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L’incroyable courage des prêtres jésuites pendant la grande famine du Liban

Famine
JOSEPH EID / AFP
Collection privée de la famille d'Ibrahim Noum Kanaan.
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Le père Lucien Cattin, jésuite, assiste à la grande famine au Liban des années 1915-1918. De cette période, il livre un témoignage aussi rare que précieux.

Le Suisse Philippe Bouille a découvert la vie de son arrière grand-oncle le père Lucien Cattin grâce à une publication de l’université Saint-Joseph au Liban : Le peuple libanais dans la tourmente de la Grande guerre 1914-1918, de Christian Taoutel et Pierre Wittouck. Il y a une centaine d’années, une terrible famine sévissait dans l’actuel Liban. De 1915 à 1918, elle tue de 120 000 à 200 000 personnes, soit un tiers de la population.

En 1915, une invasion de sauterelles ravage les récoltes. Puis la guerre aggrave les choses : les Alliés réalisent un blocus maritime qui empêche les denrées de venir d’Égypte, craignant qu’elles ne tombent aux mains des Ottomans, alliés des Allemands. Mais l’élément qui transforme la crise en catastrophe est la décision de Jamal Pacha dit « le boucher », le gouverneur ottoman, d’empêcher le blé de parvenir au Mont-Liban. Dans le même temps, et dans d’autres régions de l’Empire ottoman, les Arméniens sont massacrés, et la famine organisée du Mont-Liban ressemble, sinon à un génocide, au moins à une mesure de répression destinée à étouffer toute volonté de révolte.

Les jésuites, seule source d’information

Les frères jésuites présents au Liban font l’objet de toute l’attention des autorités ottomanes, qui les voient comme des espions. Ils font passer des documents écrits, et quelques photographies – les seules que nous ayons sur cette période – en Occident, pour avertir de la situation des chrétiens. Pour raconter ces événements et alerter l’Occident, les pères risquent leur vie en écrivant des lettres sur des bouts de papiers minuscules ne dépassant souvent pas la paume de la main, pour être faciles à cacher en cas de fouille des bagages. Le père Lucien Cattin lui-même est arrêté par l’armée ottomane en raison de l’un de ses textes. Il passe par les prisons du régime et y est torturé.

Philippe Bouille petit neveu du père Lucien Cattin, découvre la situation dantesque dans laquelle vécu son aïeul grâce au travail de Christian Taoutel et Pierre Wittouck. Les aliments de base deviennent introuvables ou hors de prix. Une série d’épidémies de typhus et de choléra frappent la population. Au dispensaire tenu par les jésuites, les frères en sont réduits à enterrer les enfants deux par deux dans le même cercueil, devant le nombre effrayant de décès.

Ne supportant plus de voir le « cortège de squelettes », le père Lucien Cattin, ses ressources épuisées, prend la décision de vendre toutes les chaussures de cuir des frères pour nourrir les enfants affamés. Mais le prix de la vente est saisi par l’armée ottomane. L’aide aux affamés, à partir de l’Occident, ne parvient que progressivement et par des voies détournées. Le gouverneur de l’île d’Arward, Albert Trapu, notamment, sert d’intermédiaire pour faire parvenir aux frères maronites, de la part des donateurs francophones, un million de francs Suisse, en novembre 1916. Ces dons permettent de distribuer de la nourriture à partir des couvents, sauvant probablement des milliers de personnes de la famine. Quant au père Cattin, il survit à la guerre et à la détention. Il fonde par la suite la première école de médecine du Moyen-Orient, l’hôpital de l’Hôtel Dieu de France et l’Université jésuite.

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