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Cameroun : l’Église rejette catégoriquement la mort par suicide de Mgr Bala

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Nouvelles déclarations des évêques du Cameroun après le résultat officiel de l'autopsie du corps de l’évêque de Bafia faisant état d’une mort "par noyade, sans traces de violence".

Le président de la Conférence épiscopale du Cameroun, Mgr Samuel Kleda, a réaffirmé ce samedi 8 juillet la position de l’Église au Cameroun : Mgr Jean Marie Benoît Bala, évêque de Bafia, dont le corps a été retrouvé dans les eaux du fleuve Sanaga le 2 juin dernier, est mort « brutalement assassiné » et non de « noyade », hypothèse privilégiée par la justice camerounaise, en se référant au rapport des autopsies.

Les évêques ont toujours écarté l’hypothèse du suicide. L’archevêque de Douala s’exprimait devant les journalistes, en prélude aux travaux de l’association des conférences épiscopales de la région d’Afrique centrale, qui tient sa onzième assemblée plénière à Yaoundé, du 8 au 16 juillet. Soit quatre jours après la diffusion d’un communiqué du procureur de la République, Jean Fils Ntamack, indiquant qu’au terme de l’autopsie conduite sur le corps du prélat par deux médecins légistes venus de l’étranger, « aucune trace de violence n’a été constatée », et que « la noyade serait donc la cause la plus probable de la mort de l’évêque ». Ces conclusions, poursuit le communiqué, rejoindraient celles des médecins légistes locaux dans le cadre des autopsies effectuées précédemment. Le procureur termine par la promesse que « les investigations en vue de déterminer les circonstances exactes de ce drame se poursuivent » et que « les résultats de l’enquête ouverte pour « mort suspecte » seront rendus publics « le moment venu ».

Pourtant, selon les premiers éléments de l’enquête, rapportés à la mi-juin, l’évêque aurait été retrouvé avec un bras et une jambe cassés, et ses organes génitaux mutilés comme durant un acte de torture. Parmi d’autres indices venant appuyer la thèse de l’assassinat : le corps de l’évêque aurait été sorti de l’eau, avec des sandales portées à l’envers, et ses poumons ne contenaient « aucune goutte d’eau ». Un scénario que bat en brèche le rapport d’autopsie, mais que maintient donc avec vigueur l’épiscopat du pays.

« Un meurtre de plus, un de trop… »

La mort extrêmement floue de Mgr Bala, à une centaine de kilomètres de Yaoundé, a suscité beaucoup d’émotion et d’indignation dans tout le pays où, depuis 1983, la liste de religieux et prélats morts dans des circonstances « suspectes » ne cesse de s’allonger. L’assassinat le plus marquant fut celui de Mgr Engelbert Mveng, l’un des plus grands intellectuels camerounais qui avait « une indépendance d’esprit et des jugements sans concession », rappelle le site Mondafrique. Premier jésuite camerounais, il était avant tout historien, artiste et théologien. Il a été retrouvé étranglé dans son lit, le 21 avril 1995. Son assassinat n’a jamais été élucidé, comme celui, en 1988, du père Joseph Mbassi, directeur du célèbre quotidien catholique L’Effort camerounais, retrouvé assassiné et mutilé, connu pour ses enquêtes sur les trafiquants d’armes ; celui en 1991, de l’évêque émérite de Garoua, Mgr Yves Plumey ; et en 1992 de deux religieuses françaises, Germaine Marie Husband et Marie Léone Bordy, après avoir été violées.

« Voilà un meurtre de plus, et un de trop », avaient dénoncé les évêques camerounais le 14 juin dernier, à propos de la mort de l’évêque de Bafia, exigeant dans un communique que « toute la lumière soit faite sur les circonstances et les mobiles de l’assassinat de Mgr Bala ». Et ajoutant : « Nous avons l’impression que le clergé du Cameroun est particulièrement persécuté par des forces obscures et diaboliques ».

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