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Homélie : les dix erreurs à ne pas commettre

Pascal Deloche / Godong
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Du manque de préparation à l'excès de propos moralisateurs, voici dix conseils de prêtres à d'autres prêtres sur ce qu'il faut éviter pour réussir son homélie.

La prédication est un art difficile qui comporte des « risques », comme celui d’ennuyer l’assemblée ou de ne pas approfondir la foi des fidèles par manque de préparation, par absence de message central… Dans leur ouvrage E IO TI DICO : IMMAGINA ! L’arte difficile della predicazione (« Et moi je te dis : imagine ! L’art difficile de la prédication »), les jésuites Gaetano Piccolo, secrétaire pour l’apostolat intellectuel de la compagnie, et Nicolas Steeves, prêtre à l’église Saint-Ignace à Paris — tous deux professeurs à l’Université grégorienne — proposent une liste d’au moins dix erreurs à ne pas commettre pour ne pas risquer d’ennuyer les fidèles, ou pire, les éloigner des messes dominicales.

L’objectif de la prédication, rappellent les auteurs en préambule, est « de ne pas prêcher pour soi mais pour sauver ceux qui écoutent ». Chaque prédicateur a ses points forts et ses points faibles, ou un thème sur lequel il aime bien revenir ponctuellement, directement ou indirectement, dans toutes ses homélies. Il ne s’agit pas de devenir des super héros de la prédication, mais d’identifier plutôt les faiblesses récurrentes qui peuvent constituer un problème et doivent être absolument évitées.

1. Le manque de préparation

En amont, indépendamment du type de formation reçue au séminaire, l’erreur classique est le manque de préparation des homélies. Il y a mille bonnes raisons ou mauvaises excuses pour ne pas préparer une homélie : réunions, conférences, problèmes personnels, surcharge de travail. Mais ces raisons portent inévitablement à une grande superficialité qui finit par lasser ceux qui écoutent.

2. L’absence de message central

Ce manque de préparation entraîne souvent une absence de message central, un grand problème qui, hélas, peut survenir également quand l’homélie a été préparée. Un des problèmes les plus fréquents rencontrés chez le prédicateur est de ne pas prendre le temps de s’asseoir tranquillement, avant de prêcher, et de se demander : « En quelques mots, quel message vais-je transmettre aux fidèles dimanche prochain ? ». Si le prédicateur n’a pas une idée précise en tête, soyez sûr que les fidèles, eux-mêmes, après l’homélie, ne sauront pas non plus de quoi il a voulu parler.

3. La longueur excessive

Autre défaut bien connu des homélies non préparées – un peu moins dans les homélies préparées mais quand même – c’est leur longueur qui peut être « exagérée ». Pendant leur noviciat, on enseigne aux jésuites : « Pas plus de dix minutes le dimanche et cinq minutes en semaine ». Ailleurs on dit : « Les cinq premières minutes, on remue les cœurs, le reste du temps, ce sont les derrières qui s’agitent ». Encore plus légèrement on dit – sans vouloir passer pour des machos : « L’homélie doit être comme une mini-jupe : assez longue pour couvrir l’essentiel, et assez courte pour susciter de l’intérêt ».

4. Le spectacle de divertissement

Le pape François rappelle dans Evangelii Gaudium, que l’homélie « ne peut être un spectacle de divertissement ; ne répond pas à la logique des moyens médiatiques, mais doit donner ferveur et sens à la célébration » (EG 138). Bien entendu, sont à éviter les vulgarités, la banalité ou un goût excessif pour le spectacle. Rares sont les prédicateurs qui arrivent à utiliser un objet (une lanterne, un drapeau…) tout en prêchant, sans distraire les fidèles de la rencontre qu’ils doivent vivre avec le Christ.

5. Attirer l’attention sur soi

En réalité, l’homélie devrait « être une intense et heureuse expérience de l’Esprit, une rencontre réconfortante avec la Parole, une source constante de renouveau et de croissance » (EG 135). Car c’est vraiment « le moment le plus élevé du dialogue entre Dieu et son peuple, avant la communion sacramentelle » (EG 137). Donc, si le prédicateur « tire à lui la couverture », autrement dit attire sur lui toute l’attention des auditeurs au lieu d’amener ces derniers à dialoguer avec le Seigneur, il aura beau trouver que ce qu’il a à dire est le plus intéressant du monde, son homélie ne sera jamais une homélie, car elle aura perdu de vue l’objectif de ce qu’elle est censée communiquer.

6. Le discours moralisateur

L’homélie doit solliciter chez les fidèles une réponse concrète à partir d’un aspect du mystère de la vie divine ou de la création à contempler. Elle peut souvent, disons même qu’elle doit, prévoir une partie éthique et exhortante dans laquelle on sent un appel à faire le bien, après une première partie consacrée à faire voir « le beau » et faire comprendre « le vrai ». Mais la prédication ne peut être du début jusqu’à la fin une liste de choses à faire ou à ne pas faire.

L’homélie n’est pas le bon moment pour donner une leçon de morale. Certaines prédications moralisatrices vont « plus à droite » (morale sexuelle, rappel à l’ordre…), certaines plus « à gauche » (économie, écologie, justice sociale…) : le problème n’est pas tant le contenu en soi que le déséquilibre entre la contemplation et l’action. Même si l’homélie vise à susciter aussi de meilleurs comportements chez le chrétien, elle ne saurait être un simple plaidoyer socio-politique moralisateur.

7.  Le spiritualisme

Il ne s’agit pas ici de parler de sorcellerie mais du défaut contraire par rapport à celui que l’on vient d’évoquer, à savoir le moralisme. Et de quoi s’agit-il ? D’homélies qui, au lieu d’avoir des racines concrètes dans la vie quotidienne des fidèles ou de leur société, volent au-dessus des nuages, spéculant sur des aspects pseudo-mystiques qui n’ont aucune incidence réelle.

8. L’intellectualisme

L’intellectualisme est un défaut proche du spiritualisme, mais plus culturel, et très répandu. À cause de la formation rigoureuse et intellectuelle reçue au séminaire, où textes, thèses et présentations sont les seuls modes d’expression demandés, il arrive de penser, à tort, que celles-ci sont le bon moyen pour communiquer avec les fidèles au cours d’une homélie. On pense alors faire de l’homélie une exégèse historique et critique ou narrative, comme une leçon de théologie dogmatique ou fondamentale.

9. La catéchèse

Un défaut proche de l’intellectualisme est celui de faire une catéchèse. Cette tentation est très subtile, due à une tradition, surtout primitive, dans l’Église : instruire les fidèles, durant l’homélie, sur les mystères chrétiens. C’est le cas, notamment, des homélies catéchétiques ou mystagogiques des premiers siècles. Ces catéchèses (celles de Cyrille de Jérusalem ou d’Ambroise) furent redécouvertes durant la période patristique, vers les années 50, louant à juste titre leur patience pédagogique.

Nombreux sont les diocèses à avoir désormais développé un programme de catéchèses mystagogiques pour les catéchumènes adultes. Le problème qui nous intéresse ici c’est que l’homélie durant l’Eucharistie n’est pas le bon moment pour faire une catéchèse.

10. La paraphrase

À mi-chemin entre les erreurs formelles et matérielles, on trouve la paraphrase. Par manque d’imagination ou de préparation, certains prédicateurs pensent que pour prêcher il suffit de répéter avec leurs propres mots les textes de la liturgie qui vient d’être lue. Cette pratique, hélas, s’avère ennuyeuse, car elle n’est que la simple répétition d’un exercice de lecture, sans chercher à mettre en évidence le message central.

La paraphrase a pour effet de sous-estimer l’impact de la parole sur la vie des personnes. Justement parce que la Parole de Dieu n’est pas toujours claire, celle-ci ne doit pas être simplement répétée, mais expliquée. Il vaut mieux laisser l’exercice de la paraphrase aux jeunes élèves des cours moyens…

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié.

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