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« Jésus serait gardien de but, celui qui sauve l’équipe et qu’on oublie »

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Dans les kiosques depuis le 30 novembre, "Jésus" est un magazine entièrement consacré à la figure du Christ. Aleteia vous propose d'en lire un extrait.

François Morinière a dirigé le groupe L’équipe de 2008 à 2014. En patron passionné par le sport (il est supporter des Verts), en spectateur et acteur privilégié au cœur de ce milieu plein de joies, de souvenirs et d’exploits, il nous livre son regard sur le sport qu’il tient pour essentiel dans la vie du croyant. Il témoigne aussi de la façon dont il a surmonté l’épreuve de la mort de sa fille Sophie en 2013, alors qu’elle se rendait aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Le stade Geoffroy Guichard de Saint-Étienne — dont elle était aussi supportrice — lui avait dédié une minute d’applaudissement à la suite de ce tragique accident. Rencontre avec un homme qui a l’ amour du sport et l’espérance chevillés au corps.

La rédaction de Jésus : Après avoir dirigé le groupe L’équipe pendant plus de six ans, vous continuez à vous passionner pour le sport. Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce milieu ?
François Morinière : Les athlètes, évidemment. Dans tous les milieux, il y a des gens d’exception : il ne s’agit pas de dire que le sportif est sur ce point différent des médecins, des avocats ou des artistes. Mais quand, comme c’est mon cas, le sport vous passionne depuis votre jeunesse, le fait d’avoir la chance de rencontrer des sportifs de haut niveau, c’est passionnant. Ce sont des gens d’exception. Des gens qui sont dans une forme d’exigence, de recherche absolue de performance, de tension et donc de fragilité, des personnes comme du cristal qu’il faut manier avec précaution tant ils donnent généralement le meilleur d’eux-mêmes sur les plans psychique et physique.

Quelle fut votre plus grande joie sportive ?
Difficile de choisir ! Je me souviens de la victoire de Saint-Étienne en Coupe de la Ligue en 2013. C’était le club de mon enfance que j’ai toujours supporté et j’avais pu vivre cette fête avec ma fille Sophie qui est décédée quelques mois après, et qui était elle aussi supportrice des Verts. L’année d’avant, il y avait eu les JO de Londres, un grand moment pour moi. Je les ai vécus intensément, avec là encore la présence de Sophie. Les 9’59 de Bolt à Berlin en 2009 furent aussi quelque chose d’unique ! Je suis content de l’avoir vécu au journal car je ne sais pas quand ça arrivera de nouveau ! Je me souviens du titre : « Foudroyant ». La finale perdue de la coupe du monde 2011 de rugby aussi ! Pendant toutes ces années j’ai gardé mon regard d’enfant face aux exploits, et mes journalistes m’ont donné la chance de les vivre « de l’intérieur ».

Comment regardez-vous l’évolution de l’économie du sport, avec cette inflation des droits, des prix des transferts, des places au stade ?
Cela met encore plus en exergue la question du respect de l’éthique et de l’ « encadrement » du sport pour que les enjeux économiques ne conduisent pas à une envie de tricher ou de détourner les règles. L’avidité est là, et cela met une pression encore plus forte sur les instances, les règles et les règlements qui ont pour but de protéger le point clé du sport qui reste l’incertitude du résultat. Le moteur de l’intérêt des gens reste cette incertitude.

Cet engouement a des conséquences qui peuvent laisser dubitatif. J’étais par exemple contre le passage à 24 pays lors de l’Euro 2016. Je pensais que cela nivellerait vers le bas la compétition, la rendrait un peu fade. J’en avais parlé avec Michel Platini qui avait porté cet élargissement, et nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. A posteriori, je lui rends raison. Quand on a vu les ambiances des stades et la joie que cela procurait ! L’incertitude du sport a continué de fonctionner : qui aurait vu le Pays de Galles en demi ou l’Islande en quart ? On a vu des matchs qui n’étaient peut-être pas des sommets de football, mais dans une ambiance incroyable ! J’ai vu un Autriche-Islande au stade de France tout simplement extraordinaire !

Vous avez évoqué plus tôt les JO 2012 de Londres comme un événement sportif particulièrement réussi. France 2024 porte-t-il à votre avis de grands espoirs dans la lignée de ces JO ?
Oui ! Même s’il est dommage que l’on n’ait pas pu savourer cette victoire autant qu’on le voulait. Le modèle est mis à mal, du fait de la situation économique des pays et des coûts que cela engendre, et également à cause de la difficulté qu’il y a à convaincre les populations de l’intérêt d’un tel événement pour elles, car elles ne le voient pas comme ça. Je crois que les JO 2024 sont la dernière chance pour que la France puisse devenir un pays où le sport a toute sa place.

On a séparé les ministères de l’Éducation et des Sports depuis des années. C’était donc une erreur à votre avis ?
Elle est difficile à expliquer. Aujourd’hui, on a un ministère de l’Éducation impressionnant, tentaculaire avec un budget faramineux là où le budget sportif est ridiculement petit et presque décoratif. Dans les faits, il faudrait presque que le ministre de l’Éducation soit le ministre de l’Éducation et des Sports. Tant que l’on se contentera de deux heures de sport au mieux par semaine, cela sera insuffisant. Il faut que les JO cristallisent un besoin et une envie de faire faire du sport à nos enfants, en intégrant définitivement cette vision non seulement dans le cursus scolaire, mais plus globalement comme un outil décisif de construction de la personne.

Vous êtes chrétien. Comment expliquez-vous que le sport soit un des rares espaces publics où la religion peut s’exprimer de façon aussi ostensible, même si c’est parfois avec exubérance ?
Il est assez logique que ces athlètes qui sont des êtres exposés médiatiquement aient un moment l’envie ou le besoin d’exposer leur foi. On retrouve ça aussi chez les artistes. C’est normal que cet aspect-là des choses soit petit à petit révélé.

De plus, on sait qu’il y a beaucoup de grands pays de football qui sont de grandes nations chrétiennes. Espagne, Italie, Argentine, Brésil, France, l’Afrique, les pays de l’Est… il y a beaucoup de nations où la culture chrétienne reste ancrée même si certains s’obstinent à vouloir la rayer. C’est normal que cela s’exprime jusque dans le sport. Les sportifs veulent se mettre sous la protection du Seigneur. Avec un peu de superstition mais beaucoup de reconnaissance envers Dieu de ce qu’ils arrivent à faire.

Jésus (et on ne parle pas de l’ avant-centre brésilien de Manchester City), il tiendrait quel poste dans une équipe ?
Dire entraîneur, ce serait un peu facile. Je dirai le gardien de but. Celui qui sauve l’équipe et qu’on oublie trop facilement. Un super Curkovic !

Le style de jeu de son équipe, ce serait quoi : tiki-taka à la Guardiola ou cattenaccio à la Ranieri ?
Plutôt Hollande 70, généreux. Tout le monde monte, tout le monde descend. Jésus avait les cheveux longs comme eux !

Ces liens entre foi et sport vous semblent-ils fructueux ? L’Église a-t-elle intérêt à encourager les chrétiens à faire du sport ?
Je trouve intéressant de voir que l’Église a récemment changé son regard sur le sport. Avec Jean Paul II, on a découvert non seulement qu’un pape pouvait être sportif mais qu’il pouvait avoir une vision transcendantale du sport. Dans sa théologie du sport, celui-ci est considéré comme quelque chose de fondamental, en tant que source de fraternité, d’équilibre, d’entraide, de dialogue entre les peuples, cohérent également avec sa vision anthropologique de l’humanité. Il y voit une façon de servir le Royaume de Dieu, ce qui est radicalement différent de ce qu’on pensait jusque-là. Non pas que l’Église ait été contre le sport. Elle avait créé les patronages avec des personnalités comme l’abbé Deschamps. Elle était impliquée dans la pratique et l’encadrement des jeunes. Mais le fait que le pape en parle si bien et si souvent fut un geste fort. C’était vrai de Jean Paul II, c’est vrai de François, qui est un grand fan de football. Il ne manque pas une occasion régulière d’expliquer en quoi le sport est un sujet fort pour les chrétiens en recevant des équipes de haut niveau au Vatican (Italie et Argentine par exemple) et en leur parlant de gratuité du don, alors qu’il parle à des stars immensément riches. Il leur parle d’entraide entre eux et de l’image qu’ils doivent donner à ceux qui les regardent. C’est quand même une chose nouvelle et positive quand on se place sur une perspective de temps long.

Sur un terrain plus personnel, vous et votre famille avez écrit un livre très touchant, Et le ciel devint familier (Le passeur), après la mort de votre fille Sophie lors d’un accident en Guyane sur la route des JMJ de Rio. Vous y racontez que cette tragédie vous a rapproché de Dieu. Pouvez-vous nous expliquer ce paradoxe ?
Assez vite, ma première source de consolation a été d’entendre de la part de prêtres que Sophie, qui était croyante comme nous, était au ciel. Du coup, cela donnait une dimension verticale, différente, à notre foi : on y pense plus souvent, et c’est comme si une connexion plus forte s’était établie entre nous et le ciel.

Ensuite, d’une foi qui était assez acquise par le biais familial, non remise en cause, quotidienne, nous avons été obligés de réfléchir à nouveau sur ce en quoi l’on croit : la vie éternelle, le mystère de la Croix. Toute votre pratique religieuse en est bouleversée. On comprend tout sous un autre angle, par exemple : « Mon joug est doux, mon fardeau est léger », c’est typiquement le genre de texte qui ne me parlait pas, et il se trouve que c’était le texte du lendemain de la mort de Sophie. Dès lors je me suis mis à prier davantage et un cheminement intérieur m’a fait marcher vers Dieu.

Est-ce que cette épreuve et la façon dont vous la surmontez ont été un témoignage pour votre entourage, par exemple professionnel ?
Avant, je ne cachais pas ma foi, mais je n’avais pas de raison de l’exposer. Ceux qui voulaient me connaître le savaient, mais je n’étais pas prosélyte dans la sphère publique. Il est vrai que cet événement m’a particulièrement mis à nu sur ce sujet-là. Des personnes ont dû se rendre compte que j’étais très croyant sans que je cherche particulièrement à l’exposer. C’était comme si, d’un coup, on enlevait un rideau. Mon entourage professionnel fut un soutien exceptionnel et j’y garde des liens de fraternité magnifiques.

Depuis 2013, quel cheminement spirituel avez-vous connu avec votre famille ?
L’écriture du livre a joué un rôle important. On a eu la chance de rester unis. Et personne n’a eu de sentiment de rejet de Dieu, compte tenu des circonstances très particulières de la mort de Sophie et de la révolte que peut provoquer la mort d’un enfant. Nous avons vite canalisé cette révolte. Nombreux sont ceux qui perdent la foi. Par bien des côtés, c’est révoltant. Ce qui nous aide ? La perspective de la savoir heureuse au ciel et de pouvoir la revoir un jour… et l’amour que nous avons reçu de nos frères sur terre. Nous sentons « la main de Sophie » qui agit !

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