ou à un autre. »
Et cette douleur n’est pas inutile ! Chaque contraction prépare le col de l’utérus et s’avère être un pas de plus vers la naissance du bébé. Une fois les mots posés, une préparation est primordiale pour maîtriser la douleur afin de se concentrer sur le travail et l’accouchement lui-même.

Apprendre à maîtriser son corps

Lors d’une première naissance, il n’est pas simple de se projeter et de se préparer à quelque chose d’inconnu. Le plus important est d’être à l’écoute de son corps et de le connaître au mieux pour ne pas se laisser submergée lors de l’accouchement. « Pendant la préparation avec la sage-femme, la sophrologie est une option pour gérer au mieux sa respiration et se préparer mentalement à avoir mal, conseille Caroline Sergent. Le cerveau et le corps doivent être en fusion. Comme une préparation à un marathon, c’est un état d’esprit à adopter dès les premiers mois de grossesse. La future maman doit se focaliser sur la venue du bébé et sur sa respiration. »

Se préparer à quelque chose de difficile

Loin de l’idée de s’angoisser ou d’imaginer les pires scénarios avant l’accouchement, il est conseillé d’être au mieux renseignée pour ne pas se sentir déstabilisée en cas d’imprévu. « C’est primordial de se préparer à un accouchement difficile avec une césarienne, des outils ou autres sinon la déception est très grande et le traumatisme plus fort, prévient Anna Roy, sage-femme à la maternité des Bluets. En salle d’accouchement, l’équipe n’a pas toujours le temps d’expliquer à la maman, certaines situations s’avèrent plus compliquées. Pendant la préparation, on doit lui expliquer que les outils vont faire du bruit, que pendant une césarienne il fait froid dans la pièce et que la maman a les bras en croix attachés, etc. »

Des informations pratiques, des détails qui peuvent paraître insignifiants mais qui sont susceptibles de créer de vrais chocs émotionnels dans un moment de tension.

Pendant : Être sereine lors de l’accouchement

Relativiser et rester calme

Même si tout ne se passe pas comme prévu, la concentration de la maman doit rester focalisée sur le bébé. Comme une épreuve physique, le mental joue. « C’est important de tempérer et de ne pas se laisser envahir par le stress, conseille Caroline Sergent. Pensez à relativiser en pensant au merveilleux bébé qui va être entre vos bras. » L’accouchement a une part « animale », la maman est en symbiose avec le nouveau-né, tout ce qui se passe autour ne doit pas l’atteindre.

Après : Surmonter un accouchement difficile

Faire un débriefing de l’accouchement

« Dans le cas de complications, il ne faut surtout pas partir de la maternité sans avoir eu un suivi, un rendez-vous avec un médecin ou une sage-femme, appuie Anna Roy. Il va reprendre le déroulé de l’accouchement dans les détails, en évoquant tous les éléments. Et si personne n’est disponible, on envisage un rendez-vous dans plusieurs jours, avec une sage-femme à domicile ou un psychologue spécialisé en périnatalité, selon le traumatisme. »

Trop souvent, les jeunes mères ne sont pas actrices de leur accouchement et ont l’impression de l’avoir subi. Il faut balayer les interrogations et repartir si possible de la maternité sans rancœur. « Dès la salle d’accouchement, la maman doit « débriefer » avec l’équipe médicale de ce qui s’est passé, recommande Caroline Sergent. Il ne faut rien laisser au hasard, s’il y a un chagrin ou une incompréhension. Certains gestes peuvent être mal interprétés par les patientes, des quiproquos s’installent.

Et ce besoin de « nettoyer » est à combler avant de rentrer seule à la maison, avec un bébé qui ne fait pas ses nuits et la fatigue qui s’installe. C’est aussi pertinent d’en parler avec son mari qui a vécu les choses de façon différente. »

Soigner son alimentation

Suite à un accouchement difficile, le corps est en carence. Il a besoin de certaines vitamines et oligo-éléments pour mieux se remettre. « Bien se nourrir est essentiel pour récupérer ses réserves, nous explique Anna Roy. Mangez de la viande rouge ou du boudin noir pour un apport en fer. Pensez aussi aux légumineuses (haricots, lentilles et pois secs) et au calcium (fromage, lait, eau, etc.) pour l’allaitement. »

Évitez de manquer des repas et prenez soin de vous alimenter avec de bons produits et des plats que vous aimez pour préserver une notion de plaisir.

Être bien entourée et se faire aider

Un accouchement qui se déroule bien laisse toujours des séquelles physiques. Quand il y a des complications (recours aux outils, césarienne d’urgence ou autres), les suites de couches sont souvent une période délicate où il est conseillé de ne pas être seule.

« Les suites de couches sont très peu évoquées alors que c’est le moment le plus compliqué à surmonter par la maman », affirme Anna Roy. Saignements, hémorroïdes, douleurs à l’appareil génital ou fuites urinaires, autant de maux désagréables qui suivent un accouchement et qui durent environ 6 à 8 semaines. « La jeune maman doit se faire aider par un entourage bienveillant, poursuit la sage-femme. Elle a besoin d’être protégée et ne doit pas être sollicitée par autre chose que son bébé. »

Prendre soin de son corps

« Comme toute épreuve physique, un accouchement demande un suivi post natal, souligne Caroline Sergent. Un ostéopathe remet en position le bassin qui peut s’être déplacé. Les jeunes mamans ont aussi la possibilité de reprendre une activité physique après la rééducation du périnée. La natation, par exemple, ou un autre sport doux peut se pratiquer dès le retour à la maison. L’occasion de faire de l’exercice pourquoi pas avec son bébé ! »

Focalisée sur son nouveau-né, la maman oublie parfois de prendre soin d’elle. Alors que c’est primordial pour rester en bonne santé et d’être mieux disposée pour s’occuper de son nourrisson. « Alors que le bébé a toute l’attention de la maman, celle-ci oublie souvent de s’occuper d’elle et de prendre soin de ses cicatrices, par exemple, remarque Anna Roy. Un nouveau né n’a pas besoin d’un bain quotidien, la maman si ! Il faut relativiser sur les soins et la toilette du bébé. »

Dormir autant que possible

En parallèle des soins et d’un suivi par une sage-femme, le sommeil est essentiel pour se remettre d’un accouchement difficile. « La fatigue rend fou, triste et mauvais, prévient Anna Roy. Dormir est nécessaire pour avoir un sommeil réparateur et se remettre au plus vite. »

À tout moment de la journée (et de la nuit), profitez d’une sieste de votre bébé pour récupérer aussi, même quelques minutes. Les lessives ou le rangement peuvent attendre ! Et n’hésitez pas à solliciter une amie de confiance ou quelqu’un de proche pour prendre le relais de temps en temps et s’occuper de votre bébé pendant que vous dormez un peu.

Accepter de prendre son mal en patience

« Le corps met du temps à se remettre de ses émotions après un accouchement, rappelle Anna Roy. À l’époque, une cérémonie religieuse appelée « les relevailles » marquait le retour de la mère à l’église au bout de 40 jours. Pendant cette période, elle ne devait pas sortir de chez elle et se reposait. Dans d’autres pays, comme le Canada, c’est impensable de voir une jeune maman travailler ou recevoir du monde chez elle. Tout est fait pour la préserver et assurer son repos après l’accouchement. »

Ce repli est nécessaire pour se remettre. Le corps a besoin de temps pour récupérer et retrouver sa tonicité. Au lieu de trépigner, accepter de prendre votre mal en patience et profitez de ces moments pour tisser un lien fort avec le bébé.

Pour aller plus loin :
Bienvenue au monde, Confidences d’une sage-femme, Anna Roy, Le Livre de Poche et Éditions Leduc.s
Sage-femme, dis-moi tout !, Anna Roy, Éditions Leduc.s

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