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Plaidoyer pour la confession en toute saison

Jérémie Lusseau / Hans Lucas via AFP

Philippe Oswald - Publié le 16/12/17

Le sacrement du pardon ou de réconciliation est l’un des trésors de l’Eglise catholique. Pourquoi s’en priver ?

A l’approche de Noël, de Pâques ou de l’Assomption, certains fidèles catholiques envisagent avec un enthousiasme plutôt modéré la perspective de se confesser. Avec le sacrement des malades, le sacrement de pénitence ou de réconciliation ne jouit pas d’une grande popularité dans le peuple chrétien. Avouer ses fautes n’est évidemment pas une démarche facile, et sans doute faudrait-il s’inquiéter si elle devenait anodine. Pratiqué dans ou hors confessionnal, ce sacrement  préfigure la porte étroite du Royaume ! Mais dès qu’on l’a franchie, on entre dans une autre dimension. L’absolution, le pardon des péchés est comme une nouvelle naissance qui laisse aussitôt derrière elle les douleurs de l’enfantement.


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Six décennies de fréquentation pas trop irrégulière de ce sacrement m’ont donné maintes occasions d’en éprouver les bienfaits inouïs et surtout celui-ci : la joie. Une sensation unique de légèreté, de libération, de paix et de gratitude pour Celui qui nous libère du péché, le Christ, pour son épouse et notre mère, l’Eglise, par laquelle ce bienfait hors-norme nous est dispensé, et enfin pour le ministre de ce sacrement, le prêtre, humble serviteur se sachant lui aussi pécheur, et qui n’est pas là pour porter un jugement sur le pénitent mais pour lui pardonner au nom du Christ et grâce aux mérites de sa Passion.

Quand la reconnaissance filiale se mêle à la tendresse fraternelle

Bien sûr, il m’est arrivé au hasard de certaines confessions occasionnelles de tomber sur un prêtre mal disposé, de mauvais poil, moralisateur ou pire, ironique. Mais si je fais honnêtement le bilan, je peux compter ces mauvaises expériences sur les doigts d’une main. Elles ne m’ont laissé d’autre séquelle qu’une profonde compassion pour ces prêtres qui, en ces occasions, ne m’ont pas paru à la hauteur de l’immense mission que l’Eglise leur avait confiée. Ma déception et mon amertume momentanées ont vite été dissipées par la certitude que j’avais, dans la foi, que le Christ, par eux, m’avait remis mes péchés. Mais tant d’autres circonstances m’ont laissé un souvenir ému où la reconnaissance filiale se mêle à la tendresse fraternelle !




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Je pense d’abord à ces confesseurs qui auront supporté d’entendre sans sourciller à longueur d’année, comme un médecin de famille auquel on peut tout confier sans risque de l’ébranler, la morne litanie de mes fautes habituelles – plusieurs ont quitté ce monde mais continuent, j’en ai la conviction, d’intercéder pour leurs pénitents.

Je pense aussi à ces prêtres que le hasard d’un voyage, d’une rencontre, a mis sur ma route, en différents lieux de la planète. Telle ou telle confession reste associée dans ma mémoire à un paysage, une ville, une basilique ou une humble église de campagne, et au climat sous lequel ce sacrement me fut administré : frimas canadien, crachin britannique, moiteur brésilienne ou mexicaine, chaleur romaine… Pèlerin, il m’est arrivé de me confesser en marchant ; voyageur, aux abords d’un aéroport ou d’une gare, avec le bruit de fond en rapport. J’ai bien peur d’avoir un jour quasiment kidnappé un prêtre pour qu’il entende ma confession séance tenante – mais il n’avait que mollement protesté.


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A l’étranger, mes confessions ont posé quelques problèmes de langue : mon anglais hésitant et mon italien rudimentaire ont mobilisé l’attention de prêtres pleins de bonne volonté. Certains ont jugé préférable de rassembler leurs rudiments de français pour s’assurer, peut-être, que je ne venais pas de leur avouer l’assassinat de ma grand-mère à des fins d’héritage (ce qui aurait sans doute conditionné l’absolution à l’obligation de restituer le magot ou du moins de le partager avec ses autres héritiers, voire à une promesse de dénonciation à la police -je n’ai pas approfondi la question). Mais en définitive, ce sont ces pauvres confessions un rien acrobatiques qui m’ont laissé le souvenir le plus prégnant: je songe par exemple à un vieux chanoine de la cathédrale de Crémone  (Italie) dont le regard de bonté, entrevu à travers les grilles du confessionnal, aurait arraché des larmes à un serial killer. Par leur accueil et leur disponibilité mieux que par leurs discours, de tels confesseurs donnent l’audace de s’écrier avec sainte Thérèse de Lisieux : « Le souvenir de mes fautes m’humilie (…) mais plus encore, ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. » (LT 247)

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