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Un char de 25m de haut aux allures de clocher utilisé pour une procession

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Viterbe, ville des papes, est aussi le siège d’une folle procession annuelle aux allures de Puy du Fou italien.

À 21h très précises, toutes les lumières de la ville de Viterbe s’éteignent. Un grand silence se fait, comme si les milliers de pèlerins et de curieux retenaient leur souffle… avant qu’en un instant, l’immense colonne soit soulevée de son socle et commence à descendre descende les rues de la ville médiévale.

Quelques minutes plus tôt, la centaine de Pacchini, ces porteurs aux épaules larges, foulard blanc sur la tête et ceinture rouge, avaient reçu la bénédiction de l’évêque du lieu. Bénédiction dite in articulo mortis, au seuil de la mort, car un accident n’est jamais à exclure avec cet engin gigantesque qu’est la Maccchina de sainte Rose… Même si, aujourd’hui, sa structure n’est plus en bois, mais en fibre de verre !

Pour l’évêque, Mgr Lino Fumagalli, c’est surtout l’occasion de rappeler à ces solides gaillards qu’avant d’être une attraction culturelle grandiose — comme l’Italie sait les produire — l’événement est de nature religieuse. Comme le rappelle, d’ailleurs, les acclamations de la foule : « è viva Sante Rosa ! ».

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Car au sommet des plus de 25 mètres de ce char hors du commun figure une petite sainte du XIIIe siècle, Rose de Viterbe, devenue sainte patronne de la ville. Pauvre parmi les pauvres, sa condition modeste ne lui permit pas de se faire religieuse. Elle entra dans le Tiers-ordre franciscain en vivant au milieu de sa famille, dans une maison composée d’une seule pièce.

Mais sa réputation de sainteté, elle, est bien établie. Elle exhorte sa ville à l’obéissance au Pape, en ces temps où les cités italiennes se déchirent entre partisans de l’empire et ceux du Pape, entre guelfes et gibelins.

Ces derniers, fidèles soutiens de l’empereur Frédéric II, n’apprécient guère le rappel à l’ordre, au point que Rose est convoquée devant les tribunaux. À qui elle rétorque : « Je parle sur l’ordre d’un Maître plus puissant que vous, je mourrai plutôt que de Lui désobéir ».

Une procession séculaire

Chassée de Viterbe, elle annonce cependant la mort de l’empereur. La prophétie devenue effective quelques années plus tard, le Pape en exil pourra alors revenir à Rome. À la mort de Rose, le pape Alexandre VI ordonne de transférer sa dépouille — que l’on peut encore vénérer à Viterbe — dans un sanctuaire : ce sera l’origine de la première procession !

Depuis, chaque 3 septembre depuis près de 800 ans, les rues de la ville sont noires de monde pour commémorer l’événement. La statue elle-même est changée tous les 5 ans, elle nécessite de longues délibérations du conseil municipal, lequel se prononce sur les projets les plus extraordinaires de ce « clocher qui chemine ».

L’enjeu en vaut la chandelle : inscrite au patrimoine de l’Unesco, la procession attire et draine toutes les générations des environs, au sein des fanfares en costumes médiévales qui précèdent la procession. Et chaque année, le « miracle » se reproduit : l’émotion, les pleurs, les exclamations : « quelle merveille ! »

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