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« Le père Jacques Hamel était un prêtre des périphéries »

AP/FOTOLINK
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Le père Paul Vigouroux, postulateur de la cause en béatification du père Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet 2016, décrit un prêtre discret, vivant la pauvreté évangélique.

Aleteia : Le procès en béatification du père Jacques Hamel a été exceptionnellement dispensé des cinq ans d’attentes prévus après le décès. Pourquoi un tel privilège ?
Père Paul Vigouroux : C’est vrai qu’avec ce calendrier accéléré, ainsi que les propos du pape François qui le qualifie, informellement, de saint homme, on pourrait croire que mon « client » fait l’objet d’un favoritisme éhonté ! Mais la raison de cette dispense est plus pragmatique. Comme un grand nombre de témoins interrogés dans le cadre du procès sont très âgés, nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre.

De quoi avez-vous besoin pour que le père Hamel soit nommé martyr de la foi ?
Le martyr de la foi est assassiné au nom de la haine de la foi. Et son comportement, face à ses agresseurs doit être exemplaire. C’est pour cette raison que les témoignages des cinq personnes qui ont assisté au meurtre du prêtre sont aussi importants, et que la dispense du délai s’imposait. Ils sont tous très âgés. Ils ont vu que la père Hamel n’insultait pas ses bourreaux. Ses derniers mots ont été : « Arrière, Satan ! ».

Quel personnage était le père Hamel, d’après les témoignages que vous recueillez ?
Nous avons identifié soixante-neuf témoins en tout, dont les cinq qui ont assisté à sa mort. Il y a aussi des prêtres, des membres de sa famille, deux musulmans qui l’ont connu. Nous ne regardons pas seulement les derniers instants mais toute la vie, pour vérifier que la mort de cet homme s’inscrit dans une existence animée par l’Évangile. C’était un homme d’une grande simplicité. Pas un grand théologien, mais un prêtre fidèle, qui a traversé une période marquée par la désertification des paroisses. Il était discret, même timide, mais il aimait profondément ses prochains. Il vivait en prêtre des périphéries, pour reprendre l’expression du pape François. Les portes de son presbytère étaient toujours grandes ouvertes, et il s’était fait aimer de ses paroissiens de Saint-Étienne-du-Rouvray. Je crois qu’il serait très gêné par la médiatisation dont il fait l’objet !

Laisse-t-il des écrits sur lesquels vous appuyer ?
Il y avait son « édito » dans la feuille de chou paroissiale, qui démontre encore une fois sa simplicité. Il n’y faisait pas de grande théologie, mais cultivait les vertus évangéliques, ancrées dans la vie quotidienne. Ce qu’il écrivait, il le vivait profondément. Nous sommes aussi en train de saisir sur ordinateur ses homélies. Elles étaient soigneusement conservées, mais écrites à la main, sur du papier de récupération.

Êtes-vous optimiste ?
Je ne peux pas me permettre de l’être ! Il n’est pas question de béatifier par avance. C’est pourquoi, par exemple, Rome insiste pour qu’aucun culte ne soit rendu officiellement à une personne dont le procès de béatification est en cours. Il existe une procédure à respecter, durant laquelle il faut déployer tous les témoignages. Nous estimons qu’il nous faudra encore deux ans d’enquêtes pour auditionner nos témoins. Après cela, le procès pourra commencer à Rome.

Propos recueillis par Sylvain Dorient.

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