Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Mardi 24 novembre |
Saints Martyrs du Vietnam
home iconDécryptage
line break icon

L’empreinte que le cardinal Vingt-Trois laissera à Paris

CARDINAL ANDRE VINGT-TROIS

GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Mgr André Vingt-Trois

Philippe de Saint-Germain - Publié le 07/12/17

Le cardinal André Vingt-Trois a remis au pape François sa lettre de « renonciation » le 7 novembre dernier. Il était archevêque de Paris depuis plus de 12 ans. Le nom de son successeur, Monseigneur Michel Aupetit, a été annoncé aujourd'hui.

Une messe d’action de grâce pour les douze ans d’épiscopat du cardinal Vingt-Trois au service de l’Église à Paris sera célébrée le 16 décembre à Notre-Dame. Ordonné prêtre en 1969, André Vingt-Trois est un Parisien pur souche. Né en 1942, il entre à 20 ans au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux. Sa première nomination le conduit à la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal où il trouve comme curé le père Jean-Marie Lustiger : une rencontre décisive qui marquera son parcours de prêtre, de professeur et d’évêque. Les deux hommes ne se quitteront pratiquement plus.

Après avoir enseigné la théologie morale et sacramentelle au séminaire d’Issy-les-Moulineaux où il fut directeur, le père Vingt-Trois devient en 1981 vicaire général du diocèse de Paris, une fonction qu’il occupera pendant dix-huit ans. À 45 ans, en 1988, il est nommé évêque auxiliaire, puis, en 1999, archevêque de Tours. En 2005, il est rappelé à Paris par le pape Jean Paul II pour succéder à Jean-Marie Lustiger. Créé cardinal par Benoît XVI le 24 novembre 2007, il est élu la même année président de la Conférence des évêques de France, une élection qui aura toujours manqué à son prédécesseur, jugé trop peu consensuel par ses pairs. Il est vrai que le cardinal Lustiger n’avait pas besoin de cette fonction pour imprimer sa marque, ce qu’il fit sans complexe avec l’aide… d’André Vingt-Trois.

L’école de Jean-Marie Lustiger

Il est difficile en effet de ne pas comprendre les deux hommes l’un sans l’autre. André Vingt-Trois aura été le bras droit de Mgr Lustiger pendant plus de trente ans. Avec son pragmatisme déterminé et son sens de l’organisation, il permit à bien des intuitions géniales du cardinal Lustiger de voir le jour, en particulier dans la formation des prêtres. Le grand œuvre des deux hommes fut le rétablissement de la visibilité de l’Église, une Église étouffée par une pastorale de l’enfouissement dépassée, ne sachant plus comment retrouver son souffle sous les assauts de la sécularisation. Dans le sillage de la dynamique Jean Paul II, ils cherchèrent moins à attirer du monde, qu’à recentrer la foi des fidèles dans « le choix de Dieu ».


CARDINAL LUSTIGER

Lire aussi :
L’héritage du cardinal Lustiger, dix ans après sa mort

Une ambition missionnaire

Mais André Vingt-Trois ne fut jamais homme de l’ombre. Pleinement à sa place dans toutes ses fonctions, il donne sa mesure bien à lui. À Tours, il fait bouger les lignes, appelle la communauté de l’Emmanuel, promulgue le décret autorisant le culte public et les pèlerinages au sanctuaire de l’Île-Bouchard. Il laisse le souvenir d’un réformateur habile et patient, ferme et plein d’humour.

Dès sa nomination à l’archevêché de Paris en mars 2005, il annonce ses grandes orientations devant les forces vives du diocèse : les jeunes, le champ social, la famille et l’éthique. « Une foi qui ne se propose pas et ne se partage pas est une foi qui se dessèche et qui n’intéresse plus, même les croyants », explique-t-il. Sa visée est missionnaire avant tout, dans l’esprit du message que l’on retrouvera chez le pape François : « Être cohérent » et « aller vers ceux qui ne nous demandent plus rien ».

Ses priorités s’exprimeront quelques années plus tard dans le programme des « Paroisses en mission », articulé autour de la vie spirituelle et liturgique ainsi que de la formation des fidèles. Le cardinal mobilise ses troupes pour rendre l’Église plus visible, plus communautaire et plus missionnaire. Il souhaite que se développe au sein de chaque famille paroissiale une véritable « culture de l’appel ». Très attentif à la vie de ses pasteurs, il gouverne son presbyterium en homme d’unité, de manière assez remarquable. La plupart des prêtres lui sont reconnaissants de son action épiscopale.


BISHOP MICHEL AUPETIT

Lire aussi :
Mgr Michel Aupetit, nouvel archevêque de Paris

L’enjeu de la famille

Archevêque de Paris, il est l’interlocuteur naturel des autorités politiques, à qui il ne manque jamais de délivrer ses messages, marqués par un subtil franc-parler, volontiers caustique, toujours pénétrant. Au cours de l’homélie de la messe qui suit l’assassinat du père Hamel, à laquelle assiste de nombreux représentants du gouvernement et de la classe politique, il dénonce ce qu’il souligne régulièrement depuis de nombreuses années : la réduction du bien commun à la somme des intérêts individuels, la consommation excessive et le matraquage destructeur du système médiatique. Son constat est sévère : il s’adresse à une France entrée « dans une période de cassure entre l’héritage d’une société post-chrétienne et l’avènement d’une société des idoles – une société de fric ». Les principaux enjeux sociaux sont pour lui le respect de l’identité humaine et la famille, le service des pauvres et l’accueil des étrangers.

La famille est incontestablement l’une des réalités qu’il connaît le mieux, et à laquelle il accorde la plus grande importance, à la fois comme théologien moraliste et comme pasteur. Lors de l’épineux débat sur le « mariage pour tous », il dira sa réprobation pour le projet gouvernemental, appelant les chrétiens à « se manifester ». Comme toujours, ses propos sont directs, mais à son altitude, celle du bien commun : « L’Église n’intervient pas pour défendre une conception du mariage et de la famille essentiellement catholique mais pour aider à la réflexion, au service de l’humanité. »


BISHOP MICHEL AUPETIT

Lire aussi :
Mgr Michel Aupetit, un archevêque offensif sur les questions bioéthiques

Pour tout changer

« Ce qui va changer la société, disait-il dans son dernier entretien au quotidien La Croix, le 4 octobre dernier, ce ne sont pas les déclarations de l’archevêque de Paris, mais la manière dont les chrétiens vivent de l’Évangile dans leurs choix et en témoignent. » Et à l’hebdomadaire Famille chrétienne, le 25 novembre : « La foi a toujours existé en milieu hostile. Si on comprend la mission comme un effort pour mettre en œuvre la parole du Christ, tout change. » Durant tout son ministère de prêtre et d’évêque, c’est le message que le cardinal a voulu transmettre : « Prendre la parole du Christ au sérieux. »


ANDRE VINGT-TROIS

Lire aussi :
Cardinal Vingt-Trois : « Les chrétiens doivent empêcher le monde de dormir »

Le cardinal André Vingt-Trois en quelques dates

7 novembre 1942 : naissance à Paris

28 juin 1969 : ordonné prêtre par le cardinal François Marty

1969 : vicaire à la paroisse Sainte-Jeanne-de-Chantal à Paris

1974 : directeur au séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)

1981 : nommé vicaire général du diocèse de Paris par le cardinal Lustiger

25 juin 1988 : nommé évêque auxiliaire de Paris par le pape Jean Paul II

21 avril 1999 : nommé archevêque de Tours

11 février 2005 : nommé archevêque de Paris

24 novembre 2007 : créé cardinal par le pape Benoît XVI

2007-2013 : président de la Conférence des évêques de France

Tags:
cardinal vingt trois
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Mathilde de Robien
« S’il te plaît Marie » : une grande suppliqu...
Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon
Agnès Pinard Legry
Cas de Covid-19 au sanctuaire de Montligeon :...
Baptême à domicile chez Antoinette Faure
Timothée Dhellemmes
Confinée, Antoinette, 90 ans, a reçu le baptê...
Solenn Varennes
Créations originales et grands classiques, no...
christ en majesté
Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op
Le Christ-Roi, ou comment servir un roi qui s...
La rédaction d'Aleteia
Célébrer le dimanche 22 novembre à la maison
La rédaction d'Aleteia
L'ultime enregistrement de Michael Lonsdale s...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement