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Lénine ne mérite pas tant d’indifférence, ses victimes encore moins

Mausoleum Lenin
By abadesign | Shutterstock
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Il y a cent ans, Lénine instaurait le terrorisme d’État. Un anniversaire escamoté en Russie et dans le monde malgré l’ampleur de l’événement et la persistance de ses séquelles.

Mardi dernier, 7 novembre, marquait le centenaire du coup d’État bolchévique  inauguré par la prise du Palais d’Hiver à Petrograd le 25 octobre 1917 selon le calendrier julien en vigueur dans l’Empire russe. Mais cet anniversaire de la « Révolution d’octobre » n’aura mobilisé ni les foules, ni les médias. En Russie, il y a déjà douze ans que, par la volonté de Vladimir Poutine, l’anniversaire du 25 octobre n’est plus férié. Pas question de ranimer la flamme à l’occasion du centenaire : le maître du Kremlin ne s’est pas montré pour saluer le modeste millier de Moscovites rassemblés rue Tverskaya, les Champs-Élysées moscovites. Le week-end précédent, Poutine n’avait pas assisté non plus au spectacle lumineux en 3D projeté sur la façade du Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. Les communistes — il en reste — ne décolèrent pas. Pour les rasséréner, il a fallu que le Kremlin assure que, contrairement aux rumeurs — et au vœu d’une majorité de Russes —, le corps momifié de Lénine ne sera pas délogé de son mausolée sur la Place rouge pour être inhumé comme le commun des mortels. Pas encore.

Qui fait mémoire de ces cent millions de victimes ?

Bien que la Révolution d’Octobre soit l’un des événements majeurs du XXe siècle, on comprend que Poutine, ancien du KGB mais ayant rejeté le marxisme-léninisme, n’ait pas envie de faire resurgir les mauvais souvenirs. Ceux-ci ne remontent pas seulement à Staline — le 30 octobre, c’était le 70e anniversaire des grandes « purges » staliniennes — mais à Lénine et Trotski, implacables destructeurs de la Russie et de ses peuples. Poutine a certes inauguré un « mur du chagrin » au centre de Moscou en mémoire des innombrables victimes du régime communiste. Mais esquiver le débat historique qu’on attendait à l’occasion de ce centenaire, c’est laisser ouvertes des blessures béantes aux séquelles innombrables non seulement en Russie mais dans tous les pays où fut importée la dictature marxiste-léniniste.

À l’heure où le monde doit faire face à la radicalisation islamique, il est paradoxal d’escamoter les gigantesques dégâts engendrés par le totalitarisme inventé par Lénine, « perfectionné » par Staline, et imité ensuite par Mao, Pol Pot, et de nombreux « seconds couteaux » du type Castro, au prix de plus d’une centaine de millions de morts sur tous les continents, exterminés par les armes (« Une révolution sans pelotons d’exécution n’a pas de sens » disait Lénine) ou par les privations. Qui en fait mémoire ?  Essentiellement les églises orthodoxe et catholique qui béatifient ou canonisent régulièrement les martyrs de la foi : rien qu’en Russie, 112 000 prêtres et religieux ont été «  liquidés » par le pouvoir communiste. Cette semaine encore, le pape François a signé le décret reconnaissant le martyr de Jean Brenner, jeune prêtre hongrois de 25 ans, tué « en haine de la foi » en 1957.

Comme l’URSS, la Chine a été détruite au plus intime d’elle-même

Mais les vivants aussi restent des victimes de la terreur d’État ou de ses séquelles. Un exemple entre mille des dégâts du communisme vient d’être évoqué à propos du deuxième anniversaire de la fin de la politique dite « de l’enfant unique » appliquée en Chine pendant près de 35 ans au prix de stérilisations et d’avortements forcés : malgré ce coup d’arrêt, la catastrophe démographique ne peut plus être évitée. De l’aveu du chef de la sécurité sociale chinoise, la Chine est condamnée à devenir une « société super-vieillissante» d’ici trente ans, avec 400 millions de plus de 60 ans et des actifs réduits à 60 % de la population en 2047. Comme jadis l’URSS, la Chine a été détruite au plus intime d’elle-même, population, culture, religion, et se présente à son tour comme un « colosse aux pieds d’argile ». Cette faiblesse hante Xi Jinping qui, contrairement à Vladimir Poutine, entretient le mythe révolutionnaire.

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Né en 1950, ancien élève puis professeur-assistant à la Faculté Libre de Philosophie Comparée (IPC), Philippe Oswald est journaliste depuis 1978. Il a été rédacteur en chef (1985-1990) puis directeur de la Rédaction (1990-2010) de l’hebdomadaire Famille Chrétienne.  @PhilippeOswald / Facebook
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