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Les grands convertis de la littérature : Gilbert Keith Chesterton

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Gilbert Keith Chesterton est l'un des plus grands écrivains anglais du XXe siècle. Né en 1874 et mort en 1936, il est l'auteur d'une œuvre gigantesque. À la fois journaliste, romancier, poète, dramaturge, biographie ou essayiste, il aura défendu l’Église catholique contre les clichés véhiculés en son temps dans son pays, avant de se convertir officiellement en 1922. Retour sur son parcours spirituel.

Difficile de présenter un homme aussi monumental (150 kilos, deux mètres de haut, 100 livres). Surnommé le « prince du paradoxe », tant il aime prendre le contre-pied des idées reçues, chaque page fourmille de vitalité, de profondeur et de joie. C’est d’ailleurs en termes de « gratitude », de « paix » et de « bonheur » qu’il témoigne de sa conversion, dans son autobiographie, L’Homme à la clef d’or. Et sa défense et illustration de la foi, de la famille, et de la justice économique notamment, auront conduit à l’ouverture, en 2013, d’un procès en béatification. D’aucuns militent déjà pour que Chesterton devienne le saint patron des journalistes.

Il naît dans une famille chrétienne unitarienne, dont la foi professe un Dieu unique, et réfute la distinction en trois Personnes. Ses parents sont universalistes, c’est-à-dire qu’ils croient au Salut de tous les hommes, chrétiens ou non. Chesterton, qui prendra un tout autre chemin, rendra néanmoins hommage à leur tolérance, et à leur lucidité quant à l’état déliquescent de leur propre courant religieux. Adolescent puis jeune adulte, il s’avoue indécis, naviguant entre panthéisme et agnosticisme. Devenu écrivain, il se décrit comme « pratiquement un païen » (L’Église catholique et la conversion), sans s’affirmer d’un point de vue doctrinal.

« Catholique » dans son rapport au monde

Avec le temps, il se rend compte que les intellectuels et journalistes anglais ne véhiculent que des clichés et des mensonges sur les « papistes », sur Rome et le dogme catholique. En leur demandant des explications, il s’aperçoit non seulement qu’ils n’y connaissent pas grand chose, mais que le simple fait de poser des questions les choque.

C’est contre cette injustice, mais également contre l’idéologie du Progrès, et contre un anglicanisme qui selon lui se confond trop avec le patriotisme, qu’il écrira en 1905 et 1908 deux livres majeurs : Hérétiques et Orthodoxie. Plus tard, il dira de cette période : « En ce temps-là, je n’avais pas plus l’idée de devenir catholique que cannibale », « Ce n’était pas que je commençais à croire à des choses surnaturelles. C’était que les incroyants commençaient par ne pas croire à des choses normales. Ce furent les laïques qui me poussèrent vers une morale théologique, en détruisant eux-mêmes toute possibilité saine ou rationnelle de morale laïque. » (L’Homme à la clef d’or)

C’est aussi à cette même période qu’il se met à lire la théologie chrétienne, et s’aperçoit que « ses paradoxes mêmes correspondaient aux paradoxes de la vie ». Il se rend compte que le rationalisme et le matérialisme, loin d’être « terre-à-terre », conduisent à la déraison. Il estime que chaque chapelle protestante, aussi sincère soit-elle, ou même chaque courant politique et économique, correspond à une idée catholique, mais dévoyée car séparée de la totalité cohérente du dogme. Et seul le dogme permet l’alliage de la Raison et de la Liberté. Il constate, enfin, cette chose essentielle : depuis son enfance, il était « catholique » dans son rapport au monde, sauf qu’on ne le lui avait pas dit !

Le catholicisme est pour lui le seul espace susceptible d’accueillir toutes les dimensions de la Vérité : « L’Église est une maison à cent portes, et jamais deux hommes n’y entrent exactement du même côté » (L’Église catholique et la conversion). Après le refus du matérialisme, et un bref passage sans conviction dans la croyance « en la Nature », Chesterton se revendique « anglo-catholique », et revient ainsi dans l’Église. Mais comme il le dira lui-même : « L’anglo-catholicisme fut ma conversion incomplète au catholicisme ». En effet, cette doctrine, qui cherche une synthèse entre les deux courants, et qui rappelle la tentative de réconciliation menée par le futur cardinal Newman avec ses Tracts for the Times, est vouée à l’échec. Plus d’autre solution que de franchir le pas, malgré son attachement à son église nationale.

Trois étapes vers la conversion

Chesterton reste très pudique sur les détails de sa conversion : « Je suis comme vous ; je ne peux pas expliquer pourquoi je suis catholique, parce que maintenant que je le suis devenu, je ne peux pas m’imaginer autrement. » (L’Église catholique et la conversion). Ce que l’on sait, c’est que la chose qui lui a fait franchir définitivement le pas, c’est l’absolution des péchés. Il a senti qu’il n’y avait rien de plus vrai qu’une renaissance, qu’une santé retrouvée, non seulement après avoir demandé le pardon, mais surtout après avoir dit la vérité à un homme de Dieu. Pour le reste, « l’absolution, comme la mort et le mariage, sont des réalités qu’on doit découvrir par soi-même. »(L’Église catholique et la conversion)

Refusant de s’étendre avec complaisance sur son cas personnel, Gilbert Keith Chesterton livre cependant les trois étapes que traversent les âmes sur la voie de la conversion. Premièrement, elles se rendent compte que ce que l’on dit de l’Église catholique est non seulement faux, mais contradictoire, et elles trouvent cela injuste. Ensuite, elles se rendent compte que ce qu’enseigne la foi catholique n’est finalement pas si absurde. Enfin, la troisième étape est la phase de résistance à la conversion : le futur converti a peur d’être envahi sans possibilité de retour. Cette phase est la plus longue et la plus dure, car les doutes se sont transformés en crainte. L’auteur fait ici preuve d’une grande finesse psychologique. Ce que craint cette âme presque convaincue, c’est tout simplement le bouleversement de ses habitudes, l’avant et l’après de la conversion. Sur ce point, Chesterton s’empresse d’affirmer qu’une fois le saut effectué, rien ne lui a donné envie de rebrousser chemin : son esprit s’est élargi, et l’espace qui s’est offert à ses yeux s’est révélé infini. Quant aux habitudes, il en a pris une nouvelle : nommer « catholique » tout ce qui lui paraît bon, juste, ou vrai !

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