Aleteia

Les chérubins, porte-paroles de Dieu

© Luisa Ricciarini/Leemage
Peinture de l'école de Bernardino di Betto dit il Pinturicchio (1454-1513). Huile sur bois. Sant' Agostino, Chapelle de San Pietro.
Partager
Commenter

Il faut cesser de voir les chérubins, et les anges en général, comme des êtres mièvres et doucereux. Certes, ils incarnent la volonté et l'amour de Dieu, mais il s'agit là d'énergies terribles.

Les chérubins, la deuxième classe d’ange selon le Pseudo-Denys, ont vu associer à leur nom des petits putti replets ornant les tableaux du Trecento ou les fresques murales de la Florence renaissante. Étonnante manière de représenter la deuxième hiérarchie d’anges connue ! Car les chérubins sont en réalité les terribles kerubim connus des Assyriens qui les représentaient comme des gigantesques taureaux ailés au visage humain et possédant parfois des griffes de lion.

Les kerubim sont loin d’être commodes, c’est eux qui gardent l’Arbre de Vie et nous empêchent de retourner dans le jardin d’Éden :

« Après avoir chassé l’homme, il posta, à l’est du jardin d’Éden, les kerubim à l’épée flamboyante qui tournoie, pour garder le chemin de l’arbre de la vie. » (Gn 3, 24)

On est loin des putti ! Il faut cesser de voir en eux, et dans les anges en général, des êtres mièvres et doucereux. Certes, ils incarnent la volonté et l’amour de Dieu, mais il s’agit là d’énergies terribles.

Les chérubins sont les êtres qui répercutent la Parole de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même. Ce sont eux qui, parfois, transmettent les instructions à Moïse :

« Lorsque Moïse entrait dans la tente d’assignation pour parler avec l’Éternel, il entendait la voix qui lui parlait du haut du propitiatoire placé sur l’arche du témoignage, entre les deux chérubins. Et il parlait avec l’Éternel. » (Nb 7, 89)

Les chérubins sont les porte-parole de Dieu dont les mots organisent le réel. Leur action maintient le monde, c’est ce que le grand roi Salomon a voulu figurer en construisant son grand temple soutenu par deux d’entre eux.

Gardiens du jardin d’Éden, protecteurs de l’Arche d’Alliance, les chérubins sont les sentinelles des lieux saints. C’est avec la même férocité sans doute qu’ils gardent le saint des saints à l’intérieur de notre être : le cœur.

Ce cœur qui est un véritable enjeu cosmique entre les forces du Bien et les forces d’entropie.

Ce cœur dont il nous faut regagner l’accès profond en nous purifiant et en nous ouvrant à la grâce.

Ce cœur qui, loin de la vision édulcorée, n’est pas le siège des bons sentiments, mais plutôt un lieu de puissance, l’Arche d’Alliance de chacun : lieu soutenu par les chérubins et où Dieu parle.

Gardiens du jardin d’Éden, de l’Arche et du cœur ? Y a-t-il nécessité de troupes angéliques pour garder ces lieux ? Serait-ce que les forces du mal leur font le siège ? Serait-ce qu’une marée de ténèbres opaques menace d’engloutir la Lumière ?

Si Dieu plaça les chérubins devant l’entrée du jardin, ce n’est pas pour nous punir de manière un peu mesquine, mais pour nous empêcher d’avoir accès à l’Arbre de Vie qui nous donnerait l’immortalité. Or, toute l’action de Dieu est motivée par son amour pour l’homme puisque, dans l’état de chute qui était le nôtre après l’affaire du fruit, l’immortalité aurait signifié la fixation éternelle dans un état de manque et de mort. Cette mort qui emplit l’univers et s’étendit jusqu’aux confins.

Les chérubins ont-ils été placés pour protéger la place des légions infernales qui en font le siège ?

Les anciens Germains voyaient-ils juste lorsqu’intuitivement, ils se représentaient les forces du chaos et du givre partir à l’assaut des jardins divins d’Asgard, le Royaume des Cieux ? Seul le protecteur de l’humanité, Heimdall gardait alors Bifrost, le pont arc-en-ciel, tel un fier chérubin devant l’Éden.

L’Éden ne fut-il pas autrefois infiltré par l’Ennemi qui réussit à nous tromper ?

Peut-être. Il faut tout de même se garder d’une interprétation trop gnostique : la Lumière incréée de Dieu ne sera jamais atteinte par les ténèbres qui ne sont que l’absence de sa manifestation. La corruption des ténèbres ne peut agir que jusqu’à un certain niveau de réalité.

Or, dans le cœur de l’homme coexistent tous les niveaux d’existence. L’homme est un univers, mais un univers multidimensionnel. En lui se trouvent les portes de l’Éden et c’est en lui qu’il doit retrouver le Jardin paradisiaque. Non pas uniquement par ses efforts personnels, non pas après la mort, mais dès à présent en acceptant l’amour salvateur de Dieu présent dans les sacrements, mais aussi dans chaque instant. Car chaque seconde peut être vécue comme l’Eucharistie où se cache la Sainte-Présence.

Quels qu’aient été nos erreurs, nos errements et nos dispositions d’esprit, le Paradis a été gardé sauf en chacun de nous.

À nous de nous purifier par l’exercice des vertus, la discipline intérieure et la prière qui nous ouvre à la grâce et à l’œuvre de Dieu. À nous de réintégrer le cœur de notre cœur, le jardin inaltérable, là où repose l’Arche, symbole de l’Alliance éternelle avec Dieu. Là, dans le murmure d’un vent d’été, chuchote la voix de Dieu. Là, dans la couleur éclatante d’une joie ineffable nous pouvons réintégrer notre dignité première : celle de fils de Dieu.

Tags:
ange
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]