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Les grands convertis de la littérature : Alfred Döblin

Alfred Döblin
Alfred Doblin
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Alfred Döblin, né en 1878 et mort en 1957, est l'un des grands écrivains allemands du siècle dernier. Son chef-d’oeuvre est Berlin Alexanderplatz. Mais l’on sait peu que cet écrivain s’est converti au catholicisme, chose qu’il relate admirablement dans son récit autobiographique Voyage et Destin (éditions du Rocher), dont l’ensemble des citations de l’article sont extraites.

Berlin Alexanderplatz, roman qui raconte la misère berlinoise des années 1920, eut le sinistre honneur de compter parmi les ouvrages livrés aux autodafés par le régime nazi, dès 1933. C’est d’ailleurs à cette date que Döblin, de confession juive, part avec sa femme et son enfant en direction de la France. Il en obtient la nationalité en 1936, et travaille au ministère de la propagande lorsque la guerre éclate.

En juin 1940, il fuit Paris en direction du sud, à la recherche de sa femme, qui est partie quelques jours plus tôt avec leur plus jeune enfant. C’est pendant cette recherche, dans l’angoisse et la solitude, qu’Alfred Döblin se convertit au catholicisme. Le baptême se fera en exil à Los Angeles, en novembre 1941.

Son périple, à la recherche de sa femme et de son fils, le mène à Tours, Moulins, Vichy, Clermont-Ferrand, Arvant, Capdenac, Cahors, Rodez, Sévérac, Mende, le Puy, Béziers et Toulouse enfin, où ont lieu les retrouvailles. À Cahors, il doit se délester d’un manuscrit trop pesant dont les protagonistes sont des jésuites, ce qu’il considérera a posteriori comme un signe, car ce sont des prêtres de la Compagnie de Jésus qui lui donneront le premier des sacrements.

Une rencontre majeure avec le Christ

L’événement majeur advient dans la cathédrale de Mende. Devant un crucifix. Alors qu’il avait pénétré machinalement dans l’édifice, il reste figé devant le Christ en croix. « Je me disais : voilà la misère humaine, notre sort, cet objet fait partie de notre existence, il en est le véritable symbole ». Mais pour l’heure, il ne perçoit pas que cet homme est aussi une personne divine : « Est-il Dieu ? C’est la seule question que je pose. » Il songe à aller voir un prêtre, hésite, puis se rétracte.

Les jours passent dans la solitude, et Döblin repense à sa vie. Ses premiers « dieux » furent les romantiques allemands, puis Nietzsche. Il n’a jamais vraiment vécu sa judaïté de façon intime. « Pris pour un athée », il a néanmoins toujours senti « que le seul geste humain en face du secret est de tomber à genoux ». Il retourne à la cathédrale de Mende. Obsédé par le crucifix, il médite sur la Passion, vénère le Christ, mais se refuse encore à admettre sa divinité.

Troisième entrée dans la cathédrale, un dimanche. Après avoir médité sur le Notre Père, il est bouleversé, lors de la messe, par le Dies Irae. Mais l’homélie le déçoit, elle ne le touche pas. Une fois sorti, il se pose la question de l’existence de l’univers invisible et du hasard. Il accueille progressivement l’idée du surnaturel.

Dimanche suivant. À la messe. Toujours le crucifix dans son champ de vision. Toujours ces hésitations quant à la nature divine de Jésus… Mais la figure du « Crucifié » ne cesse de prendre de l’ampleur dans son esprit. La conversion semble définitivement s’amorcer, comme en témoignent ces lignes magnifiques : « Nous faisons l’expérience du monde en tant que personnes humaines. Et lorsque nous faisons appel à la vérité, nous confessons, en baissant la tête silencieusement et avec un profond respect : Dieu… et, en relevant la tête : Jésus. »

La foi le gagne définitivement

Un mois a passé depuis le départ de Paris. Il retrouve sa femme et son fils à Toulouse, le 10 juillet. Un jour qu’il rentre dans une église de la ville rose avec son épouse, la foi en Jésus le gagne définitivement : « Maintenant… il existe une intimité entre le crucifix et moi. Il y a un secret entre nous. » Mais pour l’instant encore, il n’ose franchir le pas. Il avoue avoir peur : « Il faudrait que quelqu’un vienne, me prenne par le bras et m’entraîne. Il n’empêche que le Christ vit désormais avec lui. Lorsqu’il traverse, avec une facilité déconcertante, et après tant d’épreuves, la frontière espagnole, Döblin concède : “Je ne voulais rien savoir de Lui. Lui ne me perdait pas de vue. Il ne me lâchait pas. Cette fois-ci, il ne faisait plus de signe, il intervenait.” »

À Lisbonne, tandis qu’il est sur le point de partir pour les États-Unis, l’écrivain s’inquiète encore au sujet de Dieu, mais son existence fait pour lui de moins en moins de doute : « Qui est Dieu et quelles sont ses intentions à notre sujet ? ». Arrivé sur le nouveau continent, sa conversion lui paraît d’autant plus évidente qu’en remettant la main sur son manuscrit, il se rend compte qu’il y était sans cesse question de… Jésus ! Plus de doute pour lui : son livre était une anticipation de son propre débat intérieur. Et un signe. Car à Los Angeles, ce sont des jésuites qu’il va rencontrer « par hasard », qui enseigneront le catéchisme à lui-même et à sa femme, qui se convertira également. Leur fils recevra à son tour une éducation chrétienne.

Il faut lire la fin de Voyage et Destin et le récit de la période de conversion. La part laissée à la méditation occupe les dernières pages : Adam et Jésus, la Création, les mondes invisibles, la force et la sagesse de l’Église catholique… Alfred Döblin découvre avec bonheur et émerveillement les fêtes, notamment Noël : « Un fait extraordinaire, inimaginable : Dieu venant au monde ! ».

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