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L’esprit d’Assise souffle sur l’Allemagne

MERKEL PATH FOR PEACE

Guido Kirchner I DPA

La chancelière allemande, Angela Merkel entre Mgr Felix Genn, évêque de Munster, et Mgr Franz Josef Bode, évêque d'Osnabrück, Andrea Riccardi, le fondateur du mouvement Sant'Egidio, et Marco Impagliazzo, président du mouvement, à la rencontre internationale "Chemins de paix" 2017.

Isabelle Cousturié - published on 12/09/17 - updated on 12/09/17

À Münster et Osnabrück, le grand rassemblement pour la paix de Sant’Egidio rassemble un parterre inédit de leaders religieux et politiques prêts à ouvrir de nouveaux « chemins de paix » face aux conflits et au terrorisme, avec les encouragements du Pape qui leur a adressé un message.

Depuis le 10 septembre, des centaines de leaders religieux, personnalités politiques et culturelles du monde entier, débattent, dans les villes allemandes de Münster et d’Osnabrück, de nouveaux « chemins de paix » à ouvrir face « aux conflits et à la violence diffuse, au terrorisme et aux guerres, à la pauvreté et aux malaises sociaux » qui menacent aujourd’hui des millions de personnes sur la planète. Un parterre de personnalités sans commune mesure rassemblé à l’initiative de la communauté de Sant’Egidio, investie depuis 1968 dans l’évangélisation et la charité dans plus de 70 pays des divers continents. Prière, transmission de l’Évangile, solidarité avec les pauvres, œcuménisme et dialogue interreligieux sont les piliers de cette grande rencontre internationale pour la paix, organisée dans  l’esprit du rassemblement d’Assise, voulu par Jean Paul II il y a plus de trente ans.

Parmi les centaines de représentants présents à l’inauguration, la chancelière allemande, Angela Merkel, le grand imam d’Al-Azhar, en Egypte, Al-Tayeb, le patriarche grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient (de Damas), Jean X, le président du Niger Mahamadou Issoufou (chef d’État d’un pays où passe le grand flux de migrants qui font route vers le nord et pays stratégique dans la lutte contre le terrorisme), et le président du parlement européen Antonio Tajani. À noter également une large participation populaire de jeunes et d’adultes de toute l’Europe.

Message du Pape

C’est la troisième fois — après Aix-la-Chapelle en 2003 et Munich en 2011 — que la prière pour la paix se déroule en Allemagne. Elle revient cette année au cœur de l’Europe, soixante ans après la signature des traités de Rome. Aujourd’hui, l’Europe, selon Sant’Egidio, a une nouvelle mission : être la terre élue du dialogue interreligieux. Comme souligné également par le Pape dans son message aux représentants des Églises et communautés chrétiennes et des religions du monde, à l’ouverture de la rencontre. Le monde, a-t-il dit, a besoin « de constructeurs de nouveaux chemins de paix, surtout là où les conflits apparaissent sans issue, là où persiste le refus de prendre le chemin de la réconciliation et du dialogue ». Et dans cette construction, l’Europe, « après les terribles ravages causés par les deux guerres mondiales et la terrible tragédie de la Shoah », peut servir d’exemple. Que cette rencontre en Allemagne soit donc, a-t-il souhaité, « un signe et un rappel » aussi pour elle à « cultiver » cette paix qui constitue sa construction, en s’engageant à « construire des chemins d’unité plus solides à l’intérieur et toujours plus ouverts vers l’extérieur, sans oublier que la paix n’est pas seulement le fruit d’efforts humains, mais celui d’une ouverture à Dieu ».

Face aux conflits, à la violence, au terrorisme, le Saint-Père a invité tout spécialement les leaders religieux à aider à ouvrir « des brèches de paix » aux côtés des responsables politiques et civils, « tenus à promouvoir la paix pour tous ». À chercher avec eux des chemins qui « libèrent des maux de la guerre et de la haine », en faisant preuve d’un courage et d’une persévérance « inlassables », afin que l’indifférence, la résignation, « ne l’emporte jamais face à la souffrance humaine ». En tant que leaders religieux, leur a-t-il rappelé, « nous avons une responsabilité particulière » : celle « d’être et vivre en homme de paix, qui témoignent et rappellent que Dieu déteste la guerre, que la guerre n’est jamais sainte, que la violence ne peut jamais être commise ou justifiée au nom de Dieu » ; d’être des hommes qui « réveillent les consciences, répandent l’espérance, suscitent et soutiennent les artisans de paix ».




Lire aussi :
Devant la communauté Sant’Egidio, le Pape appelle l’Europe à retrouver ses racines

Le monde a besoin d’unification spirituelle

En l’espace de quelques années, le monde a beaucoup changé. Face à la terreur de l’autre, de nouveaux murs s’élèvent. « C’est la contradiction actuelle : un monde uni, et en même temps très divisé. La division comme réaction à l’unification », a commenté Andrea Riccardi en ouvrant les travaux de la rencontre. « L’unification spirituelle du monde n’a pas eu lieu », engendrant « une mondialisation sans âme » qui a pourtant besoin de cette âme pour grandir « dans le dialogue et la communion d’esprit, dans l’amitié et la prière ». Face aux partisans de la haine qui « ont compris l’utilité des religions en les utilisant pour alimenter la culture de l’ennemi et le terrorisme », le fondateur de la communauté de Sant’Egidio a invité les religions à ne pas s’isoler, à « sortir des schémas du passé et à croire davantage que les trésors de leurs religions peuvent bâtir la paix » en reliant tous les hommes autour du dialogue et de la coopération.

Sant’Egidio au cœur de la diplomatie mondiale

La communauté de Sant’Egidio, basée à Rome, a joué un rôle clé dans divers grands conflits à travers le monde. Vingt-cinq ans après le succès des accords de paix au Mozambique sous son égide, et de nombreuses médiations notamment au Soudan du Sud, en Libye, et plus récemment en Centrafrique, elle s’est gagnée la confiance des Nations unies pour « sa capacité à toucher les plus difficiles à atteindre », signant avec elle, en juin dernier, un accord de coopération « inédit » entre son département des affaires politiques et un organisme d’inspiration catholique. La force du mouvement, devenu très vite un lieu où chercher une trêve aux conflits, est attribué à l’unanimité à son détachement de « tout intérêt politique ou économique, mais seulement humanitaire » qui lui permet « un impact plus opérationnel ». Ses points de référence restent la première communauté chrétienne des Actes des Apôtres et François d’Assise qui marquèrent ses débuts, en 1968.

« Leur démarche, leur choix de rester toujours fidèles au dialogue et de s’engager pour la paix, notamment en apportant de l’aide localement, mérite la plus grande considération. C’est la raison pour laquelle je me rends là-bas, avec conviction, pour soutenir leur travail », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, en marge de la rencontre inter-religieuse, à laquelle elle s’est dite « heureuse » de participer pour la deuxième fois.

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