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Du goulag à l’empoisonnement : Mgr Matulionis va être béatifié

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Mgr Teofilius Matulionis
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L'archevêque lituanien, Teofilius Matulionis (1873-1962), a continuellement défié le pouvoir communiste, au prix de longs séjours au goulag puis d’une piqûre létale. Il sera béatifié le 25 juin.

Le 16 décembre 2016, le pape François a déclaré le lituanien Mgr Teofilius Matulionis « martyr de la foi », ouvrant ainsi la voie à sa béatification. L’archevêque avait été empoisonné en 1962 par la police secrète soviétique, à l’âge de 89 ans. Il sera le premier martyr de l’ère communiste à être béatifié.

Cette fin brutale est la conclusion d’une vie ponctuée de persécutions. Dès 1909, neuf ans après son ordination, il est condamné pour avoir baptisé un enfant dont un parent était orthodoxe et l’autre catholique. Il est alors reclus dans un couvent dominicain, à la demande du gouvernement tsariste. À cette époque, les pays baltes — à majorité catholique — appartiennent à l’Empire russe et l’Église catholique, considérée comme un facteur de sédition, était placée sous étroite surveillance.

De prisons en prisons

La situation s’aggrave considérablement avec la révolution bolchevique de 1917. Le père Matulionis assiste aux violentes persécutions menées contre l’Église, et en 1923, il est emprisonné deux ans à Moscou pour avoir refusé l’appropriation par l’État de biens et de bâtiments appartenant à l’Église. En 1929, il est secrètement ordonné évêque, à Saint-Pétersbourg. À nouveau arrêté, il est envoyé au goulag, sur les Îles Solovki, en Carélie russe. Il y expérimente des conditions de détentions très dures : confinement, travaux forcés et malnutrition. Condamné sans procès pour dix ans, il est finalement — mais provisoirement — relâché après quatre années de détention.

Pie XI le salue comme un martyr

Libéré, il rend visite au pape Pie XI, qui refuse qu’il s’incline devant lui. Le Pape lui dit : « Vous êtes un martyr, c’est à moi de m’incliner devant vous ! » Nommé évêque de Kaišiadorys, en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, il dénonce tour à tour les persécutions des nazis et des communistes. Ses propos lui valent un nouveau séjour en prison en 1946.

Nullement intimidé par la prison

Même lorsqu’il n’est pas derrière les barreaux, l’archevêque est constamment surveillé par la police soviétique, qui écoute sa ligne téléphonique et ouvre son courrier. Mais pour l’archevêque, les emprisonnements répétés et la surveillance font partie du quotidien. À l’âge de 84 ans, de nouvelles rumeurs d’arrestation lui parviennent. Avec flegme, il déclare alors : « Si lors d’une promenade, quelqu’un sautait soudainement devant moi en criant “bouh !”, j’aurais peur… Mais je ne crains pas du tout l’idée d’une arrestation et d’un nouvel emprisonnement ». À l’âge de 89 ans, il subit une perquisition musclée, durant laquelle la police politique lui injecte un poison présenté comme un sédatif. Il meurt trois jours après, le 20 août 1962. Lors de l’un de ses séjours en prison, il avait écrit : « Pensez combien est bon et miséricordieux notre Seigneur. Il trouve son troupeau dans les bois, dans la toundra, à minuit… Je le remercie de tout mon cœur ! La Providence nous mènera, nous les frères prêtres, là où vont les croyants. Les pasteurs suivent leur troupeau ». 

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