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L’extraordinaire épopée de 200 chefs-d’œuvre français envoyés au Québec par des abbés

© Québec, Centre de conservation du Québec / Michel Élie
Claude François, dit le frère Luc (Amiens, 1614 [?] – Paris, 1685), Le Christ dicte la règle à saint François, vers 1679, hhuile sur toile, H. 221 ; L. 151 cm, Saint-Antoine-de-Tilly, église Saint-Antoinede-Padoue
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Le musée des Beaux-arts de Rennes, en collaboration avec le musées des Beaux-arts du Québec, révèlent la fabuleuse épopée de plusieurs centaines de tableaux français vendus sous la Révolution.

C’est une histoire peu connue et pourtant extraordinaire. Au cours de la Révolution française, alors que les biens du clergé sont confisqués, des chefs-d’oeuvre français, provenant d’églises parisiennes ou d’Île-de-France, vont connaître un destin incroyable. Les révolutionnaires conscients de la nécessité de conserver certaines œuvres d’art pour les générations futures, envoient une partie des tableaux religieux dans des musées et des dépôts parisiens. Les autres — de moindre intérêt à leurs yeux — sont destinés à la vente. C’est ainsi que l’abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins — dont le frère Louis-Joseph Desjardins est aumônier des Augustines l’Hôtel-Dieu de Québec — acquiert un grand nombre de tableaux du XVIIe et XVIIIe siècles, et les expédie à Québec, en 1817, où ils sont vendus dans des paroisses alors en pleine expansion.

© Québec, Centre de conservation du Québec / Jacques Beardsell
Quentin Varin (attribution), "Le Christ au jardin des Oliviers", huile sur toileDimensions H x L (cm) : 228,5 X 147 Musée national des beaux-arts du Québec. Œuvre restaurée par Élisabeth Forest, 2017, en cours de traitement.

Dans le corpus des peintures du XVIIe siècle du fonds Desjardins, les grands peintres tels Jacques Stella, Laurent de La Hyre, Eustache Le Sueur, Philippe de Champaigne ou encore Nicolas Poussin, sont absents, bien évidemment conservés en France par les commissaires révolutionnaires qui apprécient le classicisme de ces peintres. Le point fort des Québécois résident dans les deux extrémités du siècle. Ils acquièrent des toiles des années 1630 comme le Christ au jardin des Oliviers, tableau du rarissime Quentin Varin, ainsi que deux tableaux de Simon Vouet et de ses élèves, Michel Dorigny ou Jean Senelle. Quant à la seconde moitié du XVIIe siècle, on peut citer quelques tableaux intéressants — bien qu’anonymes — tels L’Adoration des mages de l’entourage de François Verdier, mais aussi de grands tableaux de Daniel Hallé, frère Luc ou Louis de Boullogne dont la Présentation au Temple compte parmi les chefs-d’œuvre de l’exposition.

© Moncton, Musée acadien de l’Université de Moncton / Adam Karpowicz
Louis II de Boullogne (Paris, 1654 – id., 1733), La Présentation au Temple, huile sur toile, H. 274 ; L. 213 cm, Moncton, Musée acadien de l’université de Moncton.

Les tableaux du XVIIIe siècle sont, quant à eux, moins nombreux mais présentent les toiles des artistes les plus importants de ce siècle, tels Collin de Vermont, Restout ou encore Carle Vanloo. À ces productions de peintres biens connus s’ajoutent des œuvres beaucoup plus rares comme Godefroy ou Preudhomme. Pourquoi les révolutionnaires auraient-ils gardés jalousement les toiles de grands maîtres du XVIIe siècle et non pas ceux du XVIIIe siècle ? Pour une question de mode, tout simplement. Il faut garder à l’esprit que les peintures du Siècle des Lumières étaient encore trop récentes au moment de la Révolution et ne bénéficiaient donc pas encore, aux yeux des révolutionnaires, du même prestige que les œuvres du Grand Siècle.

© Québec, Centre de conservation du Québec /Michel Élie
Peintre de l’entourage de Simon Vouet, Saint Michel terrassant le démon, vers 1635-1640, huile sur toile, H. 152,9 ; L. 119,9 cmQuébec, Musée de la civilisation, dépôt du Séminaire de Québec.

L’avenir des tableaux au Québec

Dès leur arrivée, ces œuvres ont un impact immédiat sur les peintres locaux. Les tableaux du fonds Desjardins, en plus de fournir de nouvelles œuvres pour décorer les églises du Canada, mettent à la disposition des artistes une banque d’images où les peintres puisent abondamment. À force de copier ces toiles françaises, les jeunes peintres comme Joseph Légaré ou Antoine Plamondon, apprennent les bases de la tradition académique française et stimulent leurs propres productions. Les copies représentent une part très conséquente ! Un inventaire révèle que quarante toiles ont servis de modèles aux artistes québécois. Notons que le Baptême du Christ à lui seul a été copié 25 fois ! Toutes les copies ont rejoint, par la suite, environ 70 paroisses entraînant ainsi un vaste rayonnement des tableaux européens dans les églises du Québec.

© Québec, Centre de conservation du Québec / Jacques Beardsell
Jean Jacques Lagrenée (Paris, 1739 – id., 1821), La Mise au tombeau, 1770, huile sur toile, H. 155,2 ; L. 205 cm, Québec, Musée national des beaux-arts du Québec.

Ainsi, grâce à l’arrivée des tableaux français, on assiste à la naissance de la peinture canadienne du XIXe siècle mais aussi aux premières collections d’œuvres d’art du Québec — avec la création d’un premier musée privée — sous l’impulsion du peintre Joseph Légaré qui s’était porté acquéreur de plusieurs toiles françaises auprès de l’abbé Desjardins.

Grâce à cette exposition exceptionnelle, c’est environ 70 oeuvres qui refont le chemin vers la France après 200 ans d’absence. Une occasion unique de voir ces chefs-d’œuvres français pour la toute première fois.

Informations :

Du 14 octobre au 28 janvier 2018
Musée des Beaux-arts de Rennes

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