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L’Homme est-il dépendant de Dieu ?

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Michel-Ange, la création d'Adam, chapelle Sixtine, Rome.
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Dans les textes traditionnels chrétiens, on lit souvent une chose que notre époque a très difficile à entendre : « L'individu ne peut se réaliser pleinement, ontologiquement, par ses propres forces. »

Cette assertion voudrait-elle dire que l’Homme est dépendant de Dieu ? Qu’est-ce que cela signifie ? Que Dieu prévaut sur l’Homme, qu’Il souhaite se faire obéir comme un caporal à ses soldats ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’inventions de religieux fanatiques toujours prêts à déconsidérer l’être humain, à lui enlever toute dignité et toute individualité au profit d’un Dieu dictatorial ?

Dieu n’est ni un caporal, ni un être capricieux rivalisant de puissance avec un homme qu’Il souhaite asservir. Cette vision toute jupitérienne, hérétique ou païenne est une vision archaïque qui fut, certes, parfois instrumentalisée comme outil de pouvoir mais qui n’a rien avoir avec le catholicisme.

Aujourd’hui, la société moderne nous habitue aux méthodes de développement personnel, aux selfs made-men, « soyez qui vous voulez être, tout est possible » ! Tout cela est très positif et fait partie d’un processus d’individuation des consciences et de la société instillé par l’Esprit. Chacun a un potentiel de créativité infini qu’il convient de libérer et de développer, car l’homme a été créé pour créer, inventer et entreprendre.  

Mais ces méthodes de développement personnel ne doivent pas se mettre au service d’un monde marchand cupide ou d’un désir égocentrique de posséder le monde.

Dieu seul est le but ultime du voyage que nous entreprenons dans la vie terrestre. Seul Dieu est source du bonheur en plénitude. Dieu qui ne désire qu’une seule chose : que nous soyons parfaitement équilibré, parfaitement nous-mêmes et parfaitement autonomes.

Autonomes ? C’est là tout le paradoxe rarement compris, toute la source de tant de malentendus et de mauvaises orientations philosophiques : notre autonomie dépend de notre lien à Dieu.

Paradoxe ultime d’une vie suspendue au-dessus de l’abîme par le fil d’or de la présence divine. Car Dieu ne veut pas de pantins asservis. Quel parent sain d’esprit voudrait que ses enfants restent pendus à son crochet ? Quel parent sain d’esprit voudrait d’un enfant incapable de prendre une décision seul, incapable de marcher seul, incapable d’avoir une opinion seul ? Quel parent sain d’esprit ne rêverait pas que son enfant soit parfaitement autonome et parfaitement libre ?

Alors à plus forte raison Dieu veut-Il toutes ces choses. Mais comme Il est Dieu et qu’Il voit les choses avec Son infinie grandeur, Dieu veut des êtres autonomes et libres au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Dieu veut que ses enfants soient des êtres déifiés, brillants comme des étoiles, éclatants comme des soleils et totalement autosuffisants.

Or tout être vivant (et le règne du vivant va bien plus loin que ce que l’on croit, en deçà du règne des hommes et au-delà du monde visible) est créé par Dieu et pour Dieu. Sans Dieu, notre action est bornée, limitée, nous sommes emprisonnés dans la cage des limitations, de l’entropie, des peurs, des habitudes et des coutumes traditionnelles.

La phrase de saint Paul « ce n’est plus moi qui vis, mais Dieu qui vit en moi » n’est pas la figuration d’un être téléguidé par Dieu comme dans un cas de possession ou comme dans la conception païenne du destin, mais d’une personne qui a accueilli en lui la Lumière personnifiée. Cette Lumière-Christ va briser les chaînes qui l’entravent, va faire éclater les carcans qui l’alourdissent, va dilater sa personne au-delà du concevable. Le Christ ne prend pas le contrôle des pensées, des paroles et des actions de son hôte mais les éclaire, les transfigure, leur donne valeur d’Éternité.

« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et tout le reste vous sera donné par-dessus. » (Mt 6, 33).

C’est dans l’union à Dieu que l’Homme se débarrasse de ses entraves intérieures et qu’il devient parfaitement libre pouvant, inspiré, donner et recevoir tout ce qu’il a besoin pour être pleinement lui-même, parfaitement autonome, irréductible à quiconque mais en relation d’amour parfait avec toute la Création.

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