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Le pape François rêve d’un nouvel humanisme européen

POPE FRANCIS REFUGEES

© HO I OSSERVATORE ROMANO I AFP

Isabelle Cousturié - Publié le 02/10/17

Dimanche, à Bologne (Italie), le Saint-Père a plaidé pour une Europe qui retrouve le « visage uni » de ses débuts et donne à ses citoyens le droit à l’espérance.

Affirmer les droits des personnes et des peuples, des plus faibles, des exclus et de la création, dans « un nouvel humanisme » fait « de mémoire, de courage, et d’une saine et humaine utopie ». Voilà ce dont l’Europe a besoin aujourd’hui pour retrouver un « visage uni », a souligné le pape François en rencontrant les étudiants et représentants du monde universitaire, à l’occasion de sa visite pastorale à Bologne, dimanche 1er octobre. Mon rêve pour l’Europe, a-t-il plaidé, est celui d’une Europe à la fois « universitaire et mère », c’est-à-dire « consciente de sa culture » et capable « d’infuser » le germe de l’espérance en ses enfants et de devenir  alors un instrument de paix pour le monde entier.

Fondée en 1088, l’université de Bologne est considérée comme la plus ancienne université européenne, rappelle l’agence I-Media. Elle a été à la fois la première institution à utiliser le terme « université » (en latin universitas) et la première à être reconnue par le Pape. Sa devise est : « Saint Pierre est partout le père des lois, Bologne en est la mère ». La prestigieuse université qui a donné son nom au « processus de Bologne », a porté à la création en 2010 de l’espace européen de l’enseignement supérieur, constitué de 47 États.

Bologne, berceau de la défense humaine

 « Tout a commencé ici, à Bologne, autour des études du “droit”, qui est la preuve que l’université en Europe a de profondes racines dans l’humanisme, a rappelé le Pape auxquelles « les institutions civiles et l’Église, dans leurs rôles bien distincts, ont contribué ». Saint Dominique de Guzman (1170-1221) lui-même, qui y a fondé un couvent et y est mort, « fut plein d’admiration » pour la vitalité de tous ces étudiants qui accouraient du monde entier pour y étudier le droit civil et canonique. On y recherchait « ce qui défend les personnes, ce qui pouvait régler la vie commune et protéger contre les logiques du plus fort, contre la violence et l’arbitraire ». Que Bologne, a-t-il souhaité, « carrefour séculaire de rencontres, de comparaison et relation, et récemment berceau du projet Erasmus, puisse toujours cultiver cette vocation! ».

Face aux modèles de vie « banales et éphémères » proposés dans le monde actuel, face à « la peur et la haine » qui pèsent lourdement sur la vie quotidienne des personnes, et face aux « grandes visions de paix qui semblent s’évanouir devant tant d’intérêts et de conflits », le Pape propose trois droits qui lui semble d’actualité pour recommencer à rêver : le droit à la culture, le droit à l’espérance et le droit à la paix.

Le droit à la culture

Le Pape ne pense pas seulement au droit d’accéder aux études, dont trop de jeunes sont privés dans le monde, souligne-t-il, mais au droit à  « la sagesse » qui est un savoir « humain et humanisant ». Au lieu de répandre comme aujourd’hui « l’idée que l’étude ne sert à rien si elle ne donne pas tout de suite quelque chose de concret », le Pape plaide pour une recherche qui soit une réponse « aux refrains paralysants de la surconsommation culturelle ». Selon lui un savoir qui « se met au service du meilleur offrant, qui finit par alimenter les divisions et justifier les abus de pouvoir  n’a rien à voir avec la culture ». La culture — comme dit le mot — « cultive, fait grandir l’humain ». Contre cette pseudo-culture qui réduit l’homme à un déchet, la recherche à des intérêts et la science à une technique, le Pape exhorte à « affirmer ensemble une culture à dimension humaine », qui « reconnait les mérites et récompense les sacrifices ».

Le droit à l’espérance

Pour le pape François, le droit à l’espérance c’est celui de « ne pas être envahi quotidiennement par la rhétorique de la peur et de la haine ; le droit à ne pas être submergés par les phrases toute faites des populismes ou par le déferlement inquiétant et lucratif des fausses nouvelles », mais également « le droit à voir posée une limite raisonnable au fait divers horrible, pour que le beau fait divers, souvent passé sous silence, ait son mot à dire ». Et pour les jeunes, le droit « à grandir libérés de la peur de l’avenir, à savoir que dans la vie il existe de belles réalités qui durent, et pour lesquelles il vaut la peine de se mettre en jeu », le droit à « croire que l’amour vrai n’est pas l’amour “jetable” et que le travail n’est pas un mirage, mais une promesse qui doit être tenue ».

Le droit à la paix

Quant au droit à la paix, il est « un devoir, inscrit dans le cœur de l’humanité », comme ne cesse de le rappeler la doctrine de l’Église. Soixante après la signature des Traités de Rome, alors que les grandes visions de paix semblent s’évanouir devant tant d’intérêts et de conflits, le Pape appelle à ne pas risquer de « rendre vains »  les rêves courageux des fondateurs de l’Europe unie, en s’aidant mutuellement « à répudier la guerre, à prendre les chemins de la non violence et de la justice », et se répétant tous les jours « jamais plus la guerre, jamais plus les uns contre les autres, jamais plus les uns sans les autres ! ».

Et de recommander aux jeunes tout particuièrement avant de les quitter : « Ne croyez pas ceux qui vous disent que lutter pour tout cela est inutile et que rien ne changera ! Ne vous contentez pas de petits rêves, mais rêvez en grand. Vous les jeunes, rêvez en grand. Moi aussi je rêve, mais pas seulement quand je dors, car les vrais rêves se font les yeux ouverts et se poursuivent à la lumière du jour (…) Je renouvelle avec vous le rêve d’un nouvel humanisme européen  (…) d’une Europe où les jeunes respirent l’air propre de l’honnêteté, aiment la beauté de la culture et d’une vie simple, non polluée par les infinis besoins de la surconsommation ; où se marier et avoir des enfants sont une responsabilité et une grande joie, pas un problème… ».

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