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Pour Raphaël Enthoven, c’est par islamophobie que l’Église modifie la traduction d’un mot du Notre-Père

© ERIC PIERMONT - AFP
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"Une prière mérite mieux qu’un message subliminal" avançait ce 21 novembre le philosophe Raphaël Enthoven dans sa chronique matinale quotidienne sur Europe 1. Un procès d’intention qui a fait bondir les chrétiens.

À une heure de grande écoute, le philosophe Raphaël Enthoven s’est livré mardi à une analyse très personnelle de la nouvelle traduction de la prière du Notre-Père, celle qui doit entrer en vigueur à partir du 3 décembre prochain pour le début de la nouvelle année liturgique, le premier dimanche de l’Avent. La phrase que les catholiques prononcent aujourd’hui « Et ne nous soumets pas à la tentation » deviendra « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Cette phrase fait depuis toujours l’objet de débats entre théologiens, pour savoir comment la traduire au mieux.

Le Notre-Père est pour les chrétiens la prière par excellence car elle a été enseignée par Jésus lui-même à ses disciples. Sans doute prononcée à l’origine en araméen, elle nous a été transmise en grec par les évangélistes saint Matthieu (Mt 6, 9-13) et saint Luc (Lc 11, 2-4). Depuis deux mille ans, les langues et la réception du sens des mots ont évolué ; c’est pourquoi, à chaque époque, l’Église demeure attentive à proposer la meilleure traduction possible du grec originel, en l’occurrence du verbe eisphérô qui signifie : « porter dans » ou « faire entrer ». En filigrane, la traduction de ce verbe pose la question complexe de la responsabilité qu’elle pourrait, ou non, permettre d’attribuer à Dieu dans la tentation qui pousse au péché. Raphaël Enthoven, lui, a vu dans cette nouvelle traduction « une raison ou le ciel n’entre guère ». Après avoir démontré à sa façon que la nouvelle traduction ne change rien, puisque selon lui « Dieu reste tentateur », il a développé un propos pour conclure que si le Notre-Père changeait, c’était « une façon pour l’Église de se prémunir contre toute suspicion de gémellité » avec l’islam, qualifiant même la démarche de l’Église de sournoise. Jugez plutôt :

« Vous avez remarqué la ligne que l’on a changé. Ne nous soumets pas à la tentation. Le problème, ce n’est pas la tentation, c’est qu’on a supprimé le verbe soumettre, on a ôté du texte, l’idée de soumission.[…] La première chose qu’on sait de l’islam, le seul truc que croient savoir les gens qui n’y connaissent absolument rien, c’est que islam, dit-on, cela signifie soumission. La suppression inutile du verbe soumettre est juste à mon sens une façon pour l’Église de se prémunir contre toute suspicion de gémellité entre les deux cultes. Et les paranoïaques de l’islamophobie qui passent leur temps à la traquer chez les Républicains exemplaires feraient bien de tendre l’oreille pour une fois dans la bonne direction, parce que ce qui se joue là sournoisement contre l’islam crève les tympans quand on tend l’oreille. À compter du 3 décembre prochain, tous les fidèles francophones qui diront le Notre-Père ânonneront quotidiennement à mots couverts : chez nous Dieu ne soumet pas, nous ne sommes pas du tout des musulmans, c’est librement qu’on croit. (…) Une prière mérite mieux qu’un message subliminal ».

Des propos d’une violence inouïe qui n’ont pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. À l’instar de l’Abbé Grosjean qui s’est fendu de plusieurs tweets pour s’émouvoir de ce « procès ». Tandis que d’autres ont tenté de rappeler que cette traduction était l’aboutissement d’un très long processus.

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