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Quelle est la différence entre le Ramadan et le Carême ?

© Rafael Yaghobzadeh / Hans Lucas
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Il est fréquent d’entendre que le Ramadan est le « Carême des musulmans ». Pourtant, si le principe paraît si proche, la pratique diffère. Alors que le Ramadan doit commencer ce 26 mai, le point sur les particularités et les distinctions de ces deux temps religieux.

Carême, du latin quadragesima (sous-entendu : dies) signifie quarantième (jour). 40, un nombre symbolique aux nombreuses occurrences dans la Bible. 40 comme les 40 ans du peuple hébreu dans le désert après la sortie d’Égypte. 40 comme les 40 jours de Jésus au désert où il fut mis à l’épreuve par le diable. Le Carême est un passage au désert, un retour sur soi, un cœur à cœur avec Dieu, pour une purification de l’âme, une transformation intérieure et une vie meilleure, par l’aumône, la prière et le jeûne. Dans la tradition chrétienne, le Carême est une préparation à la fête de Pâques, un temps de jeûne et d’abstinence dans le but de se préparer à recevoir une vie nouvelle dans la lumière du Christ ressuscité. L’Église prévoit trois moyens possibles : « Conformément à la tradition ancienne, il y a trois façons principales de satisfaire au précepte divin de la pénitence : la prière, le jeûne et les œuvres de charité, bien qu’elle ait toujours spécialement prôné l’abstinence de viande et le jeûne. » 

Les pratiques se sont particulièrement « adoucies » depuis la réforme protestante, passant progressivement d’une démarche sociale et collective à une autre plus personnelle. Par ailleurs, Paul VI, dans sa constitution apostolique Poenitemini de 1966, réorganise la manière de pratiquer le jeûne et l’abstinence pour les catholiques : seuls les mercredi des cendres (l’entrée en Carême) et vendredi saint (de la Passion du Christ) sont des jours d’obligation désormais. 

Lire aussi : Pourquoi jeûner, prier et faire l’aumône pendant le Carême ? La réponse d’un évêque.

Le quatrième pilier de l’islam

Concernant le Ramadan, il convient tout d’abord de tordre le cou à un abus de langage : l’expression couramment employée de « faire le Ramadan ». En effet, le Ramadan désigne le neuvième mois du calendrier lunaire, qui comporte une dizaine de jours de moins que le calendrier solaire. Pendant ce mois du Ramadan, la communauté musulmane pratique le jeûne du lever au coucher du soleil.

Le jeûne du Ramadan est le quatrième pilier de l’islam dont la pratique est précisée dans la sourate 2 du verset 183 à 187

(Ces jours sont) le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’il jeûne un nombre égal d’autres jours. (…) Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter (qu’avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré, c’est pour lui ; mais il est mieux pour vous de jeûner ; si vous saviez !

Les autres piliers sont la prière, l’aumône (le Zakat), le culte de Dieu et la croyance au jour du jugement dernier. Le jeûne est principalement alimentaire mais il s’étend à l’abstinence sexuelle pour rester pur devant Dieu. Cependant, à la tombée de la nuit, les musulmans peuvent rompre le jeûne pour des repas souvent festifs. Durant cette période, les fidèles sont également invités à prier et lire le Coran de manière approfondie.

« Le verset coranique évoquant le jeûne comme étant un devoir en islam rappelle que Dieu imposa le jeûne aux fidèles même avant l’islam : « On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous ». C’est pourquoi le jeûne est considéré comme étant un des symboles marquants de l’union des gens du Livre : juifs, chrétiens et musulmans, dans la foi en un seul Dieu » expliquait à Aleteia Muhammad Al-Sammak, secrétaire général du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien au Liban, et membre du Conseil mondial de Religions pour la Paix.

Le jeûne des chrétiens comme celui des musulmans obéit au même principe : s’abstenir de répondre aux désirs et passions corporels durant une période déterminée pour dompter l’âme et l’inciter à se consacrer pleinement à l’adoration de Dieu. Un même principe mais une pratique qui diffère.

Un principe au nom duquel de nombreuses manifestations d’amitié s’observent dans le monde arabe. Selon une tradition centenaire, c’est ainsi un chrétien qui avertit les musulmans de Saint-Jean-d’Acre qu’il est l’heure de rompre le jeûne. Dès que l’horloge marque 2 h du matin, il prend une profonde inspiration, tambourine trois fois et commence à chanter en arabe : « Vous êtes endormis, réveillez-vous, déclarez votre loyauté envers Dieu et levez-vous pour prendre le repas du crépuscule ».

« La nuit du destin », qui se déroulera cette année le 21 juin 2017, soit 6 jours avant la fin du jeûne, est un temps majeur du Ramadan. À cette occasion, les musulmans lisent la sourate 44 et font mémoire de la révélation de la lettre coranique au prophète et fondateur de l’islam, Mahomet : « Par le Livre (le Coran) explicite. Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie… ».

Pour la fête du Ramadan, un message de vœux est envoyé chaque année par le secrétariat pour les relations avec l’islam de l’Église de France. Une occasion d’adresser un message de paix aux musulmans qui nous entourent et de répondre à l’appel, lancé à tous les Chrétiens par le pape François, à bâtir des ponts.

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