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Les dragons de Saint-Pol-Aurélien

© Lucie Gadebois
Jardin G.Delaselle
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A Saint-Pol-de-Léon et dans ses environs, c’est entre les dragons et les palmiers que l’on se promène depuis des siècles...

Les saints bretons ont des capacités étonnantes ! Ne réussissaient-ils pas à faire flotter des auges de pierre ? Alors, pourquoi s’étonner que saint Pol-Aurélien ait dompté le dragon avec la seule aide de son étole ? Pol-Aurélien, né à Cardiff au Pays de Galles à la fin du Vè siècle, voulait installer un monastère sur l’Île de Batz. Mais il fallait d’abord qu’il débarrasse l’île d’un terrible dragon. Pour cela, il lui passa tout simplement son étole autour du cou ! Miraculeusement rendu docile une fois tenu en laisse, le dragon suit saint Pol jusqu’à la pointe nord-ouest de l’Ile et se suicide sur son ordre, en se précipitant dans les flots ! Saint Pol-Aurélien fonda ensuite l’évêché du Léon sur le continent, face à son île. Dans sa cathédrale, les combats des hommes entre le bien et le mal se lisent dans les moindres détails.

Les anges boxeurs de la cathédrale de Saint-Pol de Léon

A la fin du XIIIè, lorsqu’on a reconstruit la cathédrale de Saint-Pol de Léon, on est allés chercher la pierre calcaire blanche jusqu’en Normandie, ainsi sans doute que les bâtisseurs, car les ressemblances avec la cathédrale de Coutances sont manifestes, en particulier sur la façade Ouest avec ces deux grandes tours et ses trois baies… On y devine aussi des parentés avec les églises du Devon ou de Cornouaille anglaise. Mais pour finir le chœur au XVè, c’est du granit breton qu’on a employé. Dans la seconde moitié du XVIè siècle, un incendie provoqué par un raid anglais a entrainé la modification de l’aile sud. Peut-être est-ce en souvenir de ces combats qu’un chapiteau Renaissance est orné d’anges… faisant un combat de boxe !

© Marie Le Goaziou

Une véritable caverne aux dragons

Mais la cathédrale est surtout habitée par de très nombreux dragons ! On en trouve dans les vitraux, les sculptures, sous les porches, au pied des gisants… Rien que sur les stalles du chœur il y en a plus d’une quarantaine qui se cachent sur les miséricordes ou les accoudoirs… Est-ce que le son de la très belle cloche celtique carolingienne conservée près de la chasse de saint Pol-Aurélien, suffisait à effrayer toutes ces représentations du mal ? L’été, les visites guidées se transforment parfois en chasse aux dragons… Les guides confient aux enfants des jumelles, une lampe torche… et on part ensemble débusquer les bêtes maléfiques jusque dans leurs derniers retranchements ! On en profite pour admirer l’ensemble des stalles des chanoines, composées de soixante six places en deux fois deux rangs, en chêne massif, sculptées très finement. Elles encadrent l’autel qui est décoré par un étonnant palmier de bois rococo en forme de crosse. C’est l’un des rares ciboriums encore en place dans une église. Il faisait autrefois office de tabernacle, et le ciboire abrité dans la fleur du palmier était descendu vers l’officiant à l’aide d’une cordelette.

© Marie Le Goaziou

Sur les traces de saint Pol à l’Île de Batz

Pour s’assurer que le dragon ait définitivement quitté les lieux, il faut aller jusqu’à l’Île de Batz, située à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau. Petit fragment de la « ceinture dorée », cette région maraîchère du Finistère nord, Batz est un immense potager ancré au large de Roscoff. Trois kilomètres de long, 300 hectares pour 500 habitants… on ne peut guère s’y perdre, mais c’est pourtant tout un monde. Batz la discrète, échappe encore à la frénésie touristique. Ici, la saison, c’est celle de l’artichaut, des tomates et de la pomme de terre. Dans l’église, on peut y admirer une étoffe censée être la fameuse étole. En fait, celle-ci date du VIIIè siècle et a du être rapportée d’Orient par un voyageur. Mais elle faisait probablement parti d’un tissu ayant recueilli les reliques du saint. Cette étoffe a toujours été considérée comme un élément historique exceptionnel car elle a été classée en 1898 !

© OTL
Île de Batz

Le paradis perdu de l’Île de Batz

Il faut ensuite aller à la pointe nord-ouest de l’île, à l’endroit qu’on appelle « Toull ar Zarpent ». Parfois, lorsque l’on prête l’oreille, on peut entendre la mer faire un bruit peu ordinaire, comme si le dragon criait toujours sa colère. Les jours de tempête, c’est le lieu le plus spectaculaire de l’île, quand la houle vient s’y briser. Au sud-est, à l’opposé du lieu du naufrage du dragon, un parisien, Georges Delaselle, transforma ce coin de l’île en oasis foisonnante. Comme si le combat contre le mal de Saint Pol Aurélien avait permis à cet amoureux de l’Île de Batz d’y faire éclore un petit paradis… Pourtant l’île se situe sur le 48ème parallèle nord, à la même latitude que Terre-Neuve et Vancouver à l’ouest et Kiev et Vladivostok à l’est, des régions aux climats bien différents ! Mais le Gulf Stream, ce courant chaud qui baigne les côtes de la Bretagne en y poussant les eaux chaudes tropicales, se transforme en ami invisible. Grâce à lui, la douceur des saisons et l’humidité de l’atmosphère ont permis d’acclimater plus de 2500 espèces originaires des cinq continents. Mais si le réchauffement climatique éloignait le Gulf Stream de nos côtes, qu’adviendrait-il de ce petit paradis échoué à l’extrême ouest de l’Europe ? Profitons en vite en allant s’y promener !

© Lucie Gadebois
Jardin G.Delaselle

Informations pratiques :

Saint Pol de Léon

Office de tourisme

3 Place de l’Évêché, 29250 Saint-Pol-de-Léon

Tel : 02 98 69 05 69, www.roscoff-tourisme.com

Cathédrale Saint Pol-Aurélien

Place de l’Évêché,

29250 Saint-Pol-de-Léon

02 98 69 05 69

www.paroisse-saintpoldeleon.fr

Se loger

Chez Janie, 5 rue Gambetta, 29680 Roscoff, Tél. 02 98 61 24 25, www.chezjanie.fr

Sur le vieux port, face à la mer, un petit hôtel de charme idéal pour aller prendre le bateau pour l’Île de Batz.

Ile de Batz

L’île est accessible en 15 mn de traversée à partir de Roscoff. Liaison régulière assurée par 3 compagnies de vedettes (toutes les 30 mn, de 8h à 20h en juillet-août).

Office de tourisme

02.98.61.75.70 / www.iledebatz.com

Jardin Georges-Delaselle, 29253 Île-de-Batz,

tél. 02 98 61 75 65 / www.jardin-georgesdelaselle.fr

Se loger

Hôtel « Les Herbes folles », le débarcadère, 02 98 61 78 28 / www.hotel-iledebatz.com

Il n’y a qu’à sortir du bateau pour y poser ses valises. Dix belles chambres et un salon panoramique formidable, perché sur le toit terrasse du restaurant. Depuis cette vigie, on profite du panorama par tous les temps

 Se restaurer

Crêperie Ty Yann, Bourg – 29253 ile de Batz, 02 98 61 79 31, www.creperie.ile.de.batz.fr

Des crêpes bien sûr mais aussi un plat de poisson ou de pétoncles selon la pêche du jour, accompagné de pommes de terre de l’île.

Tags:
bretagne
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