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Les origines mystérieuses de l’hymne Ave Maris Stella

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« Salut, étoile de la mer », un chant grégorien à la Vierge Marie dont l’auteur ne sera jamais identifié et pourtant repris des dizaines de fois en plus de mille ans.

Hymne* séculaire, l’Ave Maris Stella « Salut, Étoile de la mer », est l’un des chants les plus beaux et les plus harmonieux du répertoire liturgique grégorien.

L’origine de la prière est incertaine. Certains l’attribuent à Venance Fortunat (530-609) ou à Paul Diacre (VIIIe siècle). Le premier fut évêque de Poitiers et poète chrétien renommé, auteur de l’hymne eucharistique Pange lingua, « l’office du Saint-Sacrement ». Le second fut historien et poète, conseiller à la cour des rois lombards, loué par Charlemagne pour sa science, ermite au Mont-Cassin où il vécut selon la règle de saint Benoît. On lui doit rien de moins que la mesure de l’octave et la clé d’Ut** !

Figurant dans le manuscrit intitulé De fide ad Gratianum contra perfidiam Arianorum, conservé à l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse (Ms 95, f° 2) et daté du IXe siècle, l’hymne lui est donc antérieure. Les hypothèses qui l’attribuent au roi de France Robert II le Pieux ou à saint Bernard de Clairveaux, doivent donc être écartées aussi : ils vécurent respectivement au XIe siècle et au XIIe siècle. En dépit d’une si prestigieuse paternité putative, l’œuvre doit être considérée comme orpheline.

L’hymne est toujours chantée de nos jours. Le poème figure dans l’Office divin (ou liturgie des heures, priée sept fois par jour, qui sanctifie le jour et la nuit) et dans le petit office de la Sainte Vierge (propre à certaines communautés religieuses, aujourd’hui remplacé chez les fidèles par la prière quotidienne du chapelet). On le retrouve également aux vêpres lors des fêtes de la Vierge Marie.

Elle est composée comme un poème en vers sans rime, de sept quatrains. La salutation évoque immanquablement celle de l’Archange Gabriel : Ave Maria gratia plena, « Je vous salue Maire, pleine de grâce ». Suivent plusieurs demandes exprimées par une âme pénitente à la Vierge Marie. Le chant s’achève par une doxologie : une louange à la gloire de la Sainte Trinité.

Ave, maris stella,
Dei Mater alma.
Atque semper Virgo,
felix caeli porta…

Salut, étoile sur les flots,
Mère aimante de Dieu
Et toujours vierge,
Bienheureuse porte du ciel.

Recevant cet Ave
De la bouche de Gabriel
Affermissez-nous dans la paix,
Par ce changement du nom d’Eve.

Des pécheurs brisez les liens
Aux aveugles accordez la lumière,
Délivrez-nous de nos misères,
Obtenez pour nous les vrais biens !

Montrez-vous notre Mère :
Qu’Il reçoive de vous nos prières
Celui qui est né pour nous,
En acceptant d’être votre fils.

Ô Vierge sans pareille
Douce entre toutes,
Obtenez le pardon de nos fautes
Rendez nos cœurs humbles et purs.

Accordez-nous une vie innocente,
Rendez sûre notre route,
Afin que, contemplant Jésus,
Nous partagions sans fin votre joie.

Louange à Dieu le Père,
Gloire au Christ souverain
Ainsi qu’au Saint-Esprit ;
Aux Trois un seul honneur sans fin.

Marie, première étoile au firmament

L’origine de l’appellation « Étoile de la Mer », pour désigner la Vierge Marie, est inconnue. Peut-être vient-elle de la Bible, du premier livre des Rois (18, 41-45), lorsque le prophète Élie dit à son serviteur : « Monte, regarde du côté de la mer ». Le Salut est promis de cette nuée qui s’annonce à l’horizon et que le serviteur discerne avec difficulté. Préfiguration du Christ rédempteur de tous les hommes qui viendra dans le monde par la Bienheureuse Vierge Marie ? Difficile de l’affirmer. Toutefois, nombre de saints, de papes et de docteurs de l’Église — dont saint Bernard de Clairveaux — encourageront la prière à la Vierge sous ce beau vocable par la suite.

« Par une hymne datée du VIIe au IXe siècle, donc depuis plus de mille ans, l’Église salue Marie, Mère de Dieu, comme “étoile de la mer” : Ave Maris Stella. La vie humaine est un chemin. Vers quelle fin ? Comment en trouvons-nous la route ? La vie est comme un voyage sur la mer de l’histoire, souvent obscur et dans l’orage, un voyage dans lequel nous scrutons les astres qui nous indiquent la route.
Les vraies étoiles de notre vie sont les personnes qui ont su vivre dans la droiture. Elles sont des lumières d’espérance.
Certes, Jésus Christ est la lumière par antonomase***, le soleil qui se lève sur toutes les ténèbres de l’histoire. Mais pour arriver jusqu’à Lui nous avons besoin aussi de lumières proches — de personnes qui donnent une lumière en la tirant de sa lumière et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée.
Et quelle personne pourrait plus que Marie être pour nous l’étoile de l’espérance? » Benoît XVI, encyclique Spe Salvi, § 49.

Peut-être l’auteur du poème pensait-il à cet astre que nous appelons improprement « l’étoile du Berger » : la planète Vénus. Première visible dans la pénombre du soleil couchant qu’elle reflète avec tant d’intensité ; et dernière à briller au firmament lorsque l’astre du Jour se lève. Marie, conçue sans péché et « rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils » (Lumen Gentium 53), brillait de la lumière du Christ dès avant la naissance du Sauveur. Au soir du Vendredi saint, Marie demeura seule au pied de la Croix, fidèle et confiante dans la promesse de son Seigneur, dernière étincelle de foi dans l’obscurité du monde…

Une hymne aux multiples reprises

L’air de l’hymne Ave Maris Stella fut remanié et servit de motif à une célèbre complainte du XVIe siècle : Le roi Renaud. Son origine se perd dans les limbes des légendes scandinaves, mâtinées de récit méridionaux français du XIIIe siècle. Cette chanson qui narre le retour du comte Renaud (le comte Redor) est au « romancéro populaire », c’est à dire aux chants, fabliaux et poèmes français de son temps, ce que la Chanson de Roland fut à la noble épopée médiévale.

Découvrez cette chanson émouvante interprétée par Yves Montand dans les années 1950 :

De nombreux compositeurs ont livré leur propre interprétation de ce chant chrétien, parmi lesquels Josquin des Prés, Claudio Monteverdi, Antonio Vivaldi, Jean-Sébastien Bach, Franz Liszt, Antonín Dvořák, Edvard Grieg et de nombreux contemporains.

Les Vêpres de Monteverdi (dont l’air Ave Maris Stella) interprétées par l’ensemble vocal Eindhoven entouré par un orchestre d’instruments baroques, enregistrées à la cathédrale Sainte-Catherine d’Eindhoven aux Pays -Bas :

Ave Maris Stella, d’Edvard Grieg (1843-1907) interprété par les Latvian Voices de Riga (Lituanie) lors du Grand Prix européen de l’Association pour le chant choral en 2012 :

Une version modifiée de cette prière est devenue l’hymne national de l’Acadie en 1884, une province maritime orientale francophone du Canada incluant notamment l’île du Cap-Breton ou Terre-Neuve.

Écoutez l’hymne acadien adapté en français en 1994 :

Acadie ma patrie
À ton nom je me lie
Ma vie, ma foi sont à toi
Tu me protégeras (Bis)

Acadie ma patrie
Ma terre et mon défi
De près, de loin tu me tiens
Mon cœur est acadien (Bis)

Acadie ma patrie
Ton histoire je la vis
La fierté je te la dois
En l’Avenir je crois (Bis)

Ave Maris Stella
Dei Mater Alma
Atque Semper Virgo
Felix Coeli Porta (Bis)

Prince des poètes du Parnasse à Paris, José-Maria de Hérédia (1842-1905), se laissera inspirer à la fois par l’Acadie et par « l’Étoile sur les flots ». Il composera ces vers magnifiques dédiés à la Madone des marins terre-neuvas en 1893 :

Maris stella

Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
Vêtus de laine rude ou de mince percale,
Les femmes, à genoux sur le roc de la cale,
Regardent l’Océan blanchir l’île de Batz.

Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas,
Avec ceux de Paimpol, d’Audierne et de Cancale,
Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas !

Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes
Le chant plaintif s’élève, invoquant à voix hautes
L’Étoile sainte, espoir des marins en péril ;

Et l’Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hale,
Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril
S’envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.

(in Les Trophées, un recueil au sommet du mouvement parnassien)

 


* Hymne est masculin lorsqu’il désigne un chant composé en l’honneur d’un dieu ou d’un héros (mythologique par exemple), et féminin lorsqu’il s’agit d’un poème à la gloire de Dieu ou d’une œuvre liturgique.

** Ut est l’ancien nom de la note do. Guido d’Arezzo ou Guy le moine, inventeur de la notation de la musique sur portée, choisit l’hymne dédiée à Saint Jean-Baptiste du poète Paul Diacre au Xe siècle, pour la dénomination des notes :
Ut queant laxis resonare fibris.
Mira gestorum famuli tuorum.
Solue polluti labili reatum.
Sancti Iohannes.

*** Figure de style qui consiste à remplacer un nom propre par un nom commun et inversement : ici, « Christ » et « lumière ».

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