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À la découverte des églises parisiennes de la Belle Époque à nos jours

© Pascal Goemaere
Tribune de Saint-Christophe de Javel (1930), Paris XVe.
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Sous la direction d’Isabelle Renaud-Chamska, un beau livre recense 75 églises et chapelles parisiennes construites au XXe siècle.

Notre-Dame-du-Travail, Saint-Honoré d’Eylau, l’église du Saint-Esprit, Sainte-Jeanne-de-Chantal… Autant de noms plus ou moins connus des Parisiens qui évoquent quelques-unes des 75 églises paroissiales et chapelles construites au XXe siècle que nous donne à découvrir le magnifique ouvrage Paris et ses églises de la Belle Époque à nos jours, sorti le 3 novembre dernier.

Après la parution en 2016 de Paris et ses églises du Grand Siècle aux Lumières, la collection « Paris et ses églises » des Éditions Picard, dirigée par Mathieu Lours, visant à répertorier toutes les églises construites à Paris depuis le Moyen Âge, s’enrichit de ce nouvel opus, consacré à un corpus jusqu’ici peu connu et étudié.

Sous la direction d’Isabelle Renaud-Chamska, ancienne responsable du Comité national d’art sacré et présidente de l’association Art, Culture et Foi, cet ouvrage collectif est le fruit du travail d’historiens d’art et de spécialistes de l’architecture et du patrimoine, de la liturgie et des orgues.

Derrière les appréhensions, un siècle fécond

Au-delà des idées reçues, les églises fleurissent à Paris au XXe siècle. Les multiples projets de construction répondent à un réel besoin de desservir les quartiers périphériques fraîchement intégrés à la capitale, aux populations souvent ouvrières et croissantes. On pense par exemple à des quartiers comme Belleville ou Charonne (XXe arrondissement), rattachés à Paris en 1860, ou encore Plaisance (XIVe arrondissement).

Le contexte de la construction de ces églises est évidemment particulier. La grande majorité des édifices présentés dans ce livre ont été construites après la loi de séparation de l’Église et de l’État. À partir de 1905, les autorités ecclésiales ne peuvent plus compter sur l’argent public pour financer la restauration et la construction d’édifices religieux. Les nombreuses églises qui voient le jour sont alors le fruit de l’action de curés bâtisseurs qui doivent trouver des fonds pour mener à bien les chantiers. « Ils avaient la foi chevillée au corps, explique Isabelle Renaud-Chamska. Certains n’ont pas toujours dû dormir sur leurs deux oreilles. »

L’art au service de la liturgie

Et, bien sûr, à partir de 1931, les Chantiers du Cardinal, sous l’impulsion du cardinal Verdier, participent à la construction de nombre d’édifices : sur les 75 décrits dans l’ouvrage, 50 ont été bâtis grâce aux Chantiers. Malgré les difficultés et les souffrances engendrées par la loi de 1905, celle-ci a conduit à une grande liberté dans la réalisation des projets architecturaux, les associations diocésaines et les curés n’étant plus contraints par le ministère des Cultes.

Dès lors, les formes évoluent et l’on est frappé par l’éclectisme des styles architecturaux et décoratifs de ces nouvelles églises. Souvent, les moyens financiers réduits conduisent à l’utilisation de techniques originales et de matériaux nouveaux, comme le béton armé ou des architectures métalliques – à Notre-Dame-du-Travail par exemple, construite au début du XXe siècle dans le XIVe arrondissement, alors majoritairement ouvrier.

Le XXe siècle est aussi celui de la réforme liturgique, initiée par le Motu Propio sur la musique et le chant sacrés de Pie X, Tra le sollicitudini, en 1903, qui ouvre l’idée d’une participation active des fidèles à la liturgie. Cette impulsion nouvelle est confirmée par le concile Vatican II (1965), dont une des principales conséquences est la reconfiguration de l’espace liturgique. Le prêtre étant désormais tourné vers les fidèles auxquels il s’adresse dans leur langue, l’autel, jusqu’alors placé au fond de l’église, est déplacé vers la nef des fidèles, ce qui induit une réorganisation de l’espace de célébration. On place aussi dans le chœur un ambon pour la lecture des textes de la Parole de Dieu remise à l’honneur par le concile.

Des édifices mal connus

Certaines architectures poussent encore plus loin la recherche de la participation active du peuple : « À Saint-François de Molitor, par exemple, l’autel est situé complètement au centre de l’église, qui a la forme d’une ellipse, de sorte que les fidèles ne voient plus la nuque de leur voisin de devant mais le visage de ceux qui sont en face. », décrit Isabelle Renaud-Chamska.

Magnifiquement illustré de près de 500 photographies, ce livre est un merveilleux hommage à tous ces édifices encore peu connus du grand public. Cette étude nécessaire et brillante met en lumière la beauté et le sens de chaque architecture et des décors qui les illuminent, grâce au talent de nombreux artistes qu’on redécouvre aujourd’hui. Un ouvrage passionnant, qui nous invite à contempler ces églises parisiennes du siècle dernier et de notre génération, lieux du sacrifice eucharistique où s’élèvent les prières de chaque assemblée.

Paris et ses églises de la Belle Époque à nos jours, sous la direction d’Isabelle Renaud-Chamska, avec Antoine Le Bas, Claire Vignes-Dumas, Isabelle Saint-Martin, Éric Lebrun, Élisabeth Flory et Hélène Jantzen, Paris, Éditions Picard, 2017, 416 pages. Prix : 64 euros.

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