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Matchs gagnés, matchs perdus, matchs nuls

Philippe Melenchon

GAIZKA IROZ | PATRICK KOVARIK | AFP

Philippe Oswald - Publié le 29/09/17

Ouverte par la victoire de la droite au Sénat, la semaine s’est achevée avec le débat entre Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon à l’émission politique de France 2.

Les médias l’avaient trompeté : le face à face entre le Premier ministre Édouard Philippe et le tribun de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, jeudi soir, 28 septembre, sur France 2, serait un de ces pugilats propices à l’audimat. Mais « la guerre des deux n’a pas eu lieu » estime Le Point qui relève l’« atmosphère plutôt bon enfant » du débat. Mélenchon avait clairement mis de l’eau dans son vin après le ratage de la manifestation de la France insoumise. Avantage au premier ministre (52% des téléspectateurs convaincus selon un sondage IPSOS) qui ne se départit pas de son flegme de « techno pédago maîtrisant les sujets et soucieux d’apporter des réponses rigoureuses à la multitude de questions s’abattant pourtant sur lui… ». Une rigueur à vrai dire discutable en particulier sur la « PMA pour toutes » à propos de laquelle Édouard Philippe, face au professeur Jacques Testart, a confessé avoir « évolué », lui qui, en 2014, signait une tribune dans Le Huffington Post pour s’opposer à la PMA.

Prétendre « réparer la France », c’est une ambition de technocrate, pas une vision politique, a jugé François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie, maire-adjoint de Versailles, au cours du débat organisé sur France 2 à l’issue de l’émission pour évaluer l’ensemble du plaidoyer du Premier ministre.

Entre Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon « un air de complicité »

« Aucun des deux n’avaient intérêt au clash » commente Christophe Barbier éditorialiste de BFMTV : « Édouard Philippe n’avait pas intérêt à aller au combat. D’abord parce qu’il n’était pas sûr de le gagner face à Mélenchon, et ensuite parce qu’il a cultivé depuis quelques mois l’image d’un Premier ministre effacé, à l’écoute, modeste, qui ne la ramène pas. Jean-Luc Mélenchon sort d’un samedi difficile, où il y a eu la polémique sur les nazis, (…) il sait très bien que ça a été un rassemblement raté. Donc il n’est pas en position de force, avec en plus en ce moment des ordonnances sur le code du travail qui sont en train de passer comme une lettre à la poste. (…) Finalement ça les arrange ce duopole : tout le pouvoir à En Marche et au président Macron, toute l’opposition à Mélenchon et à ses équipes. » Mais attention, avertit Barbier : « Les partisans de Macron disent: entre les macronistes et Mélenchon, il n’y a rien. Ça peut mal se terminer. »

Le PS s’est d’ailleurs plaint de la quasi complicité entre les deux hommes, relève Le JDD: « “Je suis parfaitement d’accord avec vous”, “je ne suis pas gêné”, “je n’ai peur de rien – Ah, n’exagérez pas quand même !” : les deux hommes ont échangé moultes politesses pendant les quelque 25 minutes qu’a duré l’échange. Ces sourires et attaques convenus n’ont pas manqué de faire réagir Olivier Faure, le chef de file des socialistes de l’Assemblée, dénonçant “un air de complicité”. »

Alstom et Siemens : fusion ou absorption ?

Match gagné, match nul, match perdu ? Les avis penchent pour une victoire allemande à propos du rapprochement des constructeurs ferroviaires français et allemand Alstom et Siemens présenté comme une « fusion entre égaux » selon Le Huffington Post : « Le groupe sera coté en France et son siège sera installé en région parisienne. La direction du groupe sera assurée par le PDG d’Alstom “avec 50% du capital de la nouvelle entité détenu par Siemens3, indiquent les deux entreprises. » Oui, mais le maintien du siège en France n’est promis que « pour les quatre prochaines années » et « Siemens aura six sièges au conseil d’administration. Quatre sièges iront à des indépendants dont trois à des Français » précise BFMbusiness.

« Siemens va apporter ses activités ferroviaires et signalisation à Alstom, en échange de la moitié du capital du groupe français, dont il pourra dépasser les 50,5 % après quatre ans. Il sera par ailleurs majoritaire au conseil d’administration » annonce Le Monde. « L’État français ne sera pas actionnaire du nouveau groupe » renchérit France Info, pour qui « Siemens monte à bord d’Alstom » : « (…) l’opération inquiète les syndicats, qui craignent des réductions d’effectifs à moyen terme, après le maintien pendant quatre ans. (…) Du côté des politiques, le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, déplore cette opération qui “ne construit pas un champion européen mais un champion allemand”. Car Siemens, plus rentable qu’Alstom, apparaît comme le gagnant de l’opération. L’économiste Elie Cohen estime d’ailleurs que cette opération s’apparente davantage à une absorption d’Alstom par Siemens qu’à une alliance entre égaux. “La plupart du temps, quand on parle d’un Airbus de quelque chose, c’est pour dissimuler une cession pure et simple. Si Siemens a la majorité du capital, Siemens gouvernera.” »

Plusieurs députés et groupes parlementaires ont demandé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de cette fusion. La même volonté de construire des « géants européens », proclamée par Emmanuel Macron, qui présentait mardi à la Sorbonne ses propositions pour l’avenir de l’Union européenne, est avancée par le gouvernement à propos de la prise de contrôle des chantiers navals de Saint-Nazaire par l’italien Fincantier.

La victoire du ministre sur le « pédagogiste »

Un autre match fut, lui, incontestablement gagné par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer sur le président du Conseil supérieur des programmes, Michel Lussault qui a démissionné le 25 septembre. Victoire « par KO » estime Carole Barjon, rédactrice en chef adjointe au service de politique intérieure de L’Obs et auteur de Mais qui sont les assassins de l’école ? (Robert Laffont). Interviewée par Le Figaro (26 septembre), elle explique : « En démissionnant, Michel Lussault (…) laisse les mains libres à ce dernier pour mener une politique en rupture historique avec les gouvernements des trente dernières années. Michel Lussault incarne une vision de l’éducation héritée de la loi Jospin de 1989, qui a consacré la victoire de ce qu’on a appelé les pédagogistes (en opposition aux pédagogues). L’idée fondatrice de cette loi était de mettre l’élève, et non plus le savoir, au centre du système, comme participant à l’élaboration de sa propre éducation. Lussault se situait dans cette lignée. Il a été directeur de l’Institut français de l’éducation, un avatar de l’Institut national de la recherche pédagogique, que dirigeait Philippe Meirieu, le pape des pédagogistes, conseiller de Jospin puis d’Allègre. (…) Il y a aussi l’influence décisive de Bourdieu, qui a fait de l’école le lieu d’une “violence symbolique” et du “capital culturel” un facteur d’inégalité ». Le vaincu a la défaite amère, relève Marianne : il a annoncé sa démission au micro de France Inter en accusant Jean-Michel Blanquer de satisfaire les « bas instincts » des « réactionnaires »… En cause : le changement des apprentissages en CP, l’évaluation à l’entrée en CP, ou encore : « Le retour d’une chronologie dans l’enseignement de la littérature ».

La défaite de La République en marche aux sénatoriales

Terminons par… le début de la semaine en rappelant la victoire de la droite et la défaite de La République en marche aux élections sénatoriales de dimanche dernier, 24 septembre. « La droite se renforce, Emmanuel Macron rate la marche », constate Le Figaro : « Soumis aux ravages de la recomposition politique enclenchée par Emmanuel Macron, Les Républicains confortent leur prédominance au Palais du Luxembourg en obtenant 159 sièges. En déshérence depuis l’élection présidentielle, les socialistes limitent la casse et obtiennent 81 sénateurs, contre 86 précédemment (…) les communistes conservent leur groupe. De son côté, le Front national, qui disposait de deux sièges non renouvelables, ne gagne aucun élu supplémentaire (…) Quant à La République en marche, elle apparaît comme le grand perdant du scrutin. Un véritable revers même puisqu’elle n’obtient que 28 sièges, soit un de moins qu’auparavant. »

« Emmanuel Macron a tout fait pour perdre ces élections. Les annonces de rabotage des APL, de restriction des emplois aidés, de baisse des financements aux collectivités de 13 milliards d’euros, ont semé la colère chez les élus locaux » souligne La Montagne. Lesquels élus locaux, représentés par les présidents de régions réunis jeudi 28 septembre en congrès à Orléans, ont claqué la porte de la Conférence des territoires instaurée par l’exécutif, pour protester contre la baisse de crédits décidée par le gouvernement, rapporte Europe 1 : « “On ne peut pas avoir confiance”. Les élus réagissaient à la confirmation par le Premier ministre Édouard Philippe d’une baisse de 450 millions d’euros de crédits pour 2018. »

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