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John F. Kennedy, un « papiste à la Maison Blanche »

JOHN F. KENNEDY
STF / AFP
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Le premier président des États-Unis aurait fêté son 100e anniversaire ce 29 mai. Il fallut au jeune sénateur une volonté de fer pour vaincre les préjugés qui lui valait son appartenance à la communauté catholique.

Élu en 1960, John Fitzgerald Kennedy ne passa que deux ans, dix mois et quelques jours à la tête des États-Unis, avant de mourir assassiné à Dallas à seulement 46 ans. Mais celui qui fêterait son centenaire ce 29 mai reste l’un des dirigeants les plus marquants et les plus célèbres dans la longue histoire des présidents des États-Unis. Son héritage est aujourd’hui perpétué dans des domaines aussi divers que la conquête spatiale, la Peace Corps [le corps de la Paix, une agence indépendant américaine qui vise à favoriser la paix dans le monde], les droits civils ou le monde des arts.

Connu pour l’invasion manquée de la Baie de cochons et l’aboutissement plus concluant de la crise des missiles de Cuba, l’apôtre de la conquête spatiale (la « nouvelle frontière »), le fondateur du Peace Corps ou le défenseur des droits civils fut également le premier catholique à accéder à la Maison Blanche. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, en 1960, de nombreux Américains appréhendaient véritablement qu’un catholique puisse devenir leur président.

Membre du Parti démocrate, Kennedy avait représenté le Massachusetts pendant six ans à la Chambre des représentants et avait passé huit ans au Sénat quand il décida de se lancer dans la course à la présidence. Il était bel homme, jeune, et avait la réputation d’être ouvert, énergique et proche du peuple. Mais il lui fallait surmonter un préjugé bien ancré dans l’inconscient collectif selon lequel aucun « papiste » ne pourrait entrer à la Maison Blanche. Un autre démocrate du nord-est, Al Smith, s’y était déjà essayé et s’était cassé les dents.

« À l’époque il régnait un anti-catholicisme ambiant, qui s’exprimait de deux façons : un fondamentalisme d’un autre âge, qui sous-entendait que le Pape était l’Antéchrist et que l’Église était la femme écarlate (figure de prostituée citée dans l’Apocalypse et désignant l’Église catholique pour certains protestants) », explique James Hitchcock, auteur du livre Avortement, liberté religieuse et politiques catholiques. « Et puis il y avait un anti-catholicisme plus sophistiqué, plutôt en vogue chez les intellectuels libéraux, qui trouvaient que certains enseignements catholiques comme par exemple la régulation des naissances, n’étaient pas bons pour la société. »

« Au sein du Parti démocrate, une branche laïque forte estimait qu’on ne pouvait pas faire confiance aux catholiques sur des questions liées aux relations entre l’Église et l’État, telles que le soutien aux écoles catholiques, que de nombreux catholiques souhaitaient promouvoir, ou le mariage, alors qu’une branche catholique assez dure n’acceptait pas le divorce », décrète Thomas Carty, auteur de l’ouvrage Un catholique à la Maison Blanche ? Religion, politique, campagne présidentielle de John F. Kennedy.

Il est vrai qu’alors qu’il était membre du congrès, Kennedy avait encouragé une aide locale aux écoles catholiques. « C’était bénéfique sur le plan local, car ses électeurs d’origine irlandaise [dans sa circonscription de Boston] considéraient qu’il était injuste de payer des impôts pour l’école publique puis d’avoir à repayer des frais de scolarité s’ils voulaient envoyer leurs enfants dans des écoles catholiques », explique encore Thomas Carty.

Quand Kennedy, devenu candidat à la présidence, se montra finalement défavorable à une aide publique en faveur des écoles catholiques, ce fut « probablement la mesure qui permit de désarmer une grosse partie de l’opposition », raconte James Hitchcock, qui avait 23 ans à l’époque et qui vota pour Kennedy lors de « sa » première élection présidentielle.

« Je crois en une Amérique où la séparation entre l’Église et l’État serait absolue »

D’autre part, les catholiques s’opposaient au communisme « de manière excessivement agressive », relate Thomas Carty. Le sénateur du Wisconsin Joseph McCarthy, qui se mit en tête de classer sur liste noire de nombreuses figures de Hollywood pour leurs liens (avérés ou suspectés) avec le parti communiste, était catholique « et son attitude était perçue comme emblématique de celle des catholiques en général vis-à-vis du communisme ».

Sa victoire à la primaire du Parti démocrate dans la Virginie-Occidentale protestante fut de bon augure, mais c’est après sa nomination en tant que candidat à la présidentielle qu’il franchit un véritable cap lors d’un discours télévisé à l’attention de pasteurs protestants. Alors que la campagne contre le candidat des Républicains Richard Nixon battait son plein, Kennedy s’adressa à l’Association des pasteurs de Houston le 12 septembre 1960 :

« Je crois en une Amérique où la séparation entre l’Église et l’État serait absolue, où aucun prélat catholique ne dirait au président, fût-il catholique, comment agir, où aucun pasteur protestant ne dirait à ses fidèles pour qui voter. »

« Je ne suis pas le candidat catholique, je suis le candidat du Parti démocrate, qui se trouve être catholique. Je ne parle pas publiquement au nom de l’Église, et l’Église ne parle pas pour moi. »

Il poursuivit :

« Quelles que soient les problématiques qui m’attendent en tant que président – en matière de régulation des naissances, de divorce, de censure ou tout autre sujet –, je prendrai mes décisions selon ce principe, en accord avec ma conscience et en privilégiant l’intérêt du pays, sans prêter attention à des pressions religieuses extérieures ou à de quelconques diktats. Aucune pression ou menace de sanction ne me fera agir autrement. »

Le 8 novembre, Kennedy remporta l’élection d’une courte tête, et il devint officiellement le 35e président des États-Unis le 20 janvier suivant.

JFK, aussi bon catholique le cardinal de Boston ?

« D’une certaine manière, il établit un modèle qui fut par la suite largement perpétué par ses frères [les sénateurs Robert et Edward Kennedy], puis par d’autres », résume Hitchcock. L’ancien gouverneur de l’État de New York, Mario Cuomo, « porta cette problématique à un niveau encore plus élevé, lorsqu’il s’engagea fermement en faveur de la séparation stricte entre croyances personnelles et politiques publiques. »

Hitchcock souligne « le paradoxe » que constitua l’élection de Kennedy quelques années seulement avant l’ouverture du concile Vatican II.

« On disait souvent à propos du concile Vatican II — et par “on” j’entends plutôt les libéraux que les conservateurs — qu’il fallait que l’Église aille dans le monde : “Que l’Église sorte de son sanctuaire. Nous devons être des témoins pour le monde, nous devons œuvrer pour un monde meilleur. C’est ce à quoi notre foi nous engage.” Or quand on commence à traiter de questions sociétales comme l’avortement, la réponse est : “Attendez, là, vous outrepassez les limites, retournez donc dans votre sanctuaire. L’Église ne doit pas se mêler de la politique.”

Je pense que les gens le voyaient comme un représentant de ce nouveau catholicisme “Vatican II”, qui vivait pleinement avec son temps et sa société, mais disait d’un autre côté : “Regardez, ma foi n’influence pas ma gestion de la politique.” »

Et effectivement, JFK donna l’impression d’avoir creusé une brèche importante, comme le souligne Thomas Carty. De nombreux catholiques américains le considérèrent comme un héros – un martyr même. Dans son éloge funèbre, le cardinal de Boston Richard Cushing dit de Kennedy « qu’il était un aussi bon catholique que lui et qu’il passait plus de temps en prière que beaucoup n’auraient pu le penser. » Andrew Greeley l’appela « docteur de l’Église, car il plaça les catholiques au centre de la vie américaine, eux qui étaient jusqu’alors à la marge. »

La plupart des catholiques n’iront pas jusque-là. Mais en ce jour du centenaire de sa naissance, on peut se souvenir de JFK comme d’un personnage influent qui changea quelque peu les règles du jeu.

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