Aleteia

Gietrzwałd : les seules apparitions mariales de Pologne reconnues par l’Église

Mazaki/Wikipedia
Partager
Commenter

Le 27 juin 1877, la jeune Justyna Szafryńska, 13 ans, rentre de l’église quand elle entend sonner l’Angélus. Elle récite alors la prière quand soudain apparaît une grande lumière et une silhouette vêtue de blanc au niveau de l’érable tout proche. Nous célébrons cette année le 140e anniversaire de cette apparition.

À Gietrzwałd la vénération de la Sainte Vierge remonte au XIVe siècle. À l’origine,elle était liée à une pietà située dans l’église, puis à partir du XVIe siècle à un tableau de la Vierge et l’Enfant. Les nombreux ex-voto de l’époque entourant cette oeuvre témoignent de la ferveurs des habitants pour le culte marial..

Jusqu’à ce 27 juin 1877. La jeune Justyna Szafryńska, 13 ans, une adolescente qui prépare sa communion rentre chez elle après un rendez-vous avec le curé de la paroisse. Entendant les cloches sonner l’Angélus, elle récite la prière quand soudain elle voit une grande lumière et une silhouette vêtue de blanc au niveau de l’érable du presbytère. La silhouette siège sur un trône orné d’or et de diamants. Justyna voit aussi apparaître la silhouette éblouissante d’un ange. Tout de blanc vêtu, avec des ailes en or, il descend du ciel. Aussitôt l’adolescente récite le Je vous salue Marie. Après cette prière, la silhouette se leve de son trône et monte au ciel aux côtés de l’ange. C’est le début des apparitions de la Vierge à Gietrzwałd, apparitions qui prendront fin le 16 septembre de la même année. Dès le début, la jeune fille raconte tout ce qu’elle a vu au prêtre, qui lui enjoint de retourner au même endroit le lendemain. Et une nouvelle fois, quand l’Angélus sonne, l’érable s’illumine à nouveau d’une grande lumière. Cette fois, il est entouré d’un cercle d’or, et un trône apparaît. Deux anges escortent la Vierge Marie à son trône où elle s’assoit. Deux autres anges amènent l’Enfant Jésus rayonnant de lumière et le place sur le genou gauche de la Vierge. L’Enfant tient un globe terrestre dans sa main gauche. D’autres anges encore tiennent une couronne scintillante au-dessus de la tête de la Vierge. Un ange apporte un sceptre en or et le brandit de la main droite au-dessus de la couronne. Un autre ange enfin surplombe la scène et indique de la main une grande croix sur laquelle la figure du Christ crucifié est absente.

Que désirez-vous, Sainte Vierge ?

Le 30 juin, la Vierge apparaît cette fois seule, sans être escortée par des anges. Elle apparaît aussi à Barbara Samulowska, 12 ans, qui accompagne Justyna. Barbara demande : « Que désirez-vous, Sainte Vierge ? » Elle reçoit cette réponse de Marie dans un dialecte local proche du polonais : « Je souhaite que vous puissiez prier tous les jours le chapelet. » Le 1er juillet, Justyna lui demande : « Qui êtes-vous ? » La Vierge lui répondit : « Je suis la Très Sainte Vierge Marie Immaculée. »

Il est important de rappeler que les apparitions de Gietrzwałd ont eu lieu une vingtaine d’années seulement après celles de Lourdes, où la Mère de Dieu avait dit à Bernadette Soubirous « Je suis l’Immaculée Conception », et à peine 23 ans après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par le pape Pie IX.

La prière fervente vous sauvera

À partir du mois de juillet, la Vierge apparaît tous les soirs aux deux jeunes filles durant la récitation du Rosaire. Parmi les questions diverses et variées qu’elles lui posent, certaines concernent la santé et le Salut de certaines personnes. Mais il y eut aussi celle-ci : « L’Église du royaume de Pologne sera-t-elle libérée ? ». Les filles veulent également savoir si des prêtres seraient de nouveau nommés aux paroisses du sud de la Warmie qui avaient été délaissées à cause du Kulturkampf. La réponse ne se fit pas attendre : « Oui, à condition que les gens prient avec ferveur. Alors l’Église cessera d’être persécutée et les paroisses orphelines recevront des prêtres. »

Il faut savoir qu’au moment des apparitions, la Pologne actuelle était divisée entre la Prusse, l’Autriche et la Russie. Si à l’origine, la population de Gietrzwald était composée de descendants de Prussiens, de plus en plus de familles polonaises s’étaient installées au fil des siècles. Or à la du XIXe siècle, on assiste dans la région à un phénomène de germanisation et des lois défavorables à l’Églises catholiques sont adoptées. En 1873, la langue polonaise est même interdite dans les écoles de la région de Warmie. À cause du Kulturkampf, un conflit qui oppose le royaume de Prusse puis l’Empire allemand à l’Église catholique romaine, de nombreux prêtres catholiques rebelles ainsi que les congrégations religieuses sont repoussés loin de Warmie. Si bien que la rumeur des apparitions attire de nombreux pèlerins à Gietrzwałd. Pendant les trois jours de la célébration de la Nativité de la Vierge, pas moins de 50 000 pèlerins affluent dans le village. Le 8 septembre 1877, la Vierge bénit une source où les pèlerins vont depuis se procurer de l’eau pour les personnes souffrantes ce qui occasionne un certain nombre de guérisons miraculeuses. Le 16 septembre, on installe une chapelle ainsi qu’une statue de la Vierge à l’endroit des apparitions.

La renaissance d’un sentiment national polonais

À l’époque, les apparitions de Gietrzwałd ébranlent fortement la région de Warmie. Les relations avec la Prusse sont compliquées et les apparitions sont considérées comme un signal fort pour la défense du catholicisme et de la communauté polonaise en général. Les Polonais de toutes les régions annexées par les trois superpuissances voisines se mettent  à affluer en nombre à Gietrzwałd. Mais on voit également des pèlerins allemands et lituaniens.

Et de fait, les apparitions contribuent à un renouveau du sentiment national polonais. Mais elles ont aussi une portée universelle sur le plan religieux. Les fruits seront une authentique renaissance de la vie religieuse. Bien vite, on a vu chaque année à Gietrzwałd un grand nombre de fidèles aux 29 juin, 15 août et  8 septembre. Si bien qu’on a songé songer à agrandir le sanctuaire.

Que sont devenues les deux jeunes voyantes ?

Les deux jeunes filles ont eu une vie identique après les apparitions. Elles entrèrent toutes les deux chez les Filles de la Charité (Sœurs de saint Vincent de Paul). Barbara, qui prit le nom de sœur Stanisława, devint ensuite missionnaire au Guatemala où elle mourut le 6 décembre 1950, considérée par tous comme une sainte femme. Le 2 février 2005, l’archevêque Edmund Piszcz de Warmie a inauguré le procès en béatification de sœur Stanisława Barbara Samulowska dans la basilique de Gietrzwałd.

Justyna, quant à elle, quitta la congrégation en 1897 et retourna à la vie laïque. En 1899, elle épousa Raymond Étienne Bigot à Paris. Après 1904, elle disparut sans laisser de traces et on ne sait rien de la suite de sa vie ni de l’endroit où elle repose.

Reconnaissance des apparitions

En 1877, l’évêque Filip Krementz convoque une commission de théologiens pour examiner le cas en profondeur. La commission s’établit à Gietrzwałd à partir du 20 août, alors que les apparitions se produisent toujours. Le rapport de 47 pages est favorable et décrit les deux jeunes voyantes comme des filles « discrètes, simples, naturelles et étrangères à toute forme de duplicité ».

Début septembre 1877, l’évêque convoque en plus une commission de trois médecins pour qu’ils examinent les deux filles pendant les apparitions. Ils excluent toute possibilité d’une mise en scène de leur part : quand les filles voient la Vierge, leurs pouls ralentit, les extrémités de leur corps refroidissent et elles ont le regard totalement fixe.

Le 1er septembre 1977, le centenaire de des apparitions, est célébré par l’archevêque métropolitain de Cracovie, le cardinal Karol Wojtyła. Ce jour-là, l’évêque de Warnie Józef Drzazga reconnait solennellement la vénération de la Vierge Marie à Gietrzwałd. Il publie un décret validant la crédibilité des apparitions et proclame qu’elles sont conformes avec la foi et la morale chrétienne.

Partager
Commenter
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]