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« La mort de Jean d’Ormesson, c’est le modèle du génie français qui disparaît »

Joel Saget - AFP
Jean d'Ormesson
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Auteur du "Dictionnaire amoureux de la France", Denis Tillinac se confie sur la disparition ce 5 décembre de Jean d’Ormesson, son « père littéraire ».

« Il fait partie de ces grands hommes qui ont bercé l’imaginaire national. Sa mort provoque un sentiment de perte unanimement partagé ». Ce sont les mots choisis par Denis Tillinac, auteur du Dictionnaire amoureux de la France, pour évoquer auprès d’Aleteia la mort de son « père littéraire ». « Sans être des intimes, nous étions liés par des souvenirs communs. Alors que j’étais encore écrivain débutant, il m’a spontanément donné un coup de pouce avec la générosité naturelle qui le caractérise si bien », se souvient l’auteur. Car derrière l’académicien Jean d’Ormesson se trouvait d’abord un homme bienveillant, dont la finesse et l’humour en ont fait « le gentilhomme français par excellence ».

Décrire Jean d’Ormesson en quelques lignes n’est pas un exercice aisé. Pourtant, c’est avec spontanéité que Denis Tillinac s’y prête. « C’était un homme d’une grande fidélité, je n’ai jamais rencontré un de ses amis qui avait quelque chose à redire, insiste-t-il. Un charmeur aussi. Avec son sens de l’observation et de l’analyse, il avait en lui la capacité de blesser les autres. Mais il a toujours refusé de le faire ».

Un homme qui n’a cessé de chercher et d’espérer

Jean d’Ormesson laisse derrière lui une quarantaine d’ouvrages qui sont autant de réflexions à savourer à chaque âge de la vie. Mais il laisse aussi un espace, un vide qui sera difficile à combler. « Il incarnait l’image du génie français au sens le plus large : poli, chevaleresque, agile avec les mots… Avec sa mort c’est le modèle du génie français qui disparaît ».

Son héritage est celui d’un homme qui n’a cessé de chercher et d’espérer. « Les derniers livres de Jean d’Ormesson, plus métaphysiques, faisaient remonter à la surface sa culture catholique mais toujours avec un solide recul quant à la dogmatique. Il croyait en Dieu, à une forme de transcendance mais l’éternité de sa propre âme il n’en était pas sûr ! C’est un mélange de christianisme et de scepticisme à la Montaigne. Dans les crépuscules de sa vie, il y avait une mélancolie qu’il se refusait à théoriser et il s’en sortait toujours par une pirouette. »

Comparant volontiers sa relation à Jean d’Ormesson à celle « d’un cadet à son aîné, d’un croupier de la littérature à un gentilhomme », Denis Tillinac est aujourd’hui orphelin. « J’ai le même sentiment qu’à la mort du général de Gaulle, le dernier grand s’en va et nous laisse orphelin d’une image, d’un symbole. Celui d’un homme de lettres, de conviction, dont la simplicité confère à elle seule un caractère seigneurial ».

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